La Construction de Soi

  

                            

J'ai dû quitter le lycée trop tôt, juste avant les cours de philosophie. Ce qu'il m'en reste : Quelques tirades classiques, "Je suis jeune il est vrai", ou," ôte moi d'un doute", Ou, "nous partîmes 500 ». J'ai raté le siècle des "LUMIERES " et la suite. La culture, « c'est ce qui reste quand on a tout oublié ». Pour moi, hélas trop peu. J'ai dû vivre sans ces acquits culturels et scolaires et travailler davantage. J'aurai passé ma vie à la gagner. Mais, il n'est jamais trop tard, pour étudier, lire et comprendre. Se connaître, reconnaître et admettre ce que nous sommes vraiment, c'est la première étape de notre construction.

Je m'aventure donc, après ce long silence apparent, à rédiger un travail philosophique maçonnique, au 1er degré. L'étude des symboles maçonniques. A vos risques et périls. J'en appelle à votre indulgence et à votre tolérance innée. Toutefois, je me sens soutenu et surtout encouragé, ici particulièrement dans ce temple sacré, entouré de FF:., puisque c'est désormais notre appellation, où la Tolérance règne, où nous élevons nos cœurs en Fraternité, où nos regards se tournent vers la Lumière, d'où la Raison, notre conscience, nous oriente.

J'ai rédigé cette planche et l'ai remise au vénérable maitre, lors de notre repas de la saint jean d'hiver 2005.

Dès le 2 janvier 2006 je recevais le « points de vue initiatiques » du 4ème trimestre 2005, intitulé « Construis-toi toi-même ». Dommage, j'aurais pu davantage m'en inspirer. Je dis cela avec une pointe d'humour car la recherche et le travail personnels sont essentiels à notre construction.

Il est le recueil des analyses de frères très brillants, dont les travaux sur la philosophie maçonnique ont pu ou du être logiquement une des principales occupations de leur vie.

Je vous recommande sa lecture, elle est surtout très instructive.

Le sujet de ma planche est : 

                                    La construction de soi :

C'est, le perfectionnement de soi en particulier, s'améliorer pour construire d'abord son propre édifice, son temple intérieur, qui pourra, alors s'intégrer dans le grand temple commun, pour une élévation vers notre idéal, la recherche de la perfection de l'homme.

C'est aussi, d'une manière générale répondre à ses interrogations inconscientes sur ce que nous sommes, sur le monde, sur l'existence, sur le sens de la vie, puis, mettre de l'ordre et de l'harmonie en soi, rechercher la cohérence, se remembrer, découvrir notre être, se connaître, chercher à être soi même, ne plus paraître, rassembler tout ce qui est épars en soi, maîtriser ses passions.

Confucius a écrit : 

"C'est parce que nous avons deux oreilles et une bouche, qu'il faut écouter deux fois plus ".

C'est aussi écouter l'autre, une des nombreuses méthodes de la construction de soi.

La construction de soi n'est elle pas aussi un des facteurs, inévitables, incontournables, indispensables pour la réussite de sa vie, professionnelle ou familiale suivant ses choix, ou les deux?

La réussite de sa vie est un tout. Il ne faut négliger ni l'un ni l'autre. C'est lorsque l'heure du bilan a sonné que l'on peut alors constater, ses bons choix ou ses erreurs. Sommes nous montés dans le bon train, le bon wagon, au bon moment; aurions nous dû le laisser passer et prendre le suivant ?

Que reste il, ou, qui reste il autour de nous après cette longue et difficile période de labeur? C'est trop tard. A un moment donné, notre égoïsme, notre indifférence, notre éloignement, notre surdité, notre aveuglement, pourraient nous coûter cher. Ce ne sera pas la faute des autres, la réponse facile de ceux qui ne cherchent pas en eux les raisons de leur situation d'aujourd'hui, le transfert de responsabilité, mais uniquement la notre.

Ne négligeons rien, ni personne, au cours de notre vie professionnelle ou familiale, soyons tolérant, compréhensifs, attentifs, vigilants, l'addition de nos erreurs se paiera très chère à l'arrivée.

La réussite familiale n'est pas la réussite de l'un des deux, mais des deux. Alors, allons puiser au fond de nous, nos interrogations et leurs bonnes réponses, à l'aide des outils symboliques maçonniques, notre règle de conduite y est cachée, sa lumière est perceptible, pour ceux qui font l'effort de la chercher pour la trouver.

