Je ne sais ni lire, ni écrire...

« Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu'épeler,

donnez-moi la première…».

 

Cette phrase fait partie du tuilage de l'apprenti et constitue la demande du mot sacré après que celui-ci aura prodigué l'attouchement rituel au tuileur.

Que signifie cette phrase que l'on n'entend lors des initiations d'apprentis mais que l'on écoute pas vraiment ?

« Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu'épeler,

donnez-moi la première lettre et je vous donnerai la suivante ». 

Nous savons tous lire et écrire et nous connaissons le mot sacré. Pourquoi cette phrase et toute la mise en scène qui l'accompagne : chuchotement entre l'apprenti et le second surveillant, lettres épelées une à une, à une oreille puis à l'autre dans un mouvement de balancement du corps, pourquoi enfin cette poignée de main entre l'apprenti et son tuileur ?

Ma planche s'articulera en trois temps :

Je chercherai à comprendre la phrase au travers du mot « épeler ».

Puis j'analyserai ce que signifie la phrase

« donnez-moi la première lettre et je vous donnerai la suivante. » 

Enfin nous essaierons de voir ce qu'est le mot sacré, objet de la demande de cette phrase du rituel.

« Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu'épeler ».

 

Epeler a la même racine étymologique que le verbe « appeler ». De quoi s'agit-il ici ? Est-ce d'appeler l'alphabet ou d'appeler épeler le mot sacré ou de toute autre chose ?

Il s'agit d'appeler à l'aide le tuileur puisque l'on sait que l'apprenti et le tuileur épèleront, égrèneront, échangeront les lettres du mot sacré en en prononçant chacun une lettre à leur tour avant de prononcer le mot dans sa totalité.

« Je ne sais ni lire ni écrire » : L'apprenti ne sait pas lire les symboles qui sont comme des lettres qui permettent d'écrire des mots voire des phrases. 

Lire : c'est recevoir ce qui vient du monde extérieur mais qui reste chiffré, codé, à décrypter pour s'en approprier le sens. 

Écrire au contraire, c'est produire du sens, s'exprimer par les lettres, créer, transmettre à l'extérieur. On voit bien que cette phrase du rituel va nous amener à une réflexion sur l'alphabet mais aussi sur ce mouvement de va et vient entre l'intérieur et l'extérieur. Lire : ou faire rentrer en soi l'extérieur ; écrire ou extérioriser ce que l'on a à l'intérieur de soi. Lire, écrire : ou encore intégrer et produire du sens

L'apprenti n'est pas un enfant, qui étymologiquement est celui qui ne sait pas parler. C'est un adulte qui ne sait pas associer les symboles qui constituent les lettres des messages que la franc-maçonnerie leur délivre. L'apprenti n'est pas analphabète, il reconnaît le maillet, la perpendiculaire et le niveau mais il n'en comprend pas le sens initiatique profond. Il ne comprend pas le lien entre ces différents signes. Il ne fait que distinguer des images voire des signes isolés, c'est-à-dire des lettres. Il n'a pas encore été initié.

Le « je ne sais ni lire ni écrire » fait étrangement penser à la situation du prophète de l'Islam, Mahomet, qui était analphabète et qui a transmis par récitation la parole de Dieu que l'ange Gabriel lui donnait. La parole sacrée est donc reçue et requiert une initiation, un intermédiaire, un ange, étymologiquement, le messager.

Faut-il rappeler ici l'histoire de l'alphabet ? A l'origine, les alphabets étaient composés par des dessins, des représentations nombreuses et compliquées : le cunéiforme ou les hiéroglyphes en sont des exemples. L'apparition de l'alphabet contemporain, c'est à dire composé de lettres, c'est le passage du dessin à la lettre, de l'image au symbole, c'est le passage de la représentation à l'abstraction, du compliqué au simple. Les lettres que nous utilisons sont en fait une pure convention. D'où la nécessité d'apprendre à lire puis à écrire pour communiquer.

L'apprenti n'a pas encore accès à la symbolique, au sens caché derrière les signes, il ne connaît pas encore la joie d'associer les symboles, la liberté jubilatoire de passer d'un symbole à l'autre de manière souple et révélatrice de sens. Il prend les lettres, les mots, les symboles au pied de la lettre : c'est-à-dire pour des pures formes, des conventions, des fins en soi.

