« A PROPOS DE LA MACONNERIE FORESTIERE »

forestier 001.jpg

 

LA RESURGENCE DES RITES FORESTIERS

 

Mon propos se présente en trois parties :

 

1/ La partie historique

2/ Le retour de la Maçonnerie Forestière lors de la dernière décennie du 20ème siècle

3/ Vos Questions et mes réponses.

 

Pour tous Maçons, cette maçonnerie que nous appelons universelle est celle que nous pratiquons dans nos Temples, comme celui-ci.

 

Eh bien ! pas totalement puisque depuis seize années, nous pouvons nous qualifier de Maçon de la Pierre. Nous penserons tous que cette particule nous anoblit, mais elle interpelle notre universelle, depuis le réveil de la Franc-Maçonnerie « du Bois » Forestière (Foresterie).

 

Nous assistons à l’inéluctable éclatement du Un vers le multiple et aussi au mouvement inverse de fédération du multiple vers le Un, puisque les SS.°. et les FF.°. qui ont fondé la première Vente Forestière (L.°.) considèrent cette Maçonnerie comme le Centre de l’Union.

 

Les valeurs fondamentales sont : Liberté, Egalité, Tolérance, Fraternité, Justice et Respect de tous les êtres,

-          Des droits de l’homme définis par l’ONU,

-          De la Démocratie,

-          De la République,

-          Et de la Laïcité.

A ne pas confondre avec certains groupuscules nationalistes se réclamant du Celtisme !

A présent, nous pouvons peut-être dire, mes FF.°., votre différence loin de me léser, nous enrichit.

Comme je le suppose la Maçonnerie du Bois, nous fait connaitre une de nos plus grandes richesses qui est la recherche de la connaissance de notre univers… et élargi notre réflexion.

Je vais vous faire découvrir cette maçonnerie, tout comme commencement, c’est l’histoire qui va nous fournir le fondement de cette Tradition.

 

Certainement l’une des origines lointaines, serait une des sources provenant du paganisme des terres d’Irlande, d’Ecosse, du Pays de Galles, de la Cornouaille et de Bretagne où les Celtes sont arrivés il y a 3500 ans. Ils vivaient en clan dans les forêts.

Une partie des activités étaient centré sur l’arbre, qui en plus de l’habitat et de la menuiserie, fournit le charbon qui alimente les forges pour la transformation du minerai, le travail des métaux et aussi pour les poteries et la verrerie.

La relation socio-économique entre bûcheron, charbonnier et forgeron se retrouve dans le symbolisme et les rites forestiers.

Ce type d’économie permettait au clan à se suffire à lui-même ; Il a certainement contribué à forger cet esprit d’indépendance légendaire.

La religion des Celtes était le Druidisme lequel considérait toute matière végétale, minérale, animale ou humaine comme le support d’une âme, parcelle d’une âme cosmique qui par migrations successives dans tous les règnes de la Création doit mener au GWENWED.

Chaque manifestation de la nature n’est qu’un élément du Grand Tout. Chaque chose est la manifestation des dieux dans ce panthéisme.

 

L’arbre est un élément essentiel de la religion ; il symbolise tous les règnes avec le végétal qui le nourrit, il est lui -même le végétal et il est nourrit et abrite le règne animal.

Par ses racines s’enfonçant profondément en terre et son feuillage s’élançant vers le ciel, il met en relation le monde souterrain et le monde de la lumière.

Il est aussi comparé à l’être humain : la cime est la tête, le tronc comme celui de l’homme, les bras sont les branches et les pieds les racines. Il existait de mêmes analogies entre les arbres abattus à la hache rituellement dédiés aux dieux et les rituels des sacrifices humains.

 

Toutes les actions qui pouvaient porter atteinte à la nature étaient limitées puisque sacralisées et effectuées comme sacrifice aux dieux.

La notion de transformation, celle du bois en charbon, du minerai en métal qu’on retrouve dans les métiers de bûcheron, charbonnier et forgeron, symbolise les passages.

Ces métiers ont une structure religieuse qui leur est propre avec des rituels centrés sur le feu, le four étant le lieu de la transformation et de la fumée qui s’élève symbolisant l’offrande aux dieux.

 

Cet univers va subir l’invasion romaine (création de l’ère de la cité- naissance de l’esprit maçonnique de la pierre- nous en développerons plus tard le rapprochement symbolique dans la reconstitution de nos Temples des symboles de l’univers…, et le tracé des voies urbaines…), puis la domination chrétienne.