La vocation de la Grande Loge de France n'est-elle pas de changer les hommes pour changer la société. La franc maçonnerie est un moyen pour réussir sa vie et non un but. (Au risque d'être déçus, pour ceux qui croient entrer dans une association profane classique).

Le rituel de la franc-maçonnerie nous aide, nous guide, nous donne les outils et la technique.

La définition du dictionnaire du mot « construire » est :

Bâtir, suivant un plan déterminé, avec des matériaux divers. Au sens métaphorique général, engendrer un objet de pensée par la synthèse de ses éléments  démontrer c'est construire. Pour l'apprenti franc-maçon, ça pourrait être : s'élever vers la connaissance de soi, aller à la recherche de son être intérieur, chercher le chemin qui mène de l'homme ordinaire, superficiel, à l'homme essentiel.

J'envisage l'organisation de ce chantier de la façon suivante :

Pour construire un édifice, il faut :

  • des matériaux  une pierre brute.
  • des outils, ceux inscrits au tableau de loge.
  • une technique de construction. 
  • un maitre d'œuvre.

Telles sont les bases, les méthodes, que nous donnent la franc-maçonnerie pour nous insérer dans l'édifice de l'humanité. Pour prétendre y parvenir, il faut commencer par se connaître. C'est cela tailler sa pierre brute.

Les matériaux :

La pierre brute : ce que nous sommes, avant notre initiation, un produit grossier de la nature, que l'art de la franc-maçonnerie doit polir et transformer, comme le précise le rituel. Parmi tous les symboles de la loge, elle est positionnée à gauche, de l'autel où sont posées les trois grandes lumières, coté nord, au septentrion, dans la pénombre, où siègent les apprentis, qui ne possèdent que des connaissances élémentaires en franc-maçonnerie, alors qu'une fois taillée et polie elle est posée à droite, de l'autel dans la partie éclairée, au midi, ce qui symbolise les progrès accomplis par l'apprenti, qui par ses efforts, son travail sur lui-même est devenu plus éclairé.

Le cabinet de réflexion est la première étape de cette construction. L'épreuve de la terre : "le domaine souterrain où se développe les germes et les semences " l'analyse de soi commence. Avant d'y entrer, l'abandon réel de tous nos métaux, symbolise l'abandon de nos passions profanes et de tout ce qui y brille, puis, la préparation physique du récipiendaire destinée à provoquer son humilité, ensuite, à l'intérieur du cabinet, la découverte des symboles, qui proposent de réfléchir sur leur signification (ossements, le crâne, la faux, le sablier, pour symboliser la mort du profane, puis V.I.T.R.I.O.L, visite l'intérieur de la terre, ta terre intérieure et en rectifiant, tu trouveras la pierre occulte (tes défauts). Les trois questions du testament philosophique, que nous rédigeons, nous interrogent : » que sommes nous venus chercher, nous sommes nous comportés en homme sincère envers notre prochain ». La naissance n'est rien ou la vertu n'est pas. Dès cet instant nous réfléchissons sur nous même, pour mieux nous connaître, le travail maçonnique, notre construction philosophique personnelle commence. Tous ces symboles pour laisser percevoir une très petite porte, une lueur dans l'esprit, l'accès possible d'un nouveau raisonnement, d'une nouvelle réflexion, d'une nouvelle pensée, d'une nouvelle approche de l'autre, d'une renaissance de soi par notre perfectionnement, avec les outils que le premier degré mettra à notre disposition.

Puis viennent les 3 voyages suivants, celui de l'air, de l'eau, et du feu ; les quatre éléments sont réunis. Avec la terre, l'air l'eau, et le feu, on fabrique la tuile. Lorsqu'un profane ou un frère inconnu se présente à l'entrée du temple, le frère couvreur le tuile. D'où l'expression tuiler un frère, pour s'assurer de son appartenance à notre ordre.

Pour résumer l'initiation maçonnique, je cite un extrait du livre de jules BOUCHER :

"Le récipiendaire sort d'abord de la terre  il est ensuite purifié par l'air, puis par l'eau et par le feu. Il s'affranchit par paliers de la vie matérielle, de la philosophie et de la religion et parvient enfin à l'initiation pure. Le feu l'esprit, l'initiation. L'eau, l'âme, la religion, la connaissance, la lumière, la vie. L'air, le mental, la philosophie, l'intelligence. La terre, le corps, la vie matérielle, la résistance, la forme".(Fin de citation)

Le plan philosophique est tracé, le chemin est indiqué, la voie est ouverte, il ne reste qu'à travailler, réfléchir, comprendre.