C'est bien pour cela qu'il siège au Nord, lieu de la loge le moins éclairé par la lumière. Apprenti, j'étais le premier à être frustré de devoir me taire : j'avais tellement de choses à dire ! Oui, mais je n'avais aucun accès à la symbolique, je vivais au pied de la lettre. L'esprit lui est une montagne à gravir et cela demande du temps, une initiation, un accès à la voie des symboles.

L'apprenti siège donc au Nord non pour lui infliger quelque frustration inutile mais car il est en fait incapable d'articuler les symboles : il ne sait qu'épeler. Epeler les outils, les lettres,

les signes mais il ne sait pas les combiner entre eux, les associer, les rendre fertiles. C'est pourquoi il siège au Nord où la lumière est cachée , c'est pourquoi il travaille sous l'égide de

la lune, afin de se mettre en position de recevoir tous ces messages que sont les symboles maçonniques, c'est pourquoi il est contraint au silence. Se taire pour s'ouvrir au sens.

L'apprenti doit savoir passer du signifiant au signifié.  Prenons l'exemple de son symbole : la perpendiculaire. L'apprenti comprend le signifiant : un outil permettant de vérifier la verticale d'une construction. Voilà la lettre, mais où est le sens, le signifié ? C'est sa propre construction intérieure qu'il doit verticaliser,  c'est au plus profond de lui-même qu'il doit rechercher et mobiliser les ressources qui lui permettront d'avancer sur la voie initiatique. Voilà le signifié.

La première lettre du mot sacré d'apprenti ne nous dit pas autre chose : il s'agit de la lettre B ou plus précisément du Bait hébraïque, qui veut dire Maison car chaque lettre en hébreu

a un sens. La première lettre du mot sacré d'apprenti nous renvoie tout de suite à la notion de construction, d'inscription du sacré dans l'espace, elle porte tout le projet maçonnique en elle.  Cette lettre, le B, le Bait, est la seconde lettre de l'alphabet hébreu. En hébreu, les lettres étaient aussi des nombres, la seconde lettre, le Bait dont nous parlons, représentait le chiffre 2, de part sa position de seconde lettre dans l'alphabet hébreu. Le B de Boaz, ce chiffre 2 illustre bien la situation d'ignorance de l'apprenti dans le monde des symboles. Il ne sait ni lire ni écrire, il ne sait unifier le signifiant ( les outils) et le signifié ( leur sens ultime). Il vit dans la dualité, que représente le chiffre 2. Il est gauche et siège sur la colonne de gauche sous l'égide de la lune, symbole de division, de changement et de multiplicité. Tout le travail de l'apprenti sera de chercher à passer de la dualité du B, du chiffre 2 à l'unité intérieure, que symbolise le soleil, c'est-à-dire la conscience et le chiffre 1.

Savoir lire et écrire, autrement dit savoir intégrer et générer du sens, c'est aussi savoir passer de la dualité à l'unité, de l'extérieur à l'intérieur, de l'exotérique à l'ésotérique, du Multiple à l'Un, du manifesté au caché, du multiple à l'un, de la lune au soleil, des ténèbres à la lumière.

Passons à la seconde partie de la phrase :

« Donnez-moi la première lettre et je vous donnerai la suivante ». 

Demander la première lettre, c'est appeler à l'aide le second surveillant pour qu'il commence son enseignement. Cette phrase est la demande quasi explicite d'une volonté d'initiation,

au sens ou initier veut dire en latin commencer, mettre sur le chemin, sur la voie. Il s'agit d'une demande d'apprentissage, d'une volonté de s'inscrire dans une chaîne initiatique.

Or toute initiation, toute transmission de maître à élève se fait par l'échange dans un face à face intime, d'où la formulation de notre phrase : « Donnez-moi » puis « je vous donnerai ». L'échange par la parole est le fondement de toute transmission initiatique. Mais il y a plus dans cette formulation : le « et je vous donnerai » nous indique ce que sait tout enseignant, c'est que le maître reçoit aussi du disciple, car le disciple lui permet de s'inscrire par le don de son enseignement dans une chaîne initiatique, fondement même de toute transmission de nature ésotérique.

Nous touchons là à la belle dialectique du donner et du recevoir. Donner, c'est faire passer de l'intérieur de soi à l'autre, donc à l'extérieur et recevoir, c'est accueillir ce qui est à l'extérieur de soi à l'intérieur de soi.

On retrouve toujours ces notions d'intérieur et d'extérieur.

