L, homme "libre" est celui qui, après être mort aux préjugés du vulgaire... Tenue Funèbre 8.11.23

 

 

L’HOMME « LIBRE » EST CELUI QUI, APRES ETRE MORT AUX PREJUGES DU VULGAIRE, S’EST VU RENAITRE A LA VIE NOUVELLE QUE CONFERE L’INITIATION.

 

En cette soirée de tenue funèbre, il est d’usage de traiter d’un sujet sur le thème de la mort. Pour nous Francs-maçons, rien ne meurt tout est vivant. En cette période de l’année où nous approchons de la nuit la plus longue, c’est l’espoir qui marque aussi cette période, l’espoir d’une renaissance, l’espoir d’une renaissance liée au retour du soleil qui fera germer les graines enfouies au plus profond de la terre. D’une simple graine naitra l’épis de blé. Nous vivons la mort comme le début d’un nouveau cycle. Cette vision cyclique de la mort n’est pas propre à la franc maçonnerie. Déjà les celtes avaient pour culte celui de résurrections cycliques. Chaque mort conduisait à une résurrection qui permettait de se rapprocher du centre du cercle, d’un nouvel état de conscience de plus en plus proche de l’esprit pur. Cette vision est commune aux celtes, aux gnostiques, aux orphistes et même aux religions du livre dans une version simplifiée.

 

L’initiation nous fait vivre une mort puis une renaissance. Mort aux préjugés du vulgaire, le franc maçon peut se lancer dans sa quête de liberté. En effet, l’initiation est bien une mort symbolique en cela qu’elle nous fait changer de niveau de conscience et cette prise de conscience est le premier pas vers la conquête de notre liberté. Mourir aux préjugés du vulgaire nous permettrait de devenir un homme « libre ». Notons bien les guillemets qui encadrent le terme libre. C’est une alerte, une indication sur la conquête de cette liberté qui peut être l’objet d’une vie ou, du moins, l’objet de notre chemin initiatique tout entier.

 

Afin de bien entendre le sujet, il convient de s’intéresser au concept fondamental de notre rite qu’est la liberté, précisé pour la 1ère fois dans le Manifeste du Convent de Lausanne en 1875 : « Le Convent a besoin de proclamer les doctrines sur lesquelles la Maçonnerie s’appuie ; il veut que chacun les connaisse. Pour relever l’homme à ses propres yeux, pour le

rendre digne de sa mission sur la terre, la Maçonnerie pose le principe que le Créateur suprême a donné à l’homme, comme bien le plus précieux, la liberté ; la liberté, patrimoine de l’humanité tout entière, rayon d’en haut qu’aucun pouvoir n’a le droit d’éteindre ni d’amortir et qui est la source des sentiments d’honneur et de dignité ».

Ainsi, la liberté serait consubstantielle à l’homme et lui viendrait directement du Créateur.

 

Et pourtant, « l’homme est né libre et partout il est dans les fers » pour reprendre la célèbre maxime de Jean-Jacques ROUSSEAU.

 

En effet, au départ, la liberté n’est qu’un leurre : on croit être libre, mais on est que l’esclave de son éducation, de son vécu et de sa culture. Tel est le départ, pour moi, du chemin initiatique ; la question étant de savoir comment partir à la reconquête de sa liberté dans le sens que lui donne Pierre-Théodore VERHAEGEN, fondateur l’Université Libre de Bruxelles , à savoir : sonder librement les sources du vrai et du bien, examiner, en dehors de toute autorité politique ou religieuse, les grandes questions qui touchent à l’homme et à la société.

 

Le libre examen, défini par VERHAEGEN, est un idéal vers lequel nous devons tendre pour retrouver l’essence même de ce que nous sommes en tant qu’homme. Cette nature profonde est étouffée par de multiples couches d’éducation, de culture et de vécu. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, à travers le libre examen, nous apprend la nécessité de faire sauter toutes ces couches pour retrouver ce noyau originel en nous. La liberté n’est pas un préalable mais un graal à conquérir de haute lutte.

 

Faire sauter toutes ces couches pour aller où ? Le libre examen n’est qu’un début.

 

Le deuxième concept, immédiatement associé au libre examen, est la liberté d’interprétation. Si le libre examen est la clé pour rentrer au plus profond de soi, la liberté d’interprétation est la porte pour exprimer au dehors ce qu’on a découvert au plus profond de soi, comme le professe Henri POINCARE : « la pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se 

soumettre, ce serait cesser d’être.

