1745 - Le Sceau Rompu

Le Sceau Rompu

Divulgation de 1745

 PREFACE

Tous ceux qui ont traité jusqu'ici de la Maconnerie & des Francs-Maçons, ont fait comme les Auteurs Hermétiques. Tous promettent le secret du grand œuvre, & tous en donnent quelque idée ; mais il n'est décrit nulle part, & pour pouvoir concilier leur Ecrits, il faut être Adepte. Il en est ainsi de nos Ecrivains. Les Profanes, trop mal instruits, en voulant défricher la matière, n'ont donné que des notions peu exactes, & sont tombés nécessairement dans plusieurs bévûës. Les Initiés qui ont écrit après eux, n'ont cherché qu'à déguiser, à donner le change, ou à éluder la curiosité du public, tantôt par quelque jeu d'imagination, tantôt par des notions vagues ou insuffisantes. Aucun n'a osé franchir le pas, & si le secret a pu échapper par tant d'ouvertures, (comme il a fait) on peut dire que les Maçons ont été les seuls en état de le recueillir, & de rassembler les points de lumière qui sont épars dans ces differens Ecrits, & plus divisés qu'un rayon décomposé par le prisme.

Ce mêlange de retenuë & d'indiscrétion, n'a fait honneur ni à ces Ecrivains, ni au corps de la Maçonnerie. Plus de réserve ou de franchise mettoit le public sensé dans nos intérêts. Nos mystères entièrement ignorés nous rendoient estimable par le secret, & dévoilés sans déguisement, faisoient aimer la Maçonnerie.

Quel inconvénient après tout pouvoit-il résulter dans le monde de la publication de nos mystères ? Les Zélés parmi nous se tuënt à prôner, à exagérer par tout les douceurs & les avantages de notre Société. Elle gagnoit donc à être pénétrée, & quand il en eut été de la Maçonnerie comme de tant d'autres Etablissements, dont les mœurs, les loix, les usages sont en évidence & généralement connus, quel mal eut produit cette connoissance ? si ce n'est peut-être de multiplier par la suite un peu trop nôtre Archie-Cotterie quoiqu'aujourd'hui l'attrait du Mystere suffise pour sa propagation, comme nous l'éprouvons tous les jours.

Je ne veux pourtant point m'appuyer sur des considérations aussi fortes, pour justifier mon entreprise, & j'avouerai franchement mon foible. Je suis François, & je joins encore au génie national dont l'indiscrétion est inséparable (à ce qu'on prétend) une excessive démangeaison de répandre ce qu'on m'a confié, une intempérance à m'épancher en toute occasion, qu'on peut appeller une maladie. Je ne puis rien garder sur le cœur ; & semblable au valet de Terence *, je suis percé comme un crible, & plein de félures : tout déborde, tout découle, tout fuit chez moi. On sera sans doute surpris qu'avec une pareille infirmité, j'aye pû songer à être Maçon. Je ne dissimulerai point que j'eus beaucoup a souffrir pendant près de trois jours que je résistai constamment au prurit. Mais j'allois prendre la plume pour déposer sur le papier un secret qui me travailloit avec violance, je fus prévenu par l'Almanach des Cocus. Ce petit Ouvrage, quoiqu'assez foible, diminua la pesanteur du poids qui commençoit à m'accabler, & fit sur moi le même effet qu'une saignée ordonnée à propos fait sur un plethorique. Cependant le soulagement dura peu, & toute ma force étoit à bout, quand l'Auteur du Secret des Francs-Maçons (indiscret d'un autre mérite que celui du superficiel Almanach) vint ma décharger d'une partie du mien. Enfin le Cathéchisme parut, & je respirai librement. J'acheve aujourd'hui de déchirer le voile, & j'ose mettre la derniere main à la révélation de tous nos mysteres.

