Les Symboliques des Masques

                                    

                                          

           

Multiples sont les fonctions du symbole dans la tradition ésotérique. Au départ le symbole évoque tout en dévoilant, structurant alors notre pensée et permettant ainsi de faire en nous les prises de conscience qui mènent au "Connaît- toi toi-même". Un symbole par principe n'est jamais  interprété, car sa partie voilée est beaucoup plus importante que sa partie visible. Les symboles jettent les ponts dans la conscience des individus et permettent des associations d'idées qui favorisent l'éveil des consciences.

 

Depuis les théologiens jusqu'aux encyclopédistes à la recherche de catégories universelles, qui n'a pas écrit sur le masque? Quelle galerie n'a rêvé d'entreprendre et quel musée a négligé d'organiser une exposition sur ce thème? Les auteurs romantiques ont aimé les loups de velour ou les figures grimaçantes, et l'on pourrait montrer qu'il s'agissait là d'éléments annonciateurs d'une forme de représentation symboliquement sexuelle. Il n'est pas toujours non plus diabolique et l'Inquisition ne s'est pas préoccupée des porteurs de masques.

 

Si l'on raisonne à partir du masque en général on est tenté de lui accorder une qualité universelle, alors qu'il y a des cultures où il n'existe pas. Certes, elles sont peu nombreuses et l'on pourrait dire que les tatouages et les peintures faciales font alors office de masques.

 

Lors d'une émission de télévision pendant laquelle une jeune championne Canadienne de Pocker présentait sur ce sujet un livre dont elle était l'auteur, je l'entendis prononcer ces mots "pocker face". Il parait que lorsque vous demandez à n'importe quel joueur moyen quel est le plus important pour être un bon joueur  de pocker,  il vous répondra: "je ne sais pas, peut-être avoir une bonne pocker face".

 

Traditionnellement, avoir une "pocker face" signifie avoir un visage qui ne trahit pas la force ou la faiblesse d'une main de joueur. "Pocker face" est souvent synonyme d'impénétrable. La meilleure "Pocker face " n'est pas pour certains joueurs, un faciès sans expression, un visage sévère ou encore un masque sérieux que l'on porte sur son visage pour empêcher  les adversaires d'avoir des indices sur leurs mains.

Nous y voilà: masque sans expression, masque sévère ou encore masque sérieux.

 

Dans le cadre purement physique, le masque désigne souvent l'aspect réel d'un visage humain ou bien son aspect anormal lorsqu'un état pathologique est en cause; il s'agit alors d'un faux visage, d'une fausse apparence. L'Homme sait qu'il pense et peut donc se masquer sans pour cela porter un masque, se composer une attitude afin d'apparaître d'une façon plus ou moins dissimulée.

L'animal peut lui aussi instinctivement "jouer la comédie" grâce à la mobilité du masque, une étonnante analogie apparaît entre l'homme et l'animal, ce dernier pensant mais sans le savoir. C'est toutefois le même instinct qui véhicule leurs masques psychologiques. Chez l'animal, le mimétisme est du camouflage, du travesti ou de l'intimidation; chez l'homme, c'est une dissimulation ou une métamorphose.

 

Mais le terme "Masque" est couramment utilisé avec des sens différents  et l'on peut, paraît-il, passer d'une définition à une autre. Dans le grand Larousse de la langue française, il n'y a pas moins de six rubriques correspondant à des aspects spécifiques de la représentation d'un masque.

 

Aspect réel ou anormal d'un visage humain, une "fleur de masque" évoque une figure humaine. Le terme "masque" représente parfois des porteurs de masque.

                                   

Dans le cadre plastique, un masque peut reproduire le visage d'une personne ou la tête d'un animal, mais ce peut être également une couche de crème, de pâte ou de gel appliqué sur le visage.

                                   

Dans le cadre pratique, c'est une protection : masque pour anesthésier, masque à oxygène, à gaz, d'escrimeur ou encore d'apiculteur.

                                   

Dans un cadre général, il peut avoir des définitions variées : masse de terre surélevée pour les militaires, abri en acier fixé aux pièces de petit calibre de marine ou encore pour la télévision, plaque métallique percée de nombreux trous de très petits diamètres pour la réception des images. En acoustique, "l'effet de masque" est utilisé pour l'élimination de certains sons.

 

Etymologiquement, le terme "masque" dérivé du vieil italique, ne désigne-t-il pas un être hideux, malfaisant, un démon? Tout comme le terme "Larva" qui signifie masque, désigne initialement un être infernal, un être de l'au-delà, un fantôme, signification que l'on retrouve dans le "Scheme" germanique.

 

Sans doute, le masque est-il une des expressions les plus anciennes de la culture humaine. Il permet à une personne de changer radicalement d'identité. Des plus archaïques aux plus élaborés, il est présent dans la plupart des sociétés; bien avant que les hommes aient commencé à cultiver la terre, il existe des traces de l'usage des masques.