 

Muni du libre examen et de la liberté d’interprétation, le maçon est invité à partir à la découverte de la nature profonde de l’homme en enlevant toutes les couches successives qui l’entourent, l’obscurcissent : il pourra enfin découvrir la lumière rayonnante de ce noyau commun à tous les hommes.

 

Ce travail de découverte auquel nous convie le REAA va nécessairement nous mener sur le chemin du Bien et du Mal, une connaissance du bien et du mal communs à tous les hommes. Pour Confucius : « La conscience est la lumière de l’intelligence pour distinguer le bien du mal ».

 

Le chemin est long pour espérer approcher la figure de Salomon à savoir un être juste et équitable à la fois qui peut décider des lois propres à l’épanouissement de l’homme dans son universalité.

 

Dernière étape, le libre arbitre où rien ni personne d’autre ne peut nous dicter quoi que ce soit, le libre arbitre qui, si notre conscience a bien été épurée de notre propre égo, va nous permettre d’ouvrir les bras au plus grand nombre, de les comprendre, de les aimer. C’est le chemin de la tolérance, dans le sens vrai du terme, la tolérance qui n’impose pas à proprement parler le respect des opinions d’autrui. Pour reprendre Charles GRAUX : comment respecter ce qui est jugé faux, ce que l’on condamne, ce que l’on s’efforce de détruire ? Elle est le respect de la personne et de la liberté d’autrui. Elle consiste à affirmer ce que l’on tient pour vérité, en même temps que l’on reconnaît à d’autres le droit d’affirmer leurs erreurs, en même temps qu’en les combattants, on se refuse à recourir pour les vaincre à l’injure, à la violence, ou à la proscription ».

 

Une fois ce cadre posé, il nous faut voir en quoi l’initiation nous accompagne à faire un pas vers la liberté ?

 

Dès le cabinet de réflexion, nous sommes invités à rédiger notre testament philosophique dans une atmosphère mystérieuse. Une première sentence nous indique le chemin à suivre : V.I.T.R.I.OL. (Visites l’Intérieur de la Terre et en Rectifiant tu Trouveras la Pierre Cachée). Cet épisode de l’initiation fait, pour moi, écho au passage sous le bandeau comme une invitation à aller au plus profond de soi. Cette invitation se poursuit avec le dépouillement des métaux qui représentent les couches qui obscurcissent

notre jugement (l’éducation, la culture …). Dépouillé des métaux, le Maçon est invité partir à la découverte de la nature profonde de l’homme en enlevant les couches successives qui l’entourent et l’obscurcissent. C’est en creusant au plus profond qu’il découvrira la pierre cachée qui n’est autre que la lumière rayonnante du noyau commun à tous les hommes. On comprendra également aisément que rectifier la pierre brute, son ego, c’est le purifier des préjugés.

 

Les préjugés du vulgaire sont ces couches qui obscurcissent notre jugement et notre vision. Nous devons contrôler l’intervention de ces préjugés. Le signe pénal nous le rappelle à chaque instant. Les passions profanes sont autant d’obstacles pour aller au plus profond de soi et découvrir ou plutôt redécouvrir ce qui fait de nous des hommes. Car la liberté est inhérente à l’homme et nous vient du créateur suprême. Il nous faut la découvrir en nous.

 

Il s’agit là d’une démarche profondément socratique. Tel Socrate qui conduit l’enfant à découvrir le concept de triangle et non à l’inventer.

 

Le fil à plomb nous conduit à découvrir notre liberté d’homme. Si la liberté nous vient du Créateur suprême comme l’indique le Manifeste du Convent de Lausanne, elle est à chercher en nous. Elle nous permet de naviguer sur le pavé mosaïque, sur le chemin du Bien et Mal. Mais évoquer ce sujet nous amènerait à aller sur le chemin de la morale et de la vérité, un autre thème donc, tout aussi riche.

 

Pour conclure, je dirai que si la liberté est inhérente à l’homme, elle y est enfouie et il nous faut la découvrir ou la redécouvrir. L’initiation nous fait prendre conscience de cela. Alors oui, en cette soirée consacrée à notre tenue : Gémissons, gémissons mais espérons car l’homme libre est au bout du chemin.

 

D:. C:.

8 novembre 23



20/11/2023
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