Pour éviter les répétitions, je n'ai pas crû devoir m'étendre sur tous les détails contenus dans le Secret & le Catéchisme des Francs-Maçons. Le public n'est déja que trop rebuté de la multiplicité de ces sortes d'Ecrits ; je me contente donc d'indiquer ce qu'il y a de certain, & de vrai dans les deux que je viens de citer, les seuls qui méritent d'être lûs, & dont je pouvois faire usage : j'y renvoye fréquemment les Lecteurs, & ensuite je supplée à ce qui leur manque. Cette méthode jointe à l'ordre que j'ai observé dans la division des matieres, rappelle tout ce qui concerne la Maçonnerie, & en m'épargnant des redites, ne donne d'autre embarras au Lecteur, que d'avoir sous les yeux ces mêmes Ouvrages, & de les concilier avec le mien.

On peut en effet réduire ou borner toute la Bibliothèque Maçonne au Secret & Catéchisme des Francs-Maçons, étayez de mon Supplement.

L'Amanach des Cocus a pourtant droit d'aînesse sur le premier, qui paroît l'avoir englouti comme le Verge de Moyse fit celles des Magiciens d'Egypte ; mais il devient inutile par cette raison. Il suffit pour la gloire de l'Auteur, d'avoir été le premier Profane qui ait percé dans nos Mysteres, & d'avoir en quelque façon obligé l'ordre à l'initier comme on a fait depuis l'Auteur du Secret.

Je ne doit point oublier de parler ici de deux autres Ouvrages qui ont quelque vogue, mais dont il faut bien se défier. L'un est le Parfait Maçon, pur jeu d'esprit, qui n'a été fait qu'en faveur des femmes, & qui ne peut être qu'à leur usage. L'autre intitulé : La Franche Maçonne, porte avec soi le caractere de sa parfaite inutilité pour la véritable Maçonnerie.

* Plenus rimarum sum, hac & illas perfluo

 

KHATAM PHAROUQ,

OU

LE SCEAU ROMPU

  

CHAPITRE PREMIER

 

Idée générale de la Maçonnerie.

Tous ceux qui ont écrit sur cette matiere, fixent l'époque de ce grand établissement au régne de Salomon, & regardent comme leur fondateur primitif Adoniram, Architecte du Temple de Jerusalem. On pourroit remonter encore plus haut, & retouver chez les Egyptiens, long-tems même avant Salomon, des traces de la Maçonnerie, si l'on vouloit un peu percer dans les anciennes Initiations. Ces recherchent n'échaperont point sans doute au zèle des Sçavant de notre Société. Mais pour nous renfermer ici dans les bornes que nous nous sommes prescrites, & sans vouloir pourtant rejetter l'Histoire que l'Auteur du Catéchisme nous a donné d'Adoniram, quoique fondée uniquement sur la tradition des Rabins (source suspecte) nous datterons modestement du tems des Croisades.

Pendant les guerres de la Palestine, quelques Princes croisés formerent le dessein de rétablir le Temple de Jerusalem, & de ramener l'Architecture à sa premiere institution. Il ne s'agissoit plus d'une construction materielle ; c'étoit spirituellement qu'ils vouloient bâtir, & dans le cœur des Infidèles. Ils s'assemblerent dans cet esprit, & prirent pour se reconnoître le nom de Chevaliers Maçons libres.

Ils convinrent ensemble du Signe de l'attouchement & de quelques mots Symboliques. Ces caracteres distinctifs ne se communiquoient qu'à des personnes qualifiées & au pied des Autels, avec Serment de ne les révéler qu'à un Chevalier Frere, après un mur examen. Ils donnerent à leurs Assemblées le nom de Loges, en mémoire des divers campemens que les Israëlites firent dans le desert, & pour retracer la maniere dont ils rebâtirent ce second Temple (ce qu'ils firent en tenant d'une main la Truelle, & l'Epée de l'autre) Ils adopterent dans leurs cérémonies quelque chose de cet usages.