Après la chute de l’empire romain, l’évangélisation est d’abord progressive et devient de plus en plus massive au 9ème siècle.

 

A cette époque il y a eu certainement une coopération pacifique entre ces deux mondes celtes et monastiques, ce dernier implanté loin des villes.

Les clans forestiers ont enseigné aux moines l’art des métiers du bois et la médecine des plantes (le dessert des forêts comme à Saint Pierre de Chartreuse en Isère).

Ce qui explique qu’au Moyen Age les monastères maîtrisent parfaitement ces métiers.

Ils réalisent, en outre, eux-mêmes des avancées techniques importantes comme l’utilisation de la force hydraulique dans les forges, ce qui relègue au second plan les derniers clans forestiers qui jouaient encore un rôle économique.

Ils ne disparaissent pas complètement puisque on en retrouve des traces dans les rapports des jésuites qui réévangélisent la Bretagne au 17ème siècle.

 

Malgré l’absence d’une tradition écrite, les traditions ont été cependant transmises et sont parvenues au 18ème siècle sous des formes peut être modernisées, dans des rituels maçonniques et la première constitution qui est toujours notre référence.

 

En effet, pratiquement en même temps que se crée à Londres la maçonnerie de la pierre le 24 juin 1717, était créé aussi à Londres, le 21 septembre 1717 dans cette « Taverne du Pommier » (Avallon), le Druid Order qui marque la maçonnerie forestière.

Il n’est pas étonnant de constater que les personnages qui sont à l’origine de ces deux créations, se connaissent et appartiennent à la même mouvance : la Royal Society.

Tout le monde est issu de l’Université d’Oxford laquelle au 17ème siècle se réorganise en Collège dont trois vont jouer un rôle dans la création moderne de la maçonnerie

1/ L’Invisible Collège, créé en 1642, est un mouvement chrétien libertaire se définissant dans la continuité des Rose-Croix (lesquels se prétendaient invisibles). On y trouve Robert Flud, Elias Asmole, Sir Christopher Wren et Robert Bayle. Un groupe de maçons acceptés où on retrouve une partie des personnages précédents.

2/ Le Bosquet Celtique de « Mont Heamus » qui était un groupe druidique et archéologique ayant étudié le site de Stonehenge. Il était très lié à Ashley de l’Invisible Collège. Il aura pour élève John Toland, philosophe du panthéisme (proche de Spinoza).

Premier Grand Druide présumé du Druid Order. Il a donné son nom à la première Vente des Rites Forestiers de la région de Paris et du premier groupe de maçons pour la résurgence de la maçonnerie du bois (fondée en 1996 en association, régie par la loi de 1901 avec des SS.°. du DH et de la GLFF, des FF.°. du GODF, de la GLDF, du DH.et voir de la GLNF.

C’est le F.°. Aubrey qui fonda le Druid Order en 1717 avec Pierre Desmaiseau de la Royal Society émigré après la révocation de l’Edit de Nantes et William Stuckeley, archéologue, qui sera lui-même initié maçon en 1721.

 

Cette maçonnerie forestière n’a pas eu un grand essor. On peut penser qu’en Angleterre s’est lié la querelle entre les anciens et les modernes ;

-          En France l’explication nous est donnée par les forestiers d’aujourd’hui,

-          Par la christianisation très importante de la maçonnerie à partir de 1750,

-          Par quelques 5000 prêtes et moines gallicans qui se déclarerons à Rome comme maçons et ce malgré les excommunications papales de 1739 et 1751.

 

Plusieurs rituels très divers et d’origines présumées du 18ème siècle ont été retrouvés. Certains sont très teintés de christianisme et on y cite le Bon Cousin Jésus et la Sainte Eglise.

D’autres sont restés païens, fidèles au panthéisme celtique.

On trouve également des rituels de la maçonnerie de la pierre inspirés par la Maçonnerie Forestière, comme, par exemple, le rituel du « Grade de Fendeur », naissance écrite en 1747, rédigé par un certain Monsieur de Beauchaine du village d’Eu dans l’Eure.