Pour ce qui me concerne, n'ayant reçu aucune éducation religieuse, l'eau n'a pu être purificatrice de mon âme, la religion n'a pu ni influencer ni entacher cette âme, principe spirituel de la vie morale de l'homme, conçu comme séparable du corps, immortel et jugé par Dieu mais de ma conscience, cette faculté qu'à l'homme de connaître sa propre réalité et de la juger, elle n'est pas séparable de mon corps.

"La seule façon d'exister, pour la conscience est d'avoir conscience d'exister" (Sartre).

Je cite, «  une croyance est l'œuvre de notre esprit, elle est humaine, et nous la croyons DIEU »

Expliquer toute chose par DIEU, cela revient à couper court à toute question, à réprimer toute curiosité intellectuelle, à étouffer tout progrès scientifique. Cette absence d'éducation religieuse justifie, inconsciemment peut être, mon engagement envers la philosophie maçonnique, le principe créateur, le grand architecte de l'univers.

L'homme ne sait peut-être pas se passer de la quête d'une spiritualité.

Je cite un extrait du livre consacré à la commémoration du 2ème centenaire du Suprème Conseil de France :

 

"Notre ordre, sous sa forme spéculative, comme le grand architecte de l'univers sont apparus au début du 18 ème siècle, quand la pensée religieuse subissant ses propres contraintes idéologiques, son sectarisme réducteur, ses intransigeances dogmatiques devint incapable de se transcender et d'offrir une nouvelle vision du monde, ce que fit la philosophie des Lumières (que je dois étudier). Par sa tolérance, il fut une réponse aux blocages et aux conflits religieux, politiques, philosophiques et socio culturels de son temps, permit une ouverture spirituelle détachée du religieux, offrit un modèle de convivialité fraternelle. Ainsi le Rite Ecossais Ancien et Accepté naquit en France à une époque où la spiritualité était presque exclusivement de nature religieuse (essentiellement catholique et protestante). On s'étonnera peu que ses légendes thématiques et ses supports symboliques aient été extraits de la Bible. Pour un maçon du 18 ème siècle, il ne fait aucun doute que le G.A.D.L.U. était le Dieu des Religions du Livre."

Pourtant au cours de ma vie, la religion ne m'a pas manqué, puisque j'ai puisé mes forces dans l'idéal maçonnique, la recherche de la perfection de l'homme, tenter de comprendre le monde pour construire un idéal de Liberté et de Vérité. La fraternité qui nous rassemble et nous anime  son enseignement qui permet le juste équilibre des forces, qui recherche le chemin étroit du pavé mosaïque, ni blanc ni noir, mais le juste milieu.

Hélas, maintenant que j'ai l'age du recul, celui qui autorise l'appréciation des errements passés des hommes, une expérience ciblée, chèrement payée, cette philosophie, m'a été bafouée ; elle n'a pas été celle de la justice d'un système professionnel dirigé par ces hommes, chargés d'appliquer la loi rien que la loi, ou blanc ou noir, sans alternative, sans réflexion ni analyse possibles des situations, conformément aux règles dictées et incontestables de leur hiérarchie.

Baigné en permanence par la recherche de l'équité, du juste milieu, notre philosophie, ma déception des hommes qui agissent dans ce système a été d'autant plus grande. La recherche de la vérité et de l'équité est annihilée de fait, par des lois devenues inhumaines puisque appliquées simplement à la lettre, bêtement, sans état d'âme, et ou, sans conscience. Cette niche corporative cautionnée par la loi, est très lucrative pour ceux qui l'exercent, elle risque de durer.

b) Les outils : Ceux tracés sur les tableaux de loge aux degrés concernés. Ce sont les outils essentiels mis à la disposition du constructeur. Tout le rituel décrit ainsi les phases d'une technologie de métier, celui de l'art de bâtir, la construction du temple de Salomon, souvent évoqué dans le vieux testament  je ne retiendrai pour ma part, que la signification symbolique des outils qui prolongent la main de l'homme, pour construire notre temple intérieur.

