Le Fil à Plomb (Planche d'Augmentation de Salaire

 

                                                           

Cela fait désormais 3 ans que je suis en FM, 3 ans en tant qu’apprenti et voici enfin venu le moment de plancher. Ma toute première planche, ma planche d’élévation au grade de compagnon. J’ai choisi comme sujet pour celle-ci le « fil à plomb », également appelé « perpendiculaire ». 

Tout d’abord, sachez que j’ai eu la tentation d’un jeu de mot facile avec « fil ». Eh oui ! Je fus tenté par le démon ! Fort heureusement et au prix d’un effort surhumain, je m’abstiendrai de tout calembour, car comme le dit si justement mon très cher père Philippe de Ferron, amicalement appelé « Phil de Fer » : « il ne faut pas confondre la plaisanterie et l’insolence ! »

De tous les sujets possibles, pourquoi celui-ci ?

Pour être honnête : Car ce symbole ne me parlait absolument pas ! Mais le fait qu’on le retrouve en tant que bijou du second surveillant m’interpellait. Un hasard ? Certainement pas. L’idée était à creuser…

Tout d’abord vient la question de savoir si l’on parle de « fil à plomb » ou de « perpendiculaire ».

Après une première recherche, le fil à plomb en tant qu’outil de maçonnerie est constitué d'un fil lesté utilisé pour obtenir des verticales, ou du moins la direction de la pesanteur à un endroit précis, par exemple pour vérifier l’aplomb d’un mur. Il est composé d’une sphère en laiton lestée de plomb. Elle se suspend à la ficelle par l'intermédiaire d'un « bouchon » percé et fileté en laiton également. Si l'on débobine cette ficelle, elle coulisse à travers une cale en bois d'épaisseur identique au rayon de la sphère. Sur toute la hauteur d'une maçonnerie verticale, l'équateur de la sphère doit frôler l'ouvrage.

La perpendiculaire quant à elle est vient du latin per-pendiculum. Elle est le caractère de deux entités géométriques qui se coupent à angle droit. 

On pourrait dès lors penser que les deux termes ont un sens différent. Le fil à plomb donnant la verticalité alors que la perpendiculaire désigne l’angle droit que dessinent deux droites (dans notre cas).

Et pourtant… Je n’ai pas fait de latin durant mes études –je vous rassure, je ne suis pas meilleur en grec- mais je fus surpris de découvrir que le latin « per-pendiculum » signifie justement « fil à plomb » !

La perpendiculaire est donc intimement liée depuis des temps très anciens à l’utilisation du fil à plomb, l’un n’allant pas sans l’autre.

L’utilisation en maçonnerie de ces deux termes dépend en fait principalement du rituel pratiqué. Les REAA et RER faisant référence au fil à plomb, outil de constructeur ; alors que les RF et d’émulation semblent faire référence à la perpendiculaire, figure géométrique.

Nous sommes ici dans une loge du REAA faisant référence au fil à plomb. Or le dessin du bijou du second surveillant est différent de la définition d’un fil à plomb. En effet, le fil à plomb est ici entouré d’une armature métallique, laissant à penser que ce dernier peut être posé à même le sol ou tout autre surface plane afin d’en vérifier l’horizontalité. Or, sans vouloir empiéter sur la signification d’un autre symbole et risquer ici un hors-sujet fâcheux, n’est-ce pas l’attribut du « niveau » ?

Je ne peux croire qu’une grande dame comme la FM puisse s’être laissée aller à un tel mélange des genres, Madame est vertueuse et sa sagesse n’a d’égale que son âge avancé :o). Qu’en est-il réellement ? En me basant sur le travail de Gilbert Alban, il faut croire que les FM sont peut-être tout simplement coquets et qu’un fil à plomb orné d’une armature sied mieux qu’un simple fil pendant misérablement.

Le fil à plomb est donc un instrument manuel, qui n’est pas la perpendiculaire malgré l’image que le bijou du second surveillant pourrait laisser à penser.

Maintenant que nous avons défini ce qu’était un fil à plomb en tant qu’objet, vient désormais le moment de comprendre ce que signifie ce même objet en tant que symbole maçonnique.

 

Le fil à plomb est symbole de rectitude, qualité intellectuelle ou morale d’une personne qui se conforme à la raison, au droit, à la véritable norme. Cette définition découle d’un autre sens que l’on donne à rectitude et qui est le caractère de ce qui est rectiligne ou à angle droit. Le maçon doit posséder une « rectitude de jugement qu’aucune affection d’intérêt ne doit détourner ».