Les Princes & Seigneurs Croisés, au retour de la Palestine établirent des Loges en differents endroits, & c'est de-là que la Maçonnerie s'est répanduë dans l'Europe.

On sçait qu'en Prusse, le Prince régnat est le Grand Maître de l'Ordre, qu'il l'honore d'une protection particuliere, & qu'il en fait mettre les attributs jusque sur sa monnoye. La Maçonnerie est établie en Allemagne, en Hollande, & en Angleterr * dans les trois Royaumes où elle est plus florissante que jamais, & décorée de beaux Priviléges accordés par les Parlemens de Londres à cet ordre.

Quant à la Maçonnerie Françoise, on peut datter son établissement depuis environ 18 ans ; mais dans le commencement elle étoit peu connue, & ensevelie dans un grand secret.

* Voyez les Annales de la Grande Bretagne, & les Archives du Parlement.

  

CHAPITRE II.

 

Objet de la Maçonnerie, son utilité, ses agréments, ses inconvénients.

Quelque soit l'origine de la Maçonnerie, quelqu'ait été l'esprit de son institution ; aujourd'hui, tout son objet est de ramener les hommes à leur égalité primitive, à resserrer entre les Maçons les liens de la Société, par le retranchement des distinctions que la naissance, le rang, les emplois ont apportés parmi nous. Tout Maçon en Loge est Gentilhomme : on dépose en y entrant sa roture, comme on laisse ses Titres à la porte, afin d'être tous de niveau. On sent dès-là toute l'utilité d'un établissement, qui, pour ainsi dire, fait rentrer l'humanité dans ses droits, en rapprochant toutes les conditions, ou plûtôt en les faisant oublier pour ne laisser subsister que celle de Frere. Quel bien ne doit-il pas résulter d'une pareille association, & que d'agrémens cette égalité ne peut-elle pas répandre dans le Commerce ! Notre but n'est point d'étaler ici des avantages, que nos Freres n'ont que trop de soin d'exagerer, & que l'on a décrit avant nous. Mais l'amour de la Vérité, dont ce nouvel Ecrit est l'ouvrage, nous oblige de reconnoître une partie des inconvénients que l'on nous a déja reprochés, & nous ne pouvons dissimuler qu'ils naissent du fond même qui devroit produire, ou qui produit tous ces avantages, je veux dire de la propagation de la Maçonnerie. La foiblesse ou la complaisance, un vil intérêt, un zéle indiscret, trop peu de discernement, d'autres motifs encore moins excusables ont fait admettre sans distinction & sans choix une infinité de gens qui deshonorent la Maçonnerie, & il est à craindre qu'à l'exemple de Rome, elle ne succombe sous le poids, non de sa grandeur, mais de sa prop grande étenduë. Suis & ipsa Romana viribus ruit.

 

CHAPITRE III.

 

Des Grades, & Emplois de la Maçonnerie, des Assemblées & des Repas.

Les Grades & les Emplois de la Maçonnerie ne sont pas nombreux, institution sage, & qui prévient bien des inconvéniens.

Il y a le Grand Maître, qui est hors de rang, & dont toutes les Loges ressortissent ; le Vénérable, qui dans chaque Loge représente le Grand Maître, deux Surveillant, premier & second, un Orateur, un Secrétaire, & un Trésorier. On trouve leurs fonctions bien décrites dans l'Ouvrage intitulé : Le Secret des Francs-Maçons, & nous y renvoyons le Lecteur.

Nous ne comprenons point le Tuileur parmi les emplois de la Maçonnerie, parce que cette fonction qui consiste à tracer sur le plancher de la Loge les figures necessaires à la reception, soit des compagnons, soit des Maîtres, est excercée par le premier Frere qui se trouve en état de les crayonner, ce qui se fait sur le champ avec de la craye.

Il en est de même du Frere Terrible, qui n'est qu'un emploi momentané. On l'appelle ainsi parce qu'il est armé d'un glaive comme l'Ange Exterminateur, pour éprouver la fermeté du Récipiendaire.