L'apprenti reçoit, le maître donne. Celui qui ne sait ni lire, ni écrire, s'inscrit dans la réception absolue. On parle d'ailleurs de récipiendaire lors de l'initiation. Le maître, lui, s'inscrit dans le don.

L'apprenti est semblable à l'enfant qui reçoit pour recevoir sans aucun autre but que de se nourrir de l'enseignement prodigué. L'adolescence et l'âge adulte marquent une étape dans cette dialectique : ils reçoivent pour donner ou ils donnent pour recevoir. Bref, ils sont dans l'échange. Seul, l'homme âgé, figure du vieux sage, est capable de donner pour donner.

Seule le mère est capable de ce don inconditionnel et absolu…D'ailleurs, un clin d'œil, ne parte-t-on pas de Loge mère pour désigner la Loge ou nous fûmes initiés ?

En loge, le maître endosse les habits du vieux sage et initie pour transmettre une parole qui le dépasse lui-même.

L'échange des lettres du mot sacré se fait en chuchotant. Vu de l'extérieur, il en ressort un effet comique indéniable : tous les assistants connaissent et le rituel et le mot sacré en question, pourtant l'apprenti et le tuileur chuchotent.  Pourtant nous sommes à couvert, alors à quoi bon ?

Le chuchotement est le mode de transmission qui souligne l'intimité entre le maître et l'élève. Il s'agit de transmettre des secrets, des clés, des outils qui ne doivent pas sortir du couple formé par le maître et son disciple. Le chuchotement, entre silence, murmure et parole, signe le rapport privilégié et secret qui unit les deux interlocuteurs. Comment serait-il possible de transmettre le sens ultime de l'initiation à un groupe entier ? Les gourous qui remplissent des stades entiers sont par définition des charlatans. « Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas » rappelle le vieil adage. La kabbale juive ne s'exprime pas autrement quand elle dit « Ce qui est spirituel est caché, ce qui est dévoilé relève de la matière ».

Le « donnez-moi » de l'apprenti marque donc sa soumission au maître et le chuchotement la nature initiatique de leur échange.  Mais il y a encore plus car il s'agit de prononcer un mot sacré, un mot ineffable, c'est-à-dire au-delà de toute représentation, et dès lors il faut parler doucement pour épeler un mot qui est sacré.

Examinons maintenant le balancement de l'apprenti et du tuileur lorsqu'ils s'échangent les lettres du mot sacré.

Première remarque : le mot sacré s'échange par la parole. Il faut s'en étonner : on pourrait très bien demander à l'apprenti de l'écrire, voire de le lire en le distinguant parmi d'autres mots.

Deuxième remarque : ce mot sacré est épelé et non prononcé dans sa totalité. On entend par-là que le mot sacré se doit d'être écouté lettre par lettre.

L'ouie est enjeu. Pourquoi ? L'ouie renvoie au son alors que la lecture ou même l'écriture, qui pourraient constituer d'autres moyens de communication du mot sacré, renvoient, eux, à l'œil, à la vision.  L'écrit et l'oral.

On retrouve les deux moments de notre thème : lire et écrire ou s'inscrire dans la parole et l'échange : «Donnez-moi la première lettre » .

Il convient de souligner que la plupart des grandes traditions religieuses ou initiatiques se transmettent d'abord par la parole de maître à élève comme nous l'avons indiqué. Ensuite

ces traditions ont parfois établi des écrits de référence afin de figer un corpus essentiel de leur enseignement. Il faut bien considérer que les trois grandes religions du Livre sont à analyser à part dans ce schéma dans la mesure ou la révélation monothéiste a toujours fait l'objet d'une mise par écrit. Il faut bien appréhender que la plupart des traditions n'aient pas

de textes écrits. D'ailleurs, notre ordre est une tradition purement orale, l'initiation est orale, et la franc-maçonnerie ne détient aucun texte dit sacré. Il faut souligner et savoir mettre en perspective cette caractéristique essentielle de la franc-maçonnerie. Cette structure de tradition sans texte écrit peut en partie expliquer la curiosité, l'incompréhension et  la suspicion des profanes à notre égard. Un bon texte à décortiquer leur permettrait de canaliser bien des fantasmes nourris à notre encontre.