Le fil à plomb renvoie aussi à l’idée d’introspection de part l’axe vertical que donne le fil lesté. Le franc-maçon est invité à faire une recherche intérieure par un approfondissement de ce qu’il est réellement, pour y découvrir ses défauts. Mais il renvoie aussi à l’idée d’élévation, car en corrigeant ses défauts, le franc-maçon peut dès lors s’élever intellectuellement et moralement.

Ce symbole est pour moi indissociable d’un autre : V.I.T.R.I.O.L., Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem, ou « Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant, tu trouveras la pierre occulte ».  Car avant de pouvoir s’élever, il convient comme je l’ai énoncé plus haut de faire sa propre introspection pour découvrir notre moi profond. L’utilisation ici du terme Rectificandoque, « en rectifiant », est importante car pleine de sens. Celui-ci provient de rectus « droit régulier, conforme à la règle », alors que le mot latin « rectitudo » qui a donné le terme « rectitude » signifie direction en ligne droite, mais aussi « droiture, justice ». Si les deux termes ont une signification différente, ils ont donc bien un lien qui les unit, « la droiture ». La franc-maçonnerie, en confrontant tout d’abord le profane au V.I.T.R.I.O.L., puis l’apprenti au fil à plomb, nous montre le chemin nécessaire à toute élévation intérieure. L’introspection étant le préalable à tout approfondissement de notre propre connaissance et de correction de nos défauts pour devenir un être droit.

Enfin, le fil à plomb a une signification propre au Second Surveillant. En effet, en plus d’être le bijou représentant le symbole du travail que l’apprenti aura à réalisé sous son aile, cet outil rappelle les valeurs dont doivent faire preuve les seconds surveillants envers ceux dont il a la charge : Douceur, compréhension, pardon envers l’apprenti. Car l’erreur se répare sous l’égide de la perpendiculaire.

 A la lumière de ces éléments vient la question de savoir pourquoi je suis entré en franc-maçonnerie et si au moment d’y entrer je maitrisais déjà naturellement cet outil ? Je dois vous l’avouer : Je le pensais.

Et j’avais tort. J’aurais pu me douter que je n’étais qu’au commencement du chemin et me rappeler que « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler » ou la nécessité de se purifier l’esprit au « vitriol » avant de s’agripper au fil à plomb pour se redresser puis s’élever.

Je me souviens de la principale raison pour laquelle je suis entré en maçonnerie : me changer intérieurement pour changer ce qui m’entoure, me construire par un travail de réflexion personnelle, d’écoute et d’échange avec mes frères de loge en mettant en pratique les outils que l’on m’aura fait découvrir, dont le fil à plomb.

Je me rappelle, à l’occasion d’une question d’actualité sur la crise financière où le VM nous avais permis exceptionnellement de prendre la parole, de mon impatience à prendre la parole pour enfin faire part de mes idées, échanger mes réflexions avec vous lors d’une tenue. J’étais outrageusement confiant, certain que par mon intervention j’allais pouvoir apporter à la loge une partie de mes connaissances. Et je me souviens du stress qui soudainement s’est mis à monter en moi à mesure que le moment de me lever et prendre la parole arrivait.

Le doute. Les jambes qui tremblent. Que valaient mes idées ? Avais-je pris le temps nécessaire à la réflexion, puis à la construction de mon intervention ? Mais pourquoi donc avais-je pris la parole ? Pour vous apporter la lumière ?? Ou plutôt pour diriger la lumière sur moi ?

Je me souviens n’avoir réussi à sortir de ma bouche qu’un brouillon d’idée, broyé par ma timidité et mon empressement. Un manque certain de réflexion et de préparation et peut-être d’honnêteté dans ma démarche puisque celle-ci était certainement plus liée à un désir de me mettre en valeur que d’apporter ma pierre à l’édifice que nous construisions.

Cette expérience me fut bénéfique puisqu’elle me rappela l’importance du travail d’apprenti que j’aurais à réaliser avant toute prise de parole, maintenant comme demain, à l’intérieur  comme à l’extérieur du temple, et qui correspondait tout d’abord à « écouter » puis à confronter mon ressenti avec mon second surveillant et mes frères apprentis comme moi. Réflexion puis remise en cause comme régime nécessaire à mon élévation personnelle.

Lors du travail préparatoire nécessaire à la réalisation de cette planche, mon second surveillant m’a questionné sur la manière dont j’avais utilisé à l’extérieur du temple cet outil découvert à l’intérieur. Je vous ferai donc part ici d’une expérience toute récente puisqu’elle n’est vieille que d’une semaine à peine, et où la mise en pratique du fil à plomb me fut d’une aide salutaire.