Au Premier Degré :

La perpendiculaire, portée par le 2ème surveillant, détermine la verticale, qui sollicite l'esprit à descendre et à monter, à chercher. Le premier travail de l'initié apprenti commence, il œuvre, guidé par ce fil à plomb sur la perpendiculaire  mettre de l'ordre dans le chaos de ses pensées, répondre à ses interrogations, se rassembler, se regarder à l'intérieur de soi-même, observer silencieusement, sincèrement, pour se construire. De cette démarche d'introspection profonde, lente et silencieuse va naître une analyse qui lui identifiera ses qualités et ses défauts, qu'il devra transformer en qualités, après en avoir trouvé les cotés positifs. « Connais toi toi-même ». Il pourra, en comprenant les autres, excuser leurs défauts. Le maçon doit posséder une rectitude de jugement qu'aucune affection d'intérêt ne doit détourner. Le second surveillant est là pour l'aider.

Le ciseau et le maillet, ces deux outils symboliques servent au dégrossissement de la pierre brute. Le ciseau, outil tranchant, est passif, il est l'emblème de la sculpture, de la sculpture de soi, le maillet actif, est l'emblème de la logique, du travail et de la force, de la volonté, l'usage de l'un et de l'autre sont indispensables  ils sont inséparables. Le ciseau qui est l'image du mordant de la parole, utilisé sans l'intelligence du maillet, ne peut agir ni persévérer. Le ciseau vient parfaire ce travail de soi. Le maillet est dirigé par la pensée et anime la méditation de celui qui cherche la vérité. Le maillet entre les mains du vénérable et des deux surveillants, symbolise leur pouvoir et leur autorité spirituelle et temporelle. Le maillet rythme également l'ouverture et la fermeture de nos travaux, par trois coups, et à chaque demande de parole. Il crée un fossé, une séparation symbolique, entre le monde profane et le monde sacré.

La règle à 24 divisions, symbolise les heures de la journée que le franc-maçon doit pleinement utiliser, pour travailler sur lui-même. Elle sert à tracer des lignes droites. La ligne à laquelle nous ne devons jamais dévier. Elle est l'outil indispensable pour sa et la construction, elle permet d'établir le plan directeur de l'édifice et d'en vérifier l'exécution. Elle symbolise aussi la rigueur, la droiture, la rectitude, la méthode, qu'il doit avoir dans l'accomplissement de son travail, il ne doit pas se disperser, s'écarter du chemin qu'il s'est tracé. Sans règles définies, sans discipline sans logique, sans ordre, rien ne serait cohérent, rien ne s'établirait, rien en lui ne pourrait se construire, en ordre. Le désordre entraîne le chaos. Elle est aussi le symbole de la moralité et du devoir dont le maçon ne doit jamais s'écarter.

L'équerre, Elle est formée d'une verticale, la perpendiculaire attribut du 2ème surveillant, assemblée à 90° à une horizontale le niveau, attribut du 1er surveillant. Elle a des branches d'égale longueur, et provient de la moitié d'un carré qui symbolise la terre. Elle sert à tracer les angles droits.

Elle est aussi l'attribut du vénérable et dérive alors du triangle rectangle, dit de Pythagore, ou triangle sacré, (le théorème bien connu), elle symbolise l'équité, la loi morale. Elle est la pondération que l'apprenti doit acquérir, le juste milieu, la part des choses, ce qui est bien, ce qui est mal  rien ne peut être tout blanc ou tout noir, à l'image du pavé mosaïque, le juste milieu est la séparation du blanc et du noir. Elle symbolise l'équilibre résultant de l'union de l'actif et du passif. Elle est présente dans tous nos déplacements, nos attitudes, c'est la droiture, dans les pensées et les actions. Sans l'équerre, les angles taillés de la pierre brute ne pourraient être droits, rectilignes, ils ne pourraient s'assembler, se jointoyer entre eux, il n'y aurait pas de cohésion, et l'édifice ne pourrait ni se lier ni se consolider. Elle représente dans un sens l'action de l'homme sur la matière, et dans un autre sens, l'action de l'homme sur lui-même.

La pierre taillée devra être bien posée d'aplomb, horizontalement et verticalement avec les bons outils, par les bons ouvriers qui devront respecter scrupuleusement les règles  le temple lui-même devra correspondre aux bons plans, dans son orientation (le sens), ses dimensions (l'homme) et ses ornements, (la beauté créatrice). Si un élément quelconque n'est pas parfait, l'œuvre ne verra jamais le jour. La construction de soi permet la construction du temple, qui est en soi, assemblé avec d'autres frères qui se seront construits dans les mêmes conditions, l'œuvre finale pourra voir le jour.

