Le Sphinx

 

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Description et origines

 

Le Sphinx est une créature mythologique, mélangeant plusieurs espèces. Il en existe de nombreuses variantes : féminine ou masculine, avec un visage humain ou animal, couché, assis ou debout, muni d’ailes ou non. Son nom a une origine confuse et a plusieurs significations : En grec ancien Σφίγξ(Sphigx) qui signifie l’étrangleuse et « sphiggô », qui signifie « serrer, lier étroitement, nouer » ou encore en ancien égyptien shesepankh qui signifie statue vivante ou encore du sanskrit sthag qui signifie dissimuler. Sous forme de statut, le Sphinx est présent, dès le IIIe millénaire avant notre ère, en Egypte ainsi qu’au Proche et Moyen Orient. C’est une figure complexe qui a suscité de nombreuses interrogations et interprétations.

 

Durant l’époque mésopotamienne, puis  babylonienne, il est représenté sous la forme d’un lion ou d’un taureau ailé avec une tête humaine barbue, en posture debout. Le plus souvent par deux, Ils sont appelés Lamassu ou Keroub et sont situés aux portes de la ville et dans les grands passages du palais, avec une fonction d'intimidation pour les étrangers et de protection pour les habitants. La divinité des enfers Nergal est aussi représentée sous la forme d’un lion ailé à face humaine.

 

Pour les égyptiens, c’est un sphinx à tête d’homme appelé androsphinx. Représenté de manière énigmatique ou dissuasive à l’entrée des Temples, des palais ou des complexes funéraires, sous la forme d’un lion la plus part du temps couché.

C’est aussi une association du pharaon et d’une divinité afin de traduire la force et la puissance du souverain. Il porte le plus souvent la coiffe rayée emblématique des pharaons, le némès. C’est un mélange complémentaire d'une part de la force avec la férocité du lion, et d’autre part de la raison représentée par le visage de l’homme.

Certains Sphinx ont une tête de bélier (criosphinx) ou de faucon (hieracosphinx). Ils sont les protecteurs d’un lieu comme par exemple la Colonne de Pompée à Alexandrie. Ils sont monumentaux, imposants, massifs, majestueux. Par deux, de part et d’autre à l’entrée des édifices ou alignés dans des longues rangées, ils ornent les parvis menant jusqu'au temple (Karnak, Louxor).

Chez les Grecs, le Sphinx des mycéniens et des minoens est devenu une sphinge pendant l’époque archaïque, c’est à dire une lionne ailée au buste féminin. Vers le VIIIe siècle avant JC, dans la Théogonie d’Hésiode, elle est le fruit de l’union de Typhon, divinité primitive malfaisante rivale de Zeus et d’Echidna la déesse vipère. Elle est la sœur des 3 gorgones dont la méduse, des 3 harpies, de la chimère à corps de lion et de chèvre avec un serpent pour la queue, du chien Cerbère, du Chien Orthos, de l’hydre de la Lerne (reptiles imaginaires mythologiques), du lion de Némée, de l’aigle du Caucase, et de la laie de Crommyon.

Elle est donc associée aux démons de la mort et de la destruction. C’est elle qui terrorise la ville de Thèbes et qu’Œdipe affronte pour l’en libérer. Elle ne quittera la province que lorsque quelqu'un aura résolu son énigme et qu'elle tuera tous les candidats qui échouent. De nombreux postulants s'y essaient, mais tous périssent. Puis quand vient le tour d’Œdipe, la Sphinge lui demande : «Quel être marche à quatre pattes le matin, puis sur deux jambes le midi, et sur trois jambes le soir » Œdipe répond qu’il s’agit de l’homme. Furieuse la Sphinge se jette du haut de son rocher (ou des remparts de Thèbes selon les versions) et se tue.

En plus d’être un animal de destruction et de chaos, elle est aussi le symbole du questionnement et de la réflexion. Elle pose des questions, des énigmes et oblige son interlocuteur à faire appel à ce que les Grecs appellent la métis (également divinité et première femme de Zeus). C'est l’empathie, la sagacité et la sagesse nécessaire à adopter pour discerner et comprendre ce qui n’est pas forcément visible à première vue afin de se sortir des pièges.