C’est en compilant longuement tous ces documents (travaux de recherche par le F.°. Régis Blanchet et du livre de notre F.°. Jacques Brengues (la Maçonnerie du Bois) en particulier certains FF.°. du GODF travaillant au rite RER.( fond ROUYAT), lié avec la Loge de SPUCAR à Besançon qui est l’une des loges la plus ancienne mère de LL.°. de ce rite du GODF, de la GLNF, de la GLTSO, de la LNF et de la Loge Suisse comme la Respectable Loge « L’Union des Cœurs »à Genève , l’une des loges fondatrice de l’Obédience Alpina et bien entendu d’une grande participation à la Carbonnerie qui contribua s i fortement à l’union de l’Italie sous le commandement du F.°. GARIBAIDI.

 

Des SS.°. et des FF.°. ont réveillés en 1993, en Bretagne, puis en juin 1996 en région parisienne, le « Rite Forestier » par la création de la « Vente John Toland ».

Cette Vente comme toutes les autres sont mixtes, puisque dans la Chartre, le Rite est dit Rite de Couple fêtant la Famille et le Clan.

La mixité est conçue comme une recherche de complétude dans l’esprit de la famille.

Les hommes s’occupent d’abattre l’arbre et de découper le tronc, les femmes de la coupe et de la mise en fagot des branches et les enfants ramassent les feuilles, est-il dit.

Dans le rite forestier, les SS.°. et les FF.°. se nomment Cousines et Cousins.

Il y a trois Grades que l’ont reconnait par leurs couleurs de rubans attachés coté cœur sur le tablier :

1-      Fendeurs (noir comme le charbon),

2-      Charbonniers (rouge comme le feu)

3-      Forgerons (comme la fumée qui monte au ciel).

Pour ce qui concerne le rituel et les symboles, ceux-ci sont différents de la Maçonnerie de la Pierre.(nous pourrons le développer lors de vos questions).

 

En cela nous pouvons trouver l’enrichissement possible, nous trouvons dans le symbolisme du dois ni équerre, ni compas, ni pavé mosaïque, ai aucun autre outil ou symbole comme dans nos Temples et dans nos rituels.

Les Cousines et Cousins sont vêtus d’une chemise en toile avec capuche (verte) et sont protégés par un tablier couvrant le pectoral jusqu’en dessous des genoux. Ce tablier de protection en peau est porté depuis l’abattage des arbres à celui de forgeron.  Lorsqu’ils travaillent au Degré de Fendeurs, ils portent la hache sur l’épaule droite, la lame vers le ciel lorsqu’ils sont à l’ordre et plantée dans un billot de bois lorsqu’ils se sont assis.

Un vote se fait en prenant sa hache et en la plantant dans le billot pour l’approbation ou le refus et ce à la demande du Cousin Maître.

Au degré de Charbonnier c’est une torche allumée qui est l’Outil

Au degré de Forgeron c’est la masse que l’on porte.

Les Cousines et les Cousins pour leur batterie au premier degré utilisent des dianes (deux morceaux de bois d’un diamètre d’environ 3 cm et d’une longueur de 66 cm)

Le Cousin Maître (V.°.) est à l’Est (devant le pied du houx, son végétal ainsi que le chêne), il se place derrière une enclume et travaille avec la masse.

Il est le seul à porter un sautoir de couleur jaune décoré de feuilles de chênes et le bijou est une hache.

Certains des Bons Cousins portent les trois rubans de couleurs (tressés), ce sont les anciens Cousins Maîtres et les responsables du Rite nommés « Maîtres des Passages »et leurs responsables s’appellent « les Maîtres des Forges ».

Les Membres des Ventes considérant le rituel au sens étymologique « Rita Univers » et l’inscrivent à la fois dans l’univers spatial et dans le temps, en s’appuyant sur les 4 éléments qui sont représentés par 4 cabanes à l’intérieur du cercle tracé en clairière de la forêt pour y accueillir les Travaux.

Au Nord, se trouve la cabane de l’Hermite- l’Eau (l’Ancien, le Sage) qui purifie par l’eau, ;

Et la cabane du Vigneron- le Feu (l’Hospitalier) avec le feu du vin,

Au Sud, la cabane de la Mère Catault- la Terre, la pureté de l’Esprit, la Vérité, la Vertu

Et la cabane de l’Ours- l’Air, le Souffle, la Réflexion, la Force et le Savoir Apprivoiser.

Ces cabanes sont tenues par des officiers qui jouent un rôle au niveau du Rituel et lors d’un passage d’un degré à un autre.

A l’Ouest, par comparaison au Premier Surveillant, le plateau est celui du Billot du Cousin ou la Cousine « Delorme »,

Le deuxième Surveillant, le Cousin ou la cousine « Duchêne »,

L’Orateur « Ducharme », le Secrétaire « Ducormier », le Trésorier « Del’érable », le Maître des Cérémonies «Duhêtre »et l’Expert « Le Piqueur Dufrêne ».