L'Auteur du Livre que nous venons de citer, donne mal-à-propos le nom de Frere Terrible à celui qui nous deshabille dans la chambre noire, quoiqu'en effet le profond silence & l'air sérieux qu'il affecte, joints à l'obscurité du lieu, fassent nécessairement quelque impression sur ceux qui ne sont point aguerris.

Nous n'avons rien à ajouter, ni même à changer au détail que l'auteur du Secret des Francs-Maçons a fait p. 101 & suivantes, du Cérémonial des Repas & des Assemblées. On peut entierement compter sur l'exactitude de son recit, & s'il y a quelques bévûës à lui reprocher, elles sont si peu considérables, qu'elles ne méritent pas d'êre relevées. Au surplus, le Cérémonial varie toujours un peu suivant les Loges : mais au fond tout revient au même, & la difference ne consiste que dans quelques usages Locaux, qui n'alterent point le rite commun.

La matiere des Entretiens parmi les Maçons, quand ils sont en Loge, est arbitraire, & toujours libre ; mais elle ne roule dans plusieurs Loges (où la premiere ferveur de l'Institution se conserve encore) que sur la Maçonnerie même. Tout le monde scait aujourd'hui qu'on bannit sévérement de nos assemblées le libertinage d'esprit & les raisonnement politiques ; l'Autel & le Trône sont respectés, & la moindre licence à cet égard est punie.

  

CHAPITRE IV.

 

Reception des Apprentifs & des Compagnons.

La Reception des Apprentifs n'est gueres differente de celle des Compagnons, ou la difference ne va qu'à quelques formalités peu essentielles & qui varient même suivant les Loges. Ainsi nous épargnerons au Lecteur un détail qu'il peut puiser avec toute confiance dans Le Secret des Frans-Maçons, depuis la page 66 jusqu'à la 89, & depuis 99 jusqu'à 100.

Nous ne pouvons pourtant nous dispenser de relever ici quelques méprises échapées à l'Auteur, & bien pardonnables à un Profane tel qu'il étoit alors.

A la page 67, l'Auteur observe que par la suite de l'aversion de la Maçonnerie pour tous les métaux, on pousse le scrupule jusqu'à faire dépoüiller un homme de ses habits quand il s'y trouve du galon. L'observation en général est juste, mais on a souvent dérogé comme on déroge encore à cet usage dans plusieurs Loges.

A la page 68, quand il s'agit d'introduire le candidat dans la chambre de reception, il est vrai que le parrain frappe trois coups à la porte, mais l'Auteur ne marque pas que le premier des Surveillans frappe aussi-tôt trois coups sur le maillet du second, & que celui-ci lui répond par autant de coups sur le sien ; omission, comme on voit des plus importantes.

A la page 74, dans le reception d'un Apprentif, il fait avancer le Recipiendaire en trois tems auprès du Tabouret, sans observer qu'il doit avoir les pieds en équierre.

A la même page, le discours que l'on fait faire à l'Orateur de la Loge, est tronqué. Le voici dans toute son étenduë, & tel qu'il se prononce dans toutes les Loges.

Discours de l'Orateur.

«M. l'intrépidité que vous avez fait paroître à surmonter & à vaincre les obstacles que vous avez rencontrés, dans le voyage mysterieux que l'on vous a fait faire dans cette auguste Loge ; l'empressement que vous avez témoigné depuis si long-tems, pour être admis dans une Société aussi ancienne que respectable, nous prouve invinciblement que vous avez foulé aux pieds les préjugés du Profane vulgaire.

«Vous allez contracter avec nous un engagement solennel, qui va vous unir par les liens d'une amitié tendre & sincere, à un Ordre, dans lequel les plus Grand Rois n'ont pas dédaignés de se faire initier.

