Les Mythes Fondateurs du Christianisme

 

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Mes premières paroles s’adresseront à Jean Paul qui m’a facilité la tâche en nous démontrant lors de nos derniers travaux que le peuple juif n’existait pas.

Ma planche pourrait donc se résumer ainsi : « j’ai dit ».

Solution de facilité me direz-vous. J’en conviens. Il n’est pas facile de parler de religion et encore moins de sa propre religion. Un certain malaise peut s’installer : Vais-je arriver prendre ses distances par rapport au sujet qui me concerne directement ? Ne vais-je pas heurter mes frères ? Et dans la mesure où le sujet est vaste, très vaste même, ne vais-je pas faire des impasses ou prendre des partis pris ?

Bref, après une phase d’introspection, une seule solution : de la méthode maçonnique, encore de la méthode maçonnique et rien que de la méthode maçonnique.

Je me contenterai donc de vous présenter des pistes de réflexion qui, je l’espère, pourront vous donner envie d’aller plus loin.

 

I – Le Jésus historique : une vision libérale et humaniste de la Loi

Commençons par quelques éléments de contexte. Au temps de Jésus, cela fait des siècles qu’Israël a perdu son indépendance politique ; à Jérusalem, il n’y a plus de roi de la lignée de David. Après les Babyloniens, les Perses ont été les maîtres ; puis, après la conquête du pays par Alexandre le Grand, Israël dépend soit de l’Egypte, soit de la Syrie. Enfin, après un siècle d’indépendance retrouvée à la suite du soulèvement des Maccabées, mais siècle aussi de violentes tensions internes, le pays est tombé au pouvoir de Rome en 63 av. J.C..

Les signes de la présence de Dieu ne paraissent plus et ses hauts faits en faveur d’Israël ont cessé. Pourtant, la résignation ne s’installe pas et la foi au Dieu maître de l’histoire ne s’effondre pas ; mais c’est sur le mode de l’espérance qu’elle s’exprime. Le livre de Daniel et celui d’Hénoch voient le jour au IIème siècle, tandis que les psaumes dits de Salomon sont au premier siècle avant JC l’expression de l’attente messianique. Le poète du Psaume 17 supplie Dieu de susciter le « fils de David », le roi messie, et sa prière se termine par ces mots : « Que Dieu, bientôt fasse miséricorde à Israël ; qu’il nous délivre de la souillure d’ennemis impures ! Le Seigneur lui-même est notre roi, toujours et encore ».

Jésus s’inscrit dans ce contexte et reprend ces éléments d’espérance et de libération en annonçant que le règne de Dieu est proche. Si l’on en reste là, Jésus ne serait qu’un juif parmi tant d’autres même s’il se veut optimiste dans le rétablissement proche du règne de Dieu.

Ce qui est certainement plus significatif dans le Jésus historique, c’est son discours sur la Loi : une interprétation libérale qui place l’homme devant sa responsabilité et l’oblige à faire son introspection.

La Loi de Dieu est constituée par l’ensemble des commandements dictés par Dieu à Moïse sur le Sinaï. Elle est la charte de l’alliance conclue entre Dieu et Israël. La présence de la Loi distingue ce peuple des autres peuples et lui rappelle sans cesse les événements fondateurs qui sont à l’origine de son histoire.

La Loi est ainsi une réalité fondamentale et c’est précisément à son propos que jésus s’est souvent heurté aux docteurs de son temps, gardiens des traditions des anciens. Bien entendu, quand on parle de la Loi, on ne parle pas uniquement des dix commandements mais des innombrables prescriptions concernant la vie sociale, la manière de rendre la justice, les tabous alimentaires, les cérémonies destinées à éliminer les souillures et rétablir la pureté rituelle, les réglementations concernant les cultes et les différents genres de sacrifices et d’offrandes. Bien peu de cela remonte à l’exode et à Moïse, c’est une accumulation au cours des siècles provenant de périodes de l’histoire d’Israël parfois très éloignées l’une de l’autre et reflétant des phases sociales, culturelles et politiques très diverses. Les plus récentes, au temps de Jésus, étaient vieilles de plusieurs siècles.

Jésus part donc du postulat qu’il ne faut pas les prendre au pied de la lettre mais qu’il faut les adapter en fonction du contexte. Conçue comme un catalogue d’observances, la Loi fait écran entre Dieu et l’homme ; elle fait écran aussi entre l’homme et les situations réelles, dans lesquelles il est appelé à répondre à Dieu par son obéissance.

Je prendrais un exemple. Un jour de Sabbat, Jésus se