 

Dans le sud de la France, plusieurs sites préhistoriques ont produit des représentations humaines de "sorciers" ou "danseurs masqués". La grotte des Trois Frères en Ariège, est décorée d'images peintes et gravées datant d'environ quinze mille à huit mille avant notre ère.

La plus énigmatique, "la signification de cette image n'est pas élucidée est certainement une peinture aux pourtours gravés qui représente un homme portant sur la tête des bois de cervidé, une barbe postiche et une queue de cheval.

Dans la grotte du Cabillou en Dordogne est représenté un personnage affublé d'une tête et d'une peau de bison. Notion de Totémisme ou relation privilégiée, peut être magique entre l'homme et le monde animal. Certains archéologues, virent dans la représentation "d'hommes masqués", des sorciers se livrant à des rituels chamaniques, ou bien encore des divinités suprêmes présidant un rite sacré associé à la chasse et à la fécondité. Toutefois, de tels personnages pourraient être des chasseurs camouflés  pour mieux approcher le gibier, il n'est donc pas exclu que la croyance  en la force magique du masque ait été confortée par ces techniques de chasse pratiquées avec succès.

 

Dans le riche patrimoine festif de l'Europe, les traditions masquées occupent une place de choix. Beaucoup de ces fêtes masquées, de ces "mascarades" ont des origines lointaines qu'il est difficile de préciser, et nombreuses sont les communautés, tant à l'est qu'à l'ouest, qui consacrent une énergie et souvent des moyens financiers importants pour perpétuer ces traditions dont le maintien apparaît essentiel. Un grand nombre de fêtes masquées dans la tradition européenne se déroule à des moments importants de l'année, espace temps qui, du point de vue naturel et cosmique, représentent des passages saisonniers ou, selon la vision populaire, des "tournants" du temps.

 

Certains auteurs se penchant sur les origines de l'usage des masques ont proposé de voir dans certaines fêtes masquées d'aujourd'hui une lointaine filiation avec les religions européennes ou encore les cultes celtiques; les langues celtiques ne reconnaissent pas le nom de masque : elles ont emprunté le mot au Latin ou au Romain. L'archéologie a fourni un certain nombre de masques celtiques, (et de nombreuses figurations) l'on pourrait déduire de quelques descriptions mythologiques irlandaises que certains personnages ou "envoyés de l'Autre Monde" portaient un masque. D'autres ont voulu le relier aux cultes pratiqués au Proche Orient; en Chine, le masque destiné à fixer l'âme errante (le houen) fut usité avant l'usage de la tablette funéraire. Lors des fêtes chinoises du "" correspondant au renouvellement de l'année, le masque ne cache pas, mais révèle au contraire des tendances inférieures qu'il s'agit de mettre en fuite.

 

Les morts ont droit dans tous les pays du monde à un culte de vénération que l'on trouve dans la momification, l'incinération ou l'inhumation.

Les Égyptiens ont toujours eu leur vie orientée vers la mort, nombreuses furent les momies revêtues d'un masque mortuaire, les prêtres disposaient souvent de masques rituels qu'ils portaient lors des cérémonies religieuses ou magiques. Le masque a donc joué un rôle important dans les coutumes égyptiennes, le masque est apparemment figé, le mort emmenant avec lui tous ses secrets.

Les Mycéniens ont introduits plus tard, l'image du masque funéraire. Chez les Egyptiens, les Grecs et les Etrusques : à l'origine, on pensait que l'âme ne quittait pas le corps mais continuait à vivre obscurément dans la tombe.

Les arts précolombiens sont surtout d'inspiration magique ou religieuse. Au Mexique ou au Pérou, on trouve des masques mortuaires en céramique; les Dieux honorés étaient, le Dieu de la végétation ainsi que le vieux Dieu de la pluie.

En Amérique centrale, les divinités et en particulier le Dieu du printemps, étaient représentées par des personnages masqués.

En nouvelle Guinée, les masques "Asmat" représentent les morts les plus dangereux, à savoir les chasseurs de têtes. En nouvelle Calédonie ainsi qu'en Sibérie occidentale, aux îles Aléoutiennes et chez les Eskimos, on trouve des crânes "surmodelés", ces masques un peu spéciaux étaient souvent accrochés au-dessus des tombeaux et ne servaient alors qu'à reproduire l'image du défunt, mais pas l'escorter jusqu'à l'autre monde

 

Fête Babylonnienne des "Sacées" (Babylone, nom d'une ville antique de Mésopotamie située sur l'Euphrate dans ce qui est aujourd'hui l'Irak) Les Sacées étaient des fêtes équivalentes aux Saturnales (Saturne, dieu de l'agriculture et du temps), les Sacées étaient également données en l'honneur de la déesse Anaïtis, qui pour les Babylonniens, les Cappadociens et les Lydiens peuple d'Asie mineure représentait la déesse Diane. Durant 5 jours les rôles étaient renversés entre les esclaves et les maîtres. Lors des Sacées un condamné à mort devenait roi pendant 5 jours avant d'être exécuté.