«C'est au pied du Tribunal de la discretion, que vous allez promettre à la face du grand Architecte de l'Univers, de garder inviolablement le Secret de la Maçonnerie. Consommez ce grand Ouvrage, en répétant avec attention l'obligation que notre Vénérable Maître va vous faire prononcer.»

On voit que cette petite Harangue ne déroge point à la concision, dont l'Auteur fait honneur à l'Eloquence Maçonne.

Le Serment du Récipiendaire n'est pas plus fidèlement rapporté, & tout ce que l'Auteur fait dire au Vénérable, Promettez-vous, &c. est faut. On vient tout d'un coup au Serment que le Vénérable prononce, & que le Récipiendaire répéte mot à mot après lui dans la forme suivante.

Forme du Serment.

«Je promets devant le grand Architecte de l'Univers, qui est Dieu, & devant cette illustre Assemblée, de ne jamais révéler les Secrets des Maçons & de la Maçonnerie, tant ceux que j'ai pû sçavoir avant d'être admis, que ceux que je sçais maintenant & et que je sçaurai à l'avenir qu'en Loge reglée ou à un Frere après un juste examen, & qu'il m'aura donné des signes certains de sa qualité de Maçon : comme aussi de ne les jamais révéler par écrit ou de vive voix, ni tracer, graver, peindre, ou manifester de quelque maniere que ce soit ouvertement ou tacitement. Et en cas d'infraction, je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brulé & réduit en cendre, pour être jetté au vent dans les quatre parties du monde, ou dans les abîmes de la mer, afin qu'il ne soit plus mémoire de moi parmi les hommes. Ainsi Dieu me soit en aide.

 

CHAPITRE V.

 

Reception des Maîtres.

L'Auteur du Catéchisme observe fort bien, que celui du Secret des Francs-Maçons, n'a rien sçu de la reception des Maîtres. Il n'en parle en effet que par conjecture, & le peu qu'il en dit est totalement faux. L'objet du Catéchisme, à ce qu'il paroît, est suppléer par rapport à la Maîtrise au Secret des Francs-Maçons, dont il reconnoît avec nous l'exactitude dans d'autres parties. C'est donc à présent dans le Catéchisme, qui est l'Ouvrage le plus exact qu'on ait encore fait sur cette matiere, qu'il faut chercher tout le cérémonial de la reception des Maîtres, & nous adoptons le détail qu'il en fait. Quant au Catéchisme proprement dit, qui termine l'Ecrit en question, nous n'avons garde de l'arguer de faux, mais outre qu'il est insuffisant, il y a si peu d'ordre & tant de confusion, par rapport aux Apprentifs, Compagnons & Maîtres, dont la Doctrine n'est pas assez distinguée, que nous avons jugé à propos d'en donner un plus exact & plus clair à la fin de ce petit Ouvrage.

  

CHAPITRE VI.

 

Signes des Maçons pour se reconnoître.

L'origine des Signes & attouchements de la Maçonnerie qu'il faut lire dans l'Histoire d'Adoniram, qu commencement du Catéchisme, nous dispense d'en expliquer l'usage, & le détail qu'a fait l'Auteur du Secret des Francs-Maçons des plus usités est sûr. Ainsi pour ne point répéter inutilement ces deux Ecrivains, nous nous bornerons à une seule observation.

A la page 83 du dernier Ouvrage, dans la description de l'attouchement de la main, il est dit que si un Maçon en prenant la main d'un Frere pour le reconnoître, presse la premiere jointure de l'Index, le Frere doit lui presser celle du doigt suivant, & si c'est la seconde qu'on lui a pressé, celle du troisiéme doigt. Jamais on ne doit aller plus loin qu'au second doigt depuis l'Index, & quand celui d'un Frere s'y porte, il faut que le vôtre revienne à l'Index.