  • Une technique de construction : L'instruction maçonnique, par degré.

Les loges ou ateliers bleus sont constitués de 3 degrés. Chaque degré comprenant son propre tableau de loge. Primitivement ce tableau était tracé à la craie sur le sol. Le 1er degré d'apprenti, le 2ème degré de compagnon, le 3ème degré de maître. Il faut acquérir et assimiler les connaissances symboliques d'un degré pour espérer passer au degré suivant. Tout comme l'on ne peut courir si l'on n'a pas appris à marcher  on ne peut envisager l'université si l'on n'est pas passé par les classes secondaires.

Au 1er degré d'apprenti le 2ème surveillant, siège au midi en pleine lumière. Son symbole est la perpendiculaire. Il est chargé de surveiller l'instruction des apprentis et les aider à dégrossir leur pierre brute, à l'aide des outils symboliques.

Au 2ème degré, le 1er surveillant, siège à l'occident. Son symbole est le niveau, l'outil complémentaire à la perpendiculaire, chargé de mesurer l'horizontalité du plan, il symbolise l'égalité sociale, il est chargé de poursuivre le travail du 2ème surveillant, de l'apprenti, passé compagnon, avec d'autres symboles à découvrir, sur lesquels il devra continuer à persévérer au polissage de sa pierre. Pour construire l'édifice, il faut que la pierre soit taillée d'équerre, et assemblée dans la construction de l'édifice, de niveau, et avec le niveau. Je cite un extrait du BOUCHER: " le niveau est l'emblème de la recherche, en profondeur, de la vérité, de l'aplomb, de l'équilibre  il semble montrer le chemin qui mène à la chambre du milieu ", le troisième degré des loges bleues. A ce stade de l'évolution de l'instruction maçonnique, il n'y a plus de surveillants, le maître est livré a lui-même.

Avec les connaissances acquises, il pourra enfin, prendre sa liberté, voler de ses propres ailes, sans pour autant en abuser, aider les frères dans leur construction et s'inscrire dans la rédaction et la construction de l'édifice commun.

d)    Un maître d'œuvre : Le surveillant dessine les plans du temple, celui qui dirige le chantier, dans le monde profane, s'appelle l'architecte. L'édifice est construit par les apprentis et les compagnons, suivant ses plans, il s'élève suivant ses instructions, ses directives  c'est lui qui a le savoir  la connaissance de son projet est inscrite en lui. Nul ne pourra la lui voler.

Quelles sont les dimensions du temple : sa longueur va de l'occident à l'orient, sa largeur du septentrion au midi, sa hauteur du nadir au zénith  il est à l'image du cosmos, incommensurable, c'est pourquoi ses dimensions ne peuvent être précisément définies.

Qui détient les plans ? DIEU, pour certains, comme défini ci avant, suivant la religion de chacun, pour d'autres, le grand architecte de l'univers, ou le grand créateur, mais qui est-il ? Ne serions-nous pas une partie de lui ? Ne serions nous pas l'architecte de notre propre construction ? Ne devons nous pas persévérer dans la recherche de la vérité, l'acquisition de la sagesse qui conçoit, de la force qui exécute, de la beauté qui orne, ne serions nous pas la quatrième colonnette manquante, autour du pavé mosaïque ?

Et puis ces plans existent-ils vraiment ? Ne sont ils pas issus de notre imagination ? Nos propres plans, ceux que nous élaborons, que nous décidons de tracer pour mettre en œuvre la construction de notre temple intérieur, pour rassembler toutes nos différences, nos compétences, nos valeurs, pour nous assembler dans la construction du grand temple idéal. Chacun de nous a la connaissance de ses plans  les plans de notre propre construction.

Ces plans sont ils nécessaires ? Peut on imaginer la construction d'un temple, d'un ouvrage, sans au préalable en définir, l'objectif, les contours, sa forme, ses dimensions, son architecture, son style. Il faut effectivement s'asseoir devant une table, ou à chaque instant disponible de la journée, réfléchir posément à son projet. Telles sont, la mission et le devoir de l'apprenti franc maçon. Mais plus tard, pour progresser, vous aurez besoin de connaître les 2ème et 3ème degré, avec l'aide des maîtres maçons qui avant d'avoir acquit la sagesse, ont pratiqué comme l'apprenti, la critique facile de ceux qui ne savent pas.