Le mot sacré doit donc être écouté dans ce balancement initiatique ou l'on va de gauche à droite puis de droite à gauche comme si ce mouvement corporel singeait le geste spirituel qui est enjeu. A savoir que le mot sacré doit nous rapprocher de l'unité que notre colonne vertébrale signifie. Se balancer, c'est chercher corporellement à unir la gauche et la droite, le soleil et la lune, l'extérieur et l'intérieur, le haut et le bas en notre propre corps. C'est bien ce à quoi nous invitera le mot sacré dans la mesure ou c'est lui et lui seul qui nous donnera accès au Temple, à notre Temple intérieur auquel l'apprenti n'a pas encore accès, c'est-à-dire à une dimension supplémentaire de lui-même. Ce balancement renvoie au mouvement qui est le nôtre vers la lumière, il figure notre cheminement, il illustre notre recherche.

Nous en arrivons au cœur du sujet :

Qu'est-ce que le mot sacré, qu'est-ce que le sacré ? Pourquoi le mot sacré se transmet-il par la parole ?

La réponse est que la parole est créatrice. La création se manifeste par la parole. La Thora considère que le monde a été crée par dix paroles et l'Evangile selon St Jean ne dit pas autre chose. « Au comment était le Verbe, et le Verbe était près de Dieu et le Verbe était Dieu. »

Tout est dit : si le monde a été créé par la parole, c'est-à-dire par des mots, il l'a été par des lettres, qui constituent l'atome, la base insécable des mots. La kabbale juive affirme que le monde a été créé par des lettres. Pour la mystique juive, la kabbale, les lettres sont des chevaux de feu. Des chevaux de feu. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que les lettres constituent des véhicules de la lumière d'en haut, de la lumière émanant de Dieu lui-même. Dieu est nommé dans la kabbale juive : Ein Sof Or, ce qui, mot à mot, veut dire : Sans Fin Lumière. Une lumière infinie. Une sorte de source sans contour d'où émanerait de la lumière tel un reflet de l'incommensurabilité divine.

Ainsi entendu, les lettres seraient un habit, un vêtement, une enveloppe ou se cacherait une partie de l'infinie lumière de Dieu. Les lettres se feraient l'écho imperceptible de cette lumière aveuglante primordiale.

Ce détour nous ramène à la franc-maçonnerie. C'est en effet la lumière que nous sommes venus chercher en loge et cette belle phrase du rituel nous enseigne donc que nous pouvons la découvrir au sein de chaque lettre du mot sacré et dans ce mouvement qui épelle chaque lettre de ce mot. On comprendra encore mieux tout cela si l'on définit ce qu'est le sacré. Le sacré renvoie au divin, c'est-à-dire au Dieu créateur si l'on se réfère aux religions du Livre. Dieu est d'abord et avant tout considéré comme le créateur, la source de toute choses. Dieu, c'est l'Origine devenue l'Etre, c'est le Grand Architecte de l'Univers.  Epeler les lettres du mot sacré, c'est d'une certaine manière invoquer ( du mot voix, la parole au sens étymologique) le divin, c'est appeler, convoquer, en appeler au divin.  Le mot sacré est Boaz, ce qui signifie en hébreu : « la force en lui ». Le sens même de ce mot est un symbole nous guidant dans notre démarche initiatique pour qu'en l'épelant, on puisse, d'une certaine manière, incorporer en soi, par l'esprit, la force créatrice divine.

D'où ce chuchotement que l'on a déjà évoqué. Que sommes-nous par rapport au créateur de toutes choses ?

L'apprenti et le tuileur sont debout. Ils sont debout, ils pourraient être assis, non, ils sont verticaux, les pieds sur le sol, la tête tendue vers le ciel et ils s'échangent les lettres de lumière du mot sacré, qui représente la force créatrice.

Le divin étant au-delà de toute parole, de toute représentation de toute limite, on ne peut que l'épeler afin de tenter de l'approcher au plus près tout en sachant qu'il nous échappera de toutes façons. Enfin, le murmure et le chuchotement constituent une sorte de recueillement nécessaire à cette invocation.

Remarquons encore que l'apprenti et le tuileur se tiennent la main lors de la prononciation des lettres du mot sacré.

Pourquoi ? La tenue de main symbole l'union de deux êtres : et pour dire ce mot sacré, il faut être deux. Il faut échanger les lettres, les unes après les autres afin d'en arriver à la possibilité d'une prononciation du mot sacré. Tout cela devient limpide si l'on associe la notion de sacré à celle de création. Pour dire le mot sacré, il faut un couple, il faut être deux,

car sur terre, seul le couple constitué par le masculin et le féminin peut créer, engendrer, enfanter et ainsi imiter Dieu en tant que créateur.