Au reste, les Signes de la Maçonnerie ne sont point bornés au petit nombre de ceux que l'on trouve écrits, & qui sont à présent presque connus de tout le monde. On peut dire même qu'ils vont à l'infini, & qu'ils sont tout-à-fait arbitraires. Il suffit quelquefois de former avec quelque chose que ce soit la figure de quelque instrumentt de Maçonnerie, comme une équierre, un aplomb, un compas ; ou jouer sans affection sur les nombres impairs, 3, 5, 7, 9; &c.

J'ai vû deux Maçons se reconnoître assez plaisamment. Le premier ramasse une pierre au hasard, la porte à son nez, la présente à l'autre, & lui demande si elle ne sent rien. Elle n'a l'odeur d'aucun métal, répond le Frere interrogé. Cette réponse cathégorique donne lieu à quelques questions réciproques, & nos deux Maçons se retrouvent.

Il y a mille rencontres pareilles qu'on peut varier avec un peu d'industrie, & qui font des Signes aussi sûrs que tous ceux qui sont institués de fondation.

 

CHAPITRE VII

 

Des caractères de la Maçonnerie ou de l'écriture maçonne.

Un des plus ingénieux usages de la Maçonnerie & qui frappe le moins les Maçons mêmes, est notre écriture. Il en est de cette invention comme de celle du Compas, l'instrument de tous le plus simple & en même-tems le plus utile. L'écriture Maçonne réunit à la même simplicité l'avantage d'être une Ecriture universelle & propre à toutes sortes de Langues.

Ce merveilleux alphabet consiste en deux lignes paralleles perpendiculaires, coupées de deux lignes horisontales aussi paralleles, ce qui forme au milieu un quarré régulier, quatre quarrés ouverts, & quatre angles égaux. Toutes ces divisions forment neuf cases, tant ouvertes que fermées, dont cinq contiennent chacune deux lettres & les quatre autres trois.

 

Figure de l'Alphabet.

 

Cette figure avec les lettres forme, comme on voit, un quarré parfait dont chaque case contient une lettre simple & une ou deux distinguées, soit par un point seul, soit par deux points. Or pour en composer un mot, comme par exemple celui de Compas, il s'agit de représenter successivement la case ou l'angle qui contient chaque lettre, en observant la ponctuation qui fait la difference de ces lettres. Je vais chercher pour cet effet le C à l'un des angles inférieurs, & je l'exprime ainsi , l'O à l'un des angles supérieurs ainsi figuré , l'M à l'angle qui la contient & que je figure : , le P à sa case , l'A à la sienne , & l'S au carré du milieu . Toutes ces figures assemblées forment le mot Compas.

En voila ce me semble assez pour mettre le Lecteur au fait. Cette écriture au premier coup d'œil paroît plus embarassante que l'écriture commune, mais avec un peu d'habitude, on la trouvera très-commode, puisqu'on peut combiner & retrécir toutes ces figures aussi facilement que celles dont nous nous servons.

On s'aperçoit bien, sans que nous en fassions la remarque, que les caractères Maçons ressemblent beaucoup à ceux des Hébreux, & l'Analogie est fappante. Les points qui distinguent les lettres les en rapprochent même encore, & tirent sans doute leur origine des points voyelles inventés par les Massorets.

  

CHAPITRE VIII.

 

Catéchisme des Apprentifs.

Demande: Quel est le premier soin du Maçon ?

Réponse. C'est de voir si la Loge est couverte.

D. D'ou venez-vous ?

R. De la Loge S. Jean.

D. Quel recommandation nous apportez-vous ?

R. Bon accueil aux Freres & Compagnons de cette Loge.

D. N'apportez-vous rien de plus ?

R. Le Vénérable Maître de la Loge S Jean vous salüe par trois fois trois.

D. Que venez-vous faire ici ?

R. Vaincre mes passions, soumettre mes volontés, & faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.

D. Etes-vous Maçon ?

R. Mes Freres & Compagnons me reconnoissent pour tel.

D. A quoi connoîtrai-je que vous etes Maçon ?

R. A mes signes & mes marques, & au point parfait de mon entrée.

D. Quels sont les signes des Maçons ?

R. L'Equierre, le Niveau & la Perpendiculaire.

D. Quelles sont les marques ?

R. Certains attouchements réguliers que l'on se donne entre Freres.

D. Donnez-moi le point parfait de entrée.

R. Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.