Aux FF:.absents lors de ma précédente planche au 3ème degré, je voudrais expliquer mes silences d'apprenti et la rareté de mes interventions. Quoique sur le fond, on apprend plus à écouter qu'à parler.

Le hasard de l'existence, la maladie, le degré d'élévation de mon seuil d'incapacité, m'ont obligé à quitter le lycée trop tôt et de fait, passer à coté des cours de philosophie, pour me consacrer totalement à la vie professionnelle.

J'ai, là aussi démarré comme apprenti, au bas de l'échelle. J'aurais passé la moitié de ma vie comme chef d'entreprise, responsable et coupable, dans le second œuvre du bâtiment, très souvent comme funambule, n'ayant pas réussi, ballotté de crises en crises, de réformes en réformes économiques, à chuter puis remonter la pente, à acquérir suffisamment vite, les moyens de mon ambition. « Je n'ai pas réussi à terminer mes plans ».

Cette fonction m'a accaparé totalement, ne me laissant, après m'être intéressé à ma famille, puis reposé physiquement et mentalement peu de temps pour me poser et me consacrer au travail philosophique personnel  et pour résumer, rassembler ce qui est épars en moi et me construire en travaillant sur les symboles des degrés maçonniques.

Alors, submergé par les pesanteurs de la société, pris dans cette tourmente de vie superficielle, mais conscient de cette agitation mentale, sans honte, j'ai adopté la méthode adaptée à cette situation, l'assiduité à nos tenues, pour me construire « sur le tas », comme j'ai vécu mon apprentissage professionnel et m'enrichir du rituel, de vos planches, de vos réflexions et commentaires philosophiques, de votre érudition et de votre talent.

J'ai pompé  je l'avoue et je vous en remercie, vous m'avez aidé à me construire, à me comprendre, pour comprendre les autres, à vivre et accepter plus facilement, cette folle vie.

Les soucis journaliers prenant souvent le dessus, j'ai toujours eu beaucoup de mal à fixer mon attention très longtemps, alors réussir dans un court délai une synthèse rapide de la planche et dégager une question pertinente, cela m'était impossible, et encore difficile, j'ai besoin d'un temps de recul et de réflexions, pour découvrir le juste milieu.

Aujourd'hui ces tourments et ces pesanteurs de la vie profane se sont estompés, je peux enfin tenter, de travailler la philosophie, de continuer à me construire autrement, de surmonter une timidité due à une absence de travail sur moi-même, à un manque d'assurance en assemblée lié à une culture peu fournie.

J'espère que la prochaine planche sera plus creusée, plus recherchée, plus profonde, encore plus personnelle et philosophique que celle-ci, mais pour cela, il faut déjà s'essayer, puis progresser pour comparer.

Mais nous ne sommes pas là pour comparer, ni juger. Chacun a, ses faiblesses, ses forces, ses facultés de compréhension et d'adaptation, son rythme d'assimilation des connaissances, il ne doit pas être déconsidéré, mais aidé, accompagné, soutenu, encouragé.

La réalité de chacun doit être l'apprentissage de l'humilité de la tolérance, reconnaître d'abord ce que nous sommes et non tout accepter ou tout refuser.

Chaque individu, frère ou pas, est en lui-même, par ses origines, ses qualités, ses défauts ses compétences, ses connaissances, ses expériences ses croyances, son age, un enrichissement pour les autres.

Un vieux qui meurt, n'est il pas une bibliothèque qui brûle.

La diversité des frères d'une loge est souhaitable car elle crée sa richesse intérieure. Cette formule est souvent réitérée :

                           " Enrichissons nous de nos différences ".

Aux apprentis, compagnons et maîtres, arrivés parmi nous ou promus depuis peu, je voudrais dire :

J'ai connu, depuis bientôt 29 ans, de nombreux initiés qui ont quitté volontairement nos bancs, (certains d'ailleurs, toujours inscrits au tableau de loge, continuent de payer leurs capitations immédiatement, de peur peut être de se voir radié) qui n'ont pas réussi à trouver le fondement et le sens de la démarche maçonnique, l'interrogation inconsciente de soi, la construction de soi avec l'aide des différences des autres, ils n'auront pas été assez patients. Appartenir à notre ordre sans participer, je ne parviens pas à les comprendre.