Dionisies, fêtes au cours desquelles les Anciens Grecs célébraient la fertilité, la fécondité et l'ivresse en appelant le réveil de la végétation. Mais les traditions  grecques ainsi que les civilisations Minoënes (Crète) et Mycéniennes (Mycènes dans le Péloponése), fin de l'âge de bronze (1550 à 1100 avant J. C.)  ont connu les masques rituels des cérémonies et des danses sacrées, les masques funéraires, votifs, de déguisement, masques de théâtre généralement stéréotypés (comme dans le théâtre japonais) soulignant les traits caractéristiques d'un personnage, c'est un symbole d'identification.

 

En Grèce, l'an 534 avant Jésus Christ correspond à une évolution importante : il y a eu des poètes, il y a eu des théâtres, il y a eu des acteurs et il a fallu à ces acteurs des masques pour jouer (les premières pièces de théâtre antique se jouaient  avec un seul acteur) et c'est Eschyl (créateur de la tragédie grecque, 525-456 avant J. C.) qui introduisit le deuxième pour des raisons de dialogue avec répliques, un troisième apparut plus tard.

Des masques pour jouer, il fallait donc adapter à la scène les masques des vieux rites des cultes de Dionisos (Bacchus) et d'Arthémis (Diane), et ce que fit Thespis d'Icare (poète et dramaturge grec considéré comme le plus ancien tragédien grec, et le premier acteur), le masque scénique était dans l'air, il était né. On dit que Thespis passait de ville en ville sur un chariot (Le chariot de Thespis) et qu'il jouait les pièces de sa création accompagné d'un ou deux comédiens seulement. Jusqu'au début du XIe siècle, l'expression "monter dans le chariot de Thespis" signifiait : embrasser la carrière théâtrale. Le masque de théâtre en général qui est également celui des danses sacrées est une modalité de la manifestation du soi universel, ne modifiant pas en général la personnalité du porteur, signifiant que le soi est immuable. Dans le théâtre antique, l'acteur portait toujours un masque dont la bouche était un porte voix, ce masque se nommait "personna" (personne) : la voix sonnait à travers lui, ainsi si l'homme est une personne, c'est que le masque lui a donné son nom.

 

En ce qui concerne le théâtre romain, il pourrait remonter à l'an 364 avant J. C.,  avec le début des jeux scéniques venus d'Etrurie (territoire des Étrusques correspondant en gros à l'actuelle Toscane), de  même qu'en Grèce le masque scénique s'est initialement rattaché à la religion.

 

Au Japon, le "Gigaku" est le plus ancien masque connu (expression religieuse et artistique apparue au japon vers le VIIe siècle), il correspondait à une sorte de masque de carnaval, un défilé de personnages grotesques dansant au son d'une musique rudimentaire, le "Bagaku" (art de plein air en provenance directe de Chine, de Corée,  d'Inde et de Manchourie) datant du VIIIe siècle,  d'origine  rituel, représente souvent des personnages surnaturels, dragons ou oiseaux fantastiques. Les danses du Bagaku étaient destinées au départ à l'aristocratie.

Avec le "", composé de drames lyriques des XIV et XVe, au départ est un des styles traditionnels de théâtre japonais, venant d'une conception religieuse et aristocratique de la vie, ces masques (il y en a 138 différents) au jeu dépouillé et codifié, ont perdu toute signification religieuse, les démons représentés ne sont que l'extériorisation des passions humaines. Tous les masques "Nô" ont atteint un stade avancé de perfection artistique et esthétique. En ce qui concerne les masques scéniques japonais le masque est l'expression des stéréotypes composant la société traditionnelle japonaise connue de tous : le Samouraï, le paysan, la jeune femme tendre et frivole, la sœur des cerisiers en fleurs etc…

 

Chez les Iroquois, les danses masquées relèvent toutes du deuxième Jumeau Créateur, "le Mauvais Frère" qui règne sur les Ténèbres.

Il y a deux confréries de masques chez les Iroquois, qui appartiennent à la grande union des sociétés secrètes.  Leur fonction est essentiellement médicale. Dans les rites pratiqués, les hommes masqués représentent la création manquées (nains, monstres etc…).