D. Je garde ?

R. Je cache.

D. Que cachez-vous ?

R. Les Signes des Maçons & de la Maçonnerie.

D. Où avez-vous été reçu Maçon ?

R. Dans une Loge juste & parfaite.

D. Qui compose cette Loge ?

R. 3, 5, & 7 ; sçavoir, un Maître Vénérable, 2 Surveillans, 2 Compagnons & 2 Apprentifs.

D. Qui la forme ?

R. 5, qui sont un Vénérable Maître, 2 Surveillans, 1 Compagnons & 1 apprentif.

D. Qui la gouverne ?

R. 3, un Vénérable Maître & 2 Surveillans.

D. Pourquoi vous êtez-vous fait recevoir Maçon ?

R. C'est que j'étois dans les ténèbres & je voulois voir la lumiere .

D. Qui vous a examiné en Loge ?

R. Un Expert.

D. Dans quel état étiez-vous, quand vous avez subi cet examen ?

R. Ni nud ni vêtu, & cependant dans une posture décente.

D. Comment vous y a-t'il introduit ?

R. Par trois grands coups.

D. Que signifie ces trois grands coups ?

R. 3 Paroles de l'Ecriture Sainte : Frappez, on vous ouvrira ; Parlez, on vous répondra ; Demandez, on vous donnera.

D. Qu'avez-vous vû paroître après trois grands coups ?

R. Un second Surveillant.

D. Qu'a-t'il fait de vous ?

R. Il m'a fait faire le tour de la Loge par le Septentrion, & m'a remis à l'Occident entre les mains du premier Surveillant.

D. Que cherchiez-vous dans cette route ?

R. La lumiere.

D. Que vous a fait faire le premier Surveillant ?

R. Il m'a fait mettre en bon Maçon les pieds en équierre, & m'a présenté au Vénérable Maître par 3 pas.

D. Qu'est ce que le Maître a fait de vous ?

R. Avec le désir sincere que j'avois & le consentement de la Loge, il m'a reçu Maçon.

D. Comment vous a-t'il reçu Maçon ?

R. Avec toutes les formalités requises ; j'avois le genoüil droit nud sur l'équiere, la main droite sur la Bible, & de la main gauche un Compas encore en équiere sur la mamelle gauche qui étoit nuë.

D. Que faisiez-vous dans cette posture ?

R. Je contractois un engagement de garder le Secret des Maçons & de la Maçonnerie.

D. Qu'avez-vous fait quand vous avez entré en Loge ?

R. Rien que l'esprit humain puisse comprendre.

D. Qu'avez-vous vû quand vous avez été reçu Maçon ?

R. Trois grandes lumieres.

D. Que signifient ces trois grandes lumieres ?

R. Le Soleil, la Lune & le Maître de la Loge.

D. Pourquoi le Soleil ?

R. Comme le Soleil préside au jour, & la Lune à la nuit : ainsi le Maître gouverne le Loge.

D. Quels sont les devoirs du Maçon ?

R. De fuir le vice & de pratiquer la vertu.

D. Quels sont les secrets des Maçons ?

R. Des paroles, des attouchements & des signes sans nombre.

D. Quel est le principal point de la Maçonnerie ?

R. C'est d'être privé de tous métaux.

D. Pourquoi ?

R. C'est que lorsqu'on bâtit le Temple de Salomon, on entendit aucun bruit causé par la hache ou d'autresoutils composés d'aucun métail.

