LE PAVE MOSAÏQUE DES TEMPLES MAÇONNIQUES (de Shangaï)

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Le pavé mosaïque des temples maçonniques est le pavage de carreaux noirs et blancs qui se trouve sur le tableau de loge ou sur le sol du temple.

 

 

Parfois, c’est tout le sol qui est couvert de cette façon. L’alternance du blanc et du noir relie le pavé mosaïque à la dualité. Le noir et le blanc viennent ensemble et forment une structure où le regard passe de l’ombre à la lumière, et de la lumière à l’ombre. Voilà pour une première explicitation du pavé mosaïque comme symbole.

 

Ceci dit, la méthode symbolique maçonnique propose à chacun de suivre un cheminement analogique permettant d’expliciter un symbole sans se contenter d’adopter une interprétation prédéfinie.

La définition du dictionnaire Robert du mot analogie est « Ressemblance établie par l’esprit (association d’idées) entre deux ou plusieurs objets de pensée essentiellement différents. » Le dictionnaire Larousse propose quant à lui « Rapport existant entre des choses ou entre des personnes qui présentent des caractères communs. » Dans ces deux définitions, nous entendons les trois termes ressemblance, rapport, association d’idées, il ne faut donc pas s’attendre à ce que la méthode symbolique produise une interprétation unique, ce n’est d’ailleurs pas son objectif.

 

Suivre le fils des associations d’idées permet à la conscience et à la raison de plonger dans l’inconscient et l’imaginaire. Cette étape requiert un premier travail d’observation et de prise de note. La démarche maçonnique suggère de ne pas s’arrêter là. En effet, l’exercice de la planche symbolique oblige à construire une forme verbale pour communiquer son cheminement personnel. Il s’agit donc bien d’une méthode, avec ses étapes et ses exigences. L’objectif d’une planche symbolique n’est pas de figer la compréhension de l’orateur et des auditeurs, mais au contraire d’illustrer un parcours et une réflexion dynamique. Finalement, le chemin qui part d’un objet symbolique et qui conduit à une interprétation est en soi au moins aussi important que l’interprétation proposée.

 

Comment a commencé ma réflexion au sujet du pavé mosaïque ? En faisant un détour par la figure chinoise du taiji (i.e. le principe suprême) qui illustre la relation entre le yin et le yang. Cette figure partage un cercle en une zone blanche et une zone noire qui sont symétriques, et qui chacune comporte en son sein un petit cercle de l’autre couleur. Il s’agit d’une représentation de la dualité hors de la tradition maçonnique, mais elle montre aussi le contraste et l’intrication du noir et du blanc. Son élégance et son immédiateté la firent entrer dans le fonds commun de la culture mondiale. La figure semble dire que la pensée binaire permet d’analyser le monde en termes de contraires, tout en rappelant que les contraires sont des sois mêmes en miroir, pas forcément des ennemis.

 

Le pavé mosaïque illustre aussi l’enchevêtrement des contraires. Il le fait sous la forme d’un damier. Il n’est pas exigé qu’il y ait autant de carreaux blancs que de noirs. Nous le constatons avec le pavé sur le tableau de loge du rituel de référence. Il possède une surface noire supérieure à la surface blanche avec un total impair, 5×13 = 65, de carreaux. Le pavé mosaïque est prudemment circonscrit dans son rectangle au milieu du temple. Quand il décore l’entièreté du sol du temple, il n’en sort pas. Sinon son pavage pourrait s’étendre à l’infini et tout engloutir comme les représentations cauchemardesques du damier dans Alice au pays des merveilles. Pour moi, le pavé mosaïque est indissociable de sa délimitation. Ce couple fonctionne comme un appel à la vigilance de la raison qui délimite le champ d’application d’une méthode de raisonnement afin de se préserver des excès rationalistes ou positivistes.

Finalement le rapprochement entre le pavé mosaïque et la figure du taiji met en évidence leurs différences, et des effets différents sur l’imagination. C’est au cours de cette réflexion que j’ai enfin compris pourquoi je voulais travailler sur le symbole du pavé mosaïque : à cause de son aspect inquiétant, et à cause de mon rejet viscéral d’une identification sans questionnement du dit pavé à la figure du taiji. Le pavé mosaïque possède à mes yeux une ambiguïté et une valeur d’avertissement qui stimulent l’imagination dans des directions multiples et en font un symbole plus complexe que la figure du taiji qui me semble être une illustration univoque du dualisme comme méthode d’analyse. Le pavé rappelle quant à lui que la dualité structure certes la pensée analytique, mais que le résultat de la pensée ne saurait se résumer à la dualité qui sert à la construire.

 

Voilà l’état de mes réflexions sur le pavé mosaïque.

 

R:.

Confluent de Shangaï

16 décembre 6022



19/12/2022
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