Puis pendant l’époque classique, sa signification varie à nouveau pour retrouver une de ses symboliques originelles : le Sphinx est un protecteur ou un passeur vers le monde des morts. Cette fonction funéraire est reprise par les peintres de vases mais aussi par les sculpteurs de pierre et les modeleurs de statuettes en terre cuite, les coupes et les plateaux. La figure de la Sphinx (ou Sphinge) deviendra peu à peu une évocation décorative de la mort et sera fréquemment utilisée comme ornement sur les monuments funéraires.

On trouve aussi des statues de Sphinge chez les Etrusques (sphinge de Chiusi), les romains (Colonne de Pompée), puis beaucoup plus tard, après être un peu tombé dans l’oubli, ce symbole réapparaît à partir de la Renaissance jusqu’à la moitié du XVIIIème siècle. Après la période napoléonienne, la symbolique et les mystères égyptiens sont à la mode dans les décorations des grands jardins, des places et de certains monuments, notamment à Paris avec les sphinges du jardin des tuileries ou les sphinx de la fontaine du Châtelet.

 

 

Interprétations

 

L’association entre différentes créatures et symboles est une pratique très courante pendant toute l’antiquité. Elle est répandue du bassin méditerranéen jusqu’en Orient. Sphinx, Lamassu, Harpies, Centaures étaient très familiers aux écrivains de l’Antiquité, aux intellectuels ainsi qu’aux prophètes et rédacteurs de l’ancien et du nouveau testament. Les animaux composant le plus souvent ces chimères à tête humaine sont le lion, le taureau et l’aigle, à l’image du Sphinx mésopotamien des portes de Nimrud.

Les Keroub ou Keroubim, lions ou taureaux ailés mésopotamiens et babyloniens ont très certainement inspiré l’image donnée aux chérubins, gardiens du jardin d’Eden et de l’arbre de vie. Deux Chérubins colossaux en Olivier et recouverts d’or ornaient le Saint des Saints dans le Temple de Salomon (1 Rois 6.23-28). Le propitiatoire, couvercle de l’arche d’alliance, est lui aussi surmonté de deux chérubins.

Dans la vision d’Ezechiel, (un des grands prophètes de l’Ancien testament), 4 animaux sont décrits. Ils ont l’apparence humaine avec chacun 4 faces: le lion, le taureau, l’aigle et l’homme. Le Sphinx prend un autre nom. Il est alors appelé le Tétramorphe ou les 4 vivants.

La chrétienté continue avec ces 4 vivants qui sont repris dans l’apocalypse de Jean puis à nouveau dans la représentation des 4 évangélistes, encadrant le Christ sur le fronton des cathédrales (principalement Romane) où l’ange est Matthieu (représentation de l’humanité du Christ et de sa généalogie), le lion est Marc (il fait état de la pureté du christ et de sa dignité de roi), le taureau est Luc (il fait état du sacrifice du Christ), l’aigle est Jean (qui met en avant la parole et le message divin du christ). Selon la tradition chrétienne, l’homme est l’Incarnation, le bœuf est le Sacrifice, le lion la Résurrection et l’aigle l’Ascension.

Mais revenons aux origines du mythe.

Dans l’Antiquité, ces animaux sont la représentation idéale de la création vivante, tenant les premiers rangs de leurs espèces. Chacun de ces animaux sont des objets de culte à eux seuls. Du monde mésopotamien aux romains, des mythes, des gravures, des allusions, des récits mettent en scène ces animaux.

Le taureau représente la force féconde de la fertilité, du travail agraire mais aussi du sacrifice. Les mésopotamiens pratiquent le sacrifice de taureaux aux fêtes solsticiales, Enkidu l’alter égo de Gilgamesh envoyé du ciel, est parfois représenté sous forme de Taureau et Ishtar pour se venger de Gilgalmesh envoie le taureau céleste à Uruk. En Perse, le culte de Mithra met en scène le sacrifice d’un taureau qui par son sang versé va permettre aux récoltes d’abonder avec le blé, la vigne et les plantes salutaires. L’Art Egyptien a représenté la déesse Athor, symbole de la fertilité, sous la forme d’une femme avec une tête de vache. Le minotaure est le fruit d’un accouplement d’une femme et d’un taureau envoyé par les dieux. De nos jours encore, nous pouvons assister aux corridas et aux lâchers de taureaux à Pampelune, sans doute l’héritage de vieilles traditions antiques.