Ils méconnaissent bien sûr ce qu'ils perdent, à ignorer ou refuser cette méthode de construction, ils ne connaîtront pas cette élévation de l'esprit vers la connaissance, cet enrichissement intellectuel personnel, l'égrégore des tenues en loge par l'échange d'idées différentes pour l'amélioration et l'élévation du débat, dans le calme et la sérénité, ce que nous ne trouvons nulle part ailleurs, de se quitter en désaccord peut-être, mais néanmoins frère, parce que tolérant.

Mes frères, surtout, soyez patients, travaillez sur vous-même davantage, soyez assidus à nos tenues vous y gagnerez sûrement, si vous persévérez.

Les fidèles de nos loges sont le plus souvent les fondations de l'édifice, les piliers du temple commun, les sincères, votre fil conducteur, la clé de vos énigmes maçonniques, les assembleurs de nos pierres plus ou moins polies, le ciment de notre fraternité, votre lumière symbolique, les maîtres maçons, ceux qui ont su se montrer d'une extrême indulgence à l'égard des errements des frères, qui ont su répandre la lumière, non point par l'éclat de leur titre, ou l'orgueil de leur ancienneté, mais par la noblesse de leur exemple, ils sont parvenus à être et non à paraître.

Dans le recueil des maximes et pensées de CONFUCIUS j'ai relevé  trois pensées que je considère pertinentes:

"C'est pour cela que l'homme souverainement parfait (ou du moins, qui cherche à le devenir) ne cesse jamais d'opérer le bien, ou de travailler au perfectionnement des autres hommes."

Et puis,

"Il y a des hommes qui sont d'une grande facilité dans leurs paroles, parce qu'ils n'ont trouvé personne pour les reprendre."

Enfin,

"Les paroles dont la simplicité est à la portée de tout le monde et dont le sens est profond, sont les meilleures" ; j'aurais essayé ?…….

Quant à moi, depuis tout ce temps, dans mon silence extérieur apparent, mon travail personnel intérieur permanent, j'aurai appris au moins à garder une jeunesse, celle de l'apprenti, de toute façon éternelle tant il nous reste à apprendre et à communiquer pour nous tous, les Francs-maçons.

Pour conclure, je citerai le résumé page de garde de ce « point de vue initiatiques :

« Le Rite Ecossais ancien et Accepté propose une méthode en 33 étapes ou degrés pour libérer l'homme et en faire un initié, c'est-à-dire un homme achevé dans sa construction, conscient de lui-même, des autres, de l'humanité entière et de tout son destin dans l'univers.

Le symbolisme maçonnique basé sur la construction permet de découvrir le versant caché des choses, forcer les clés de l'incompréhensible. Qu'elle soit issue de nos cinq sens, qu'elle repose sur l'expérience, la raison ou la foi, la perception du réel se trouve subordonnée aux limites de l'entendement humain. D'où, pour l'exprimer, ce besoin de recourir à une approche originale, différente des certitudes révélées ou acquises. La connaissance de l'univers, dans ses rouages et ses mutations, serait bien vaine sans la connaissance première de l'homme, qui l'éprouve et le justifie.

Se construire soi-même pour construire l'humanité, tel pourrait être formulé le projet de la Maçonnerie.

Si l'on veut sortir du phantasme des mots pour accéder à la liberté des idées, donc à l'avancement de ce projet, si l'on veut comprendre, il est nécessaire d'aller voir ce qui se cache derrière cette altière formule. Le discours « construit » en commun dans la loge devient une pierre pour l'édifice lorsqu'il produit une signifiance nouvelle et ne reproduit pas constamment du « déjà dit ». « Maçonner » incite à la créativité.

La loge est un organisme vivant, rassemblant tous les frères en un seul Tout organique et organisé dans un but commun. Mais en même temps chaque frère représente à lui seul la loge tout entière. Chaque frère doit être en même temps une parcelle de l'Univers et un Univers entier. Tel est peut-être le but de l'Art Royal, autrement dit l'Art de la vie. »

Ce texte écrit et rédigé par un F:. de talent est un excellent résumé de cette planche et bien sûr de la Franc-maçonnerie.

 

Michel NAN:.



23/10/2007
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