 

En Afrique, le masque joue un rôle majeur sur le plan spirituel, symbolique, philosophique, juridique ou encore diplomatique. Il se manifeste publiquement dans l'intérêt général, pour intervenir dans un conflit, diriger  des rituels saisonnier, présider à l'investiture d'un chef, rendre un jugement ou purifier des lieux souillés. Sa fonction est sacrée, son porteur -  celui qui s'est initié en secret – est toujours tenu à l'anonymat. Sa danse est un dialogue avec le monde invisible. Les cérémonies masquées, sont des cosmogonies en acte qui régénèrent  le temps et l'espace. Cosmogonies (du grec cosmo- "monde" et gon- ""engendrer")

 

 

 

Le masque africain n'est pas une œuvre d'art, conçu pour être en mouvement et prendre vie par la danse, soutenu par le langage secret des tambours parleurs, il est la Force, le Pouvoir, la Sagesse; Bien que confectionné en bois, le masque est une créature de Dieu, doté d'une nature divine. Immortel (jamais on ne verra la tombe d'un masque), il est hors propriété humaine,  il n'est ni à vendre ni à louer : nul ne peut dire qu'un masque lui appartient.

 

En Franc-maçonnerie, au cours de la cérémonie d'initiation lorsque l'impétrant retrouve la vue, dans l'ensemble des éléments qui le frappe le plus, c'est celui d'une assemblée d'individus masqués (dans le cas de certaines loges). L'impression d'étrangeté domine même si certaines silhouettes lui sont familières  et ce ne peut être là l'unique intérêt du port du masque, car cela n'en ferait qu'un article de mise en scène destiné pour impressionner le candidat. Dans tout rituel il y a une part de théâtralité, celle-ci doit être porteuse de sens.

Ne pourrait-on pas dire également que chacun des officiers d'une loge porte sur son visage, le masque de la fonction qu'il assume, puisque c'est un rôle qu'il joue.

 

La chute du masque : il semble intéressant de se reporter à la célèbre histoire d'Electre et d'Oreste et de la considérer dans le cadre de la psychologie du masque. (Dans la mythologie grecque, Électre est membre de la famille des Atrides, la fille d'Agamemnon (roi de Mycènes) et de Clytemnestre. Elle est la sœur d'Oreste, d'Iphigénie, de Chrysothémis et de Laodicé. Selon la légende, elle est absente de Mycène quand son père revient de Troie et est assassiné par Égisthe, l'amant de Clystemnestre, et/ou par Clytemnestre elle-même).

Ce sujet ne laisse personne indifférent, c'est un drame profond touchant tous les sentiments humains. Il est certain qu'Agamemnon, Clystemnestre et Egisthe ont été tués;  Eschyle, Sophocle et Euripide ont raconté ce mythe chacun à leur façon ; d'autres auteurs en ont fait autant, et, parmi eux, Marguerite Yourcenar a présenté une interprétation très personnelle dans sa pièce Electre ou la chute des masques en minimisant le décor et en donnant de l'intensité au drame grâce à des face à face variés. Electre figure de proue, "Electre face à Electre" est prête à assouvir son désir d'une vengeance nourrie depuis sa plus tendre enfance, Electre est dans la phase aiguë de son drame. Electre la superbe, Electre la Vengeresse telle que l'on décrite les poètes grecs était belle et noble dans cette haine, même avec son masque de vengeance. Pour Marguerite Yourcenar il y a une confrontation très intéressante entre Egiste et Oreste (le père et le fils), mais déjà Electre a commis son crime et, en quelques instants, les révélations d'Eghiste ont pris pour elle un aspect plus éloigné. Le masque d'Electre est tombé, n'étant plus animé par la haine et la douleur vengeresse. La pièce se termine par le crime d'Oreste qui, lui aussi, a été nourri d'une vengeance qu'il a entièrement assumée. Face à l'expression d'une vérité, les voiles se sont déchirés et les masques sont tombés.

Chapelain Midi, dans son tableau La fin des amours, a symbolisé une chute de masque. La vie intérieure a dû être intense,  mais un corps sans âme va vers le néant ; un nouveau masque sera maintenant indispensable, un masque en remplaçant un autre. Sauf toutefois si, grâce à des sentiments profonds intimement partagés, il est possible d'avoir le rare privilège de se regarder à visage découvert.

Comme bien d'autres institutions, à tort proclamées comme universelles à force de simplifications, le masque ne devient une catégorie générale que du fait de notre propre décision.

 

Il y a dans le monde des milliers de masques dont aucun n'a exactement la même fonction. En étudiant ces masques qui sont tous différents, on s'aperçoit qu'il faut, si l'on veut comprendre, les réintégrer dans la culture et la société qui les ont produits et les ont portés. L'étude des masques issus de  cultures différentes, ne fera que confirmer cette spécificité d'aspect, de signification et de portée symbolique, qui est la nature même du masque.

 

  

 

Louis Michel BAR:.

12 Novembre 6008



22/01/2009
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