Les combats de lions et de taureaux sont un thème très ancien en Mésopotamie. Les représentations de ces combats sont visibles sur les bas reliefs du Temple de Persépolis. Le lion est unanimement considéré comme le roi des animaux. Il est un symbole solaire et représente la puissance et le courage. Gilgamesh, et plus tard Hercule, étouffent des lions à mains nues. On suppose de part ses proportions que le Sphinx de Gizeh put être un lion à l’origine dont le visage a été retaillé en pharaon par la suite. Le vainqueur s’attribue toujours « la part du lion ». Aujourd’hui, devant la quantité, on ne compte plus les statues ou les héraldiques figurant à l’entrée des villes, sur les blasons, les écus, les emblèmes des familles et des personnages de l’histoire ornés par des lions.

L’aigle est le symbole de l’élévation spirituelle et de l’âme. Il vole à des hauteurs très importantes et peut voir à longues distances. Les anciennes croyances lui attribuent la possibilité de pouvoir fixer le soleil. C’est un aigle qui enlève Ganymède pour l’emmener vers l’Olympe, l’aigle du Caucase qui vient dévorer chaque jour le foie de Prométhée. Comme pour le lion, on ne compte plus le nombre d’emblèmes représentés par des aigles à travers le monde.

Les signes du zodiaque sont également à mettre en relation avec le Sphinx, les signes du taureau, du lion et l’aigle faisaient parties du zodiaque mésopotamien (traduction des tablettes cunéiformes à Babylone et à Uruk) et en marquait les points cardinaux avec le verseau l’homme. En correspondance à ceux du Zodiaque grec, l’aigle est devenu le Scorpion (voir chute de l’homme et résurrection) (Hipparque et Ptolémée). Le Scorpion a été substitué à l’aigle, ce qui pourrait être la représentation de la chute originelle.

D’un point de vue astronomique, la 13e constellation, celle du Serpentaire, le chasseur de serpent est voisine de celle du Scorpion. L’aigle est très souvent représenté tenant un serpent dans ses serres, ce qui symbolise l’opposition du haut et du bas, du terrestre et du céleste, de l’horizontal et du vertical. Dans la transposition à douze constellations, le scorpion animal, inférieur et terrien comme le serpent, a pris la place de l’aigle dans les quadrants astrologiques.

Les constellations sont divisées en 4 parties, les trigones, qui sont les 4 éléments. Taureau, Lion, Scorpion et Verseau sont respectivement associés à la Terre, au Feu, à l’Eau et à l’Air que nous retrouvons lors de l’initiation.

Le chiffre 4 évoque les quatre périodes de la vie (enfance, adolescence, âge mûr et vieillesse) aussi les 4 saisons, les 4 points cardinaux, les équinoxes et les solstices et ainsi le dualisme entre les forces et les faiblesses de l’homme. On ajoute aussi 4 qualités à ces quatre vivants : Savoir, Vouloir, Oser, Se Taire, c'est-à-dire : Connaître avec justesse et vouloir avec justice, oser avec conscience et se taire pour comprendre. D’un point de vue initiatique, on peut considérer que l’homme doit maîtriser chacun des éléments et dominer sa nature animale, ses passions pour trouver la voie de la sagesse

Nombreux sont les symboles et les messages réunis dans le Sphinx, à la fois oniriques et mystérieux, de chaos et d’harmonie, de doutes et de connaissances, de gardiens des vivants et des morts, de représentation de la création et de la destruction, et ainsi toutes les interrogations du Sphinx demeurent.

Comme les mystères de l’Antiquité, il est difficile de percer les mystères énigmatiques et profonds du Sphinx.

« L’Homme », c’est la réponse d’Œdipe à l’énigme de la Sphinge. Faut-il comprendre que sa principale suggestion est introspective insinuant les différents stades de la vie de l’homme et les interrogations qui les accompagnent ? : D’où venons-nous ? Qui sommes nous ? Où allons-nous ? Où dois-je aller, quel le but de la vie, le passé, le présent, le futur ?

Il existerait une deuxième énigme du Sphinx : « Quelles sont les deux sœurs dont l'une engendre l'autre et dont la seconde engendre à son tour la première? ». La réponse est le jour et la nuit.

En résumé l´Homme entre le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, est au centre de cette histoire. Le Sphinx nous invite donc peut-être à réaliser une maîtrise complémentaire et harmonieuse de nos forces animales intérieures et ainsi être la figure de l’initié accompli.

 

Thibaud SCH.°.



09/05/2021
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