Lors d’une réunion de mise en place d’un projet où je faisais la présentation de notre nouveau processus d’enrôlement massif que j’avais conçu, notre client institutionnel me coupa soudainement la parole en me demandant à brûle-pourpoint de lui réciter notre « argumentaire de vente » permettant de convaincre un fournisseur de s’enregistrer chez nous. Et là, toute comme lors de la question d’actualité, un grand vide m’envahit. Je fus désarçonné par le fait que le client m’ait coupé la parole, attitude bien éloigné des valeurs franc-maçonnes, sans même me laisser le temps de lui présenter mon travail. Je ne suis pas un bon vendeur par nature et j’étais bien incapable de lui communiquer un argumentaire commerciale que je personnalisais d’habitude en fonction de chaque cas. Tout comme j’étais incapable de lui communiqué la confiance sur mes capacités à vendre, que je n’avais honnêtement pas.

Ce fut une catastrophe, j’ai perdu dans l’exercice une bonne part de la crédibilité que j’avais su instaurer auprès du client pour mon travail de planification et mon supérieur dut prendre le relais de la discussion pour sauver l’image de notre société et notre capacité à mener à bien ce projet. Ce qui fut un constat d’échec flagrant pour le client sur ma capacité à convaincre un fournisseur de participer à un tel programme.

Je ressentais un chaos intérieur matérialisé par le doute, la peur, l’envie de fuir une situation que je ne maitrisais pas et dont j’avais honte. Le ressentiment aussi, voir la haine, face à un ennemi invisible qu’il me semblait si peu connaître. Non pas le client, mais moi-même. Je me reconnaissais dans mes qualités, mais je ne voulais pas me reconnaitre dans mes défauts. Les résistances de l’égo. Car en effet mon poste a évolué depuis ce début d’année et je suis désormais amené à délaisser de plus en plus la partie dite opérationnelle, l’enrôlement pur, tâche ingrate, pour me concentrer sur la partie noble, stratégique, qui consiste à planifier ces opérations. Réciter un argumentaire commercial me donnait donc l’impression d’être rabaissé à un simple rôle d’exécutant, dont j’avais mis près de 3 ans à sortir.

Or, j’avais la nécessité et le désir intérieur de renverser cette situation délicate, de montrer que je savais me remettre en cause, apprendre de mes erreurs, pour rectifier ce qui devait l’être par une réflexion empreinte d’honnêteté et de droiture. D’utiliser en pleine conscience le fil à plomb en dehors du temple.

Avant même qu’on me fasse le moindre reproche, je m’étais donc attelé à repenser les bases de mon argumentaire commerciale auprès des fournisseurs, nos communications et présentations ainsi que notre processus d’enrôlement. J’ai formalisé l’ensemble de nos avantages et répertorié les objections récurrentes auxquelles nous pouvions être confronté pour y placer en face nos contre-arguments. J’ai préparé tout cela en silence, sans que personne ne soit au courant.

Lors de notre seconde réunion de préparation, notre client fut étonné de trouver dans la présentation que je lui proposais les réponses aux faiblesses qu’il avait mis en lumière. A l’issu de cette réunion et d’un entretien entre mon client et mon supérieur,  ce dernier m’a fait part des félicitations du client pour le travail accomplis et ma capacité d’adaptation.

Cet évènement m’a permis de mettre consciemment en pratique dans le monde profane, et à mon humble niveau, l’outil que la franc-maçonnerie m’avait présenté. Or Je n’ai parlé ici que du fil à plomb alors même qu’il n’y a pas un outil mais plusieurs, chacun ayant leur importance et formant un tout dont le sens m’est encore obscure. J’ai conscience qu’un long travail me sera nécessaire pour comprendre le fonctionnement de chacun de ces outils et de pouvoir les utiliser dans la vie profane. Il me semble qu’il me sera possible d’avoir un regard plus précis sur ces outils au grade de compagnon, afin de les utiliser à bon escient. Enfin, à l’issu de cette planche, je souhaiterais remercier vous tous, mes frères, pour votre fraternité, votre tolérance et votre ouverture d’esprit, et tout spécialement les différents surveillants avec qui j’ai eu le réel plaisir de travailler. Chacun, à leur façon, ont su pour moi incarner de la meilleure façon les valeurs que leur bijou représente : Douceur, compréhension et pardon, car l’erreur se répare sous l’égide de la perpendiculaire.

J’ai dit.

Olivier de Fer:.

22 avril 6009



24/04/2009
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