La dualité, le chiffre 2, le couple est le signe de la manifestation de l'Unité, source primordiale cachée de toute forme.

Celui qui donne, le Maître, est dans une attitude masculine, le don est un geste masculin, oui, et la réception, l'écoute, est un geste féminin. L'apprenti, qui travaille sous la protection de la lune, rappelons le encore, s'inscrit dans une posture féminine. Ici la création engendrée par ces échanges de lettres entre l'apprenti et le maître permettra au disciple de changer de niveau, de se créer lui-même, afin d'entrer, c'est bien le but du mot sacré, dans son propre Temple intérieur.

Terminons cette planche sur une réflexion sur l'ouie puisque c'est l'organe qui est sollicité pour l'échange des lettres du mot sacré. L'ouie et non la vue comme nous l'avons souligné plus haut.

L'oreille présente différentes caractéristiques particulières : elle ne peut que recevoir, elle ne peut pas émettre. Dans la dialectique intérieure, extérieure, elle s'inscrit dans un mouvement unilatéral qui va du dehors vers le dedans. On peut fermer les yeux, on ne peut pas se boucher les oreilles au sens propre du terme. On est obligé d'entendre à défaut d'écouter. L'ouie est donc un organe de réception privilégié. La révélation, dans les trois religions du Livre, passe par l'audition, par l'ouie, par l'oreille. Dieu se donne à entendre, ce qui est totalement nouveau par rapport aux dieux du polythéisme. Et la prière qui dit une louange à Dieu est une parole qui se dit, qui se chuchote au delà de sa simple lecture. La lecture renvoie bien sûr à la vue, à la vision, à l'œil.

Il existe une primauté de l'ouie sur la vue, une supériorité si l'on veut du son sur la vue.

L'enfant entend avant de voir. Le son, la parole, les mots réchauffent et structurent le petit de l'homme tout autant ou plus que la lumière et la chaleur, son corollaire immédiat.

Dieu n'a-t-il pas insuffle un « souffle de vie » à Adam, selon le livre de la Genèse. Insuffler, le souffle l'âme, tout cela renvoie au vent, au son et à la parole et non à la vue ou à l'œil.

Le son est bien plus immatériel que la vue ou le regard.

Le son, l'oreille, la parole sont les vecteurs qui nous permettent de nous blottir au plus près au cœur du sacré, d'où l'extrême importance du chant et de la musique en général, des chants religieux et mystiques aussi. Bien des mystiques répètent le nom de Dieu à l'infini ou presque, égrenant  ainsi son nom qui devient comme une lettre au sein de cette répétition mystique qui l'espace d'un instant leur ouvre les portes de l'éternité…. D'où l'extrême importance en maçonnerie de la Colonne d'Harmonie, dont le nom évoque bien la fonction de recherche de sacré, d'équilibre et d'harmonie !!!

C'est pourquoi le mot sacré s'échange par la parole en l'épelant, en se tenant la main, en se balançant d'une oreille à l'autre afin de se mettre en position de réception du sacré.

Le son est plus sollicité que la vue ( qui renvoie à « je ne sais ni lire ni écrire » ). Mais n'oublions pas que ces lettres sont comme des flammes qui renvoie au feu créateur divin.

Les deux moments de notre phrase sont là :

 l'écrit et la parole. L'apprenti cherche la lumière, c'est-ce vers quoi il tend, c'est-ce qu'il verra.

Oui, mais le passage obligé pour toucher au plus près du sacré, c'est de savoir écouter et de parler ou de faire parler le sacré, l'unique, l'Un en soi.

Terminons par cette phrase de l'Exode qui conjugue merveilleusement toutes ces notions :

Lors de la révélation au Mont Sinaï, le texte biblique s'exprime en disant que « les Hébreux virent les voix ».

« Les Hébreux virent les voix ». « Ils virent » : la vue, l'écrit. « Des voix » : la parole, le son.

Dans ce verset très particulier et même énigmatique à la première lecture, la vision et la parole sont confondues.  L'œil et l'oreille s'identifient. La lumière et le son s'unissent.

Et dans cette absolue conjonction des sens, un évènement inouï se déroule :

 

Le sacré surgit.

 

Didier CAM:.

24 janvier 2007


12/11/2007
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