D. Comment a-t'on pû élever un si vaste & si solide Edifice, sans le secours d'aucun instrument construit de métaux ?

R. Hiram Roi de Tyr envoya à Salomon les cèdres du Liban tous taillés & prêts à poser ; & Salomon en fit faire autant dans les carrieres des pierres dont il avoit besoin pour son Temple.

D. Où étoit située votre Loge ?

R. Dans la vallée de Josaphat ou dans quelqu'endroit caché

D. Quelle forme avoit-elle ?

R. Un quarré long.

D. Quelle longueur ?

R. De l'Orient à l'Occident.

D. Quelle profondeur ?

R. De la surface de la terre au centre.

D. Quelle largeur ?

R. Des pieds, des toises & des coudées sans nombre.

D. Qui la couvroit ?

R. Un Dais céleste orné d'Etoiles.

D. Qui la soutenoit ?

R. Trois grands piliers.

D. Comment les nommez-vous ?

R. Sagesse, force & beauté.

D. Pourquoi les nomme-t-on ainsi ?

R. Sagesse pour inventer, force pour soutenir, & beauté pour orner.

D. Avez-vous des Bijoux ?

R. Oüi, Vénérable ; il sont au nombre de 6, sçavoir 3 mobiles & 3 immobiles.

D. Quels sont vos Bijoux mobiles ?

R. L'Equiere, le Niveau & la Ligne d'aplomb.

D. Et les Bijoux immobiles ?

R. La Planche à tracer, la Pierre cubique à pointe & la Pierre brute.

D. Quel est l'usage des mobiles ?

R. L'Equiere sert à donner la forme, le Niveau à mettre à l'uni, & la Ligne d'aplomb à élever des perpendiculaires sur les Bases.

D. Quel est l'usage des immobiles ?

R. La Planche à tracer sert au Maître pour faire ses Plans ; la Pierre cubique à pointe aux Compagnons, & la Pierre brute aux Apprentifs.

D. A qui étoit dédié votre Loge ?

R. A S. Jean.

D. Pourquoi ?

R. C'est que du tems des Guerres Saintes dans la Palestine, les Chevaliers Maçons se réünirent aux Chevaliers de S. Jean de Jérusalem.

D. Combien y a-t-il de sortes de Maçons ?

R. De deux sortes ; scavoir, les Maçons de Théorie & les Maçons de Pratique.

D. Qu'apprenez-vous en étant Maçon de Théorie ?

R. Une bonne morale ; à épurer nos mœurs & à nous rendre agréables à tout le monde.

D. Qu'est-ce qu'un Maçon de pratique ?

R. C'est l'Ouvrier tailleur de Pierres & qui éleve des perpendiculaires sur leurs bases.

D. Aviez-vous des lumières fixes ?

R. Oui, Vénérable, au nombre de trois, dont une à l'Orient, une à l'Occident, & la troisiéme au midi.

D. Pourquoi point au Septentrion ?

R. C'est que les rayons du Soleil pénétrent foiblement vers cette partie.

D. A quoi servoient-elles ?

R. A éclairer ceux qui venoient à la Loge ; ceux qui y travailloient & ceux qui s'en retournoient.

D. Où se tenoit le Maître ?

R. A l'Orient : parce que le Soleil se leve à l'Orient pour ouvrir la barriere du jour ; le Maître se tient donc au même endroit pour éclairer & gouverner sa Loge, l'ouvrir & mettre les Ouvriers à l'œuvre.

D. Où se tenoient les Compagnons ?

R. Au Midi, pour recevoir l'instruction & faire bon accueil aux Frères visiteurs.

D. Où se tenoient les Apprentifs ?

R. Au Septentrion pour garder & renforcer la Loge.

D. Où se tenoient les Surveillans ?

R. A l'Occident. Comme le Soleil se couche à l'Occident pour fermer la barriere du jour, les Surveillants se tiennent en cet endroit pour payer les Ouvriers, les renvoyer & fermer la Loge.

D. Quel âge avez-vous ?

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16/11/2007
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