 

 forestier.jpg

 

Les Compagnons Fendeurs se réunissent en Vente depuis le matin jusqu’en début d’après-midi, avec la hache,

Les Charbonniers jusqu’à la tombée de la nuit, avec la torche

Les forgerons, la nuit avec la masse et la forge.

 

La place de l’éthique et des Valeurs pour la Franc-maçonnerie Forestière est l’adhésion aux principes énoncés en 1723, des Constitutions d’Anderson, notamment par la lecture à chaque ouverture des travaux de l’Article 1.

 

An niveau spirituel, il est difficile de se prononcer puisqu’à chaque degré toutes les spiritualités convergent à peu près. La différence étant surtout sur les moyens proposés pour cheminer individuellement.

 

Les filiation s avec la religion pour la Maçonnerie de la Pierre, le passage de l’opération s’est fait avec une nette déchristianisation, en France une laïcisation.

 

Qu’en est-il de cette évolution dans la Maçonnerie du Bois ?

On y trouve le même panthéisme.

Peut-on réellement le considérer comme cet universel et cet absolu au-dessus des religions ?

C’est peut-être ce que semble vouloir nous dire la « Nature Sacrée » invoqué par les maçons forestiers, proche de l’évocation du GADLU de la Pierre.

Les relations avec le christianisme sont aussi complexes que celles que l’on rencontre pour la Maçonnerie de la Pierre, puisque là aussi, malgré les divergences historiques, est apparu un Bon Cousin Jésus dans le foisonnement des rituels du 19ème siècle.

 

Pour la partie philosophique :

 

Descartes qui est un adversaire de la philosophie de la Nature compare paradoxalement, la philosophie de type encyclopédique, à un arbre dont les racines sont la métaphysique, les rameaux les produits du savoir (on juge un arbre à ses fruits) de la médecine et de la morale ».

Dans cette conception, toute nature est physique et outre physique elle est géométrie, c’est-à-dire « les choses sont nombres ».

Cet arbre peut pousser dans notre chemin rocailleux !

Mais comment se comporte t’il dans la forêt de nos Cousins ? Est-ce comme Hegel, voient-ils la physique mathématisée, une nature soumise à la « torture »?

 

La période actuelle est une période ou les repères à la fois se dissolvent et à la fois se multiplient.

C’est-à-dire que dans le choix infini qui s’ouvre à nous, l’authentique et le faux se côtoient, une valeur et son contraire peuvent sembler toutes deux acceptables.

C’est maintenant qu’il est urgent, mais aussi méritoire, de savoir discerner, d’être lucide, d’être vigilant.

Ce progrès de l’humanité de l’article premier des Constitutions des Maçons doit être transmis et nous sommes ce maillon fragile dont dépend toute la transmission ainsi que le devoir e mémoire aussi.

L’ennemi essentiel, « l’Erreur » qu’engendre toutes les erreurs, est le dogme !

 

Toute idée fausse, toute valeur fausse, ne sont dangereuse que parce qu’elles imposent sournoisement leur vérité comme seule possible, sans jamais se remettre en question, en bannissant les contradicteurs sans leur donner la parole en usant de la dérision et finalement, par leur confortable étroitesse d’esprit, en réduisant l’immensité de l’Univers en une pitoyable suffisance.

La Maçonnerie n’est pas un dogme mais elle pourrait le devenir si ses symboles devenaient des idoles et son langage une langue de bois.

Dans ce paysage, la maçonnerie du bois se révèle comme étant une vision nouvelle voir complémentaire, avec comme objectif aussi le progrès de l’humanité, par la voie rurale (comme les ancêtres de notre hexagone : les Gaulois) comme dans la maçonnerie de la pierre, cette voie de l’urbain (comme l’ont développé les Romains, pour notre partie européenne),le dogme dans ce cas, serait de penser qu’il y a nécessité de choix ; comme si, son choix fait, on avait le vrai.

Il s’agit plutôt de points de vue différents sur ce qu’on cherche à appréhender, chaque point de vue donnant son éclairage et contribuant à la vision du Tout.

 

recherche-25-badde.jpg

 

Marc Halpern.

(C’est lui qui a fait réintégrer le rite forestier au GODF)

La Pensée Ecossaise au GODF  

15 septembre 2006

 

 



01/07/2021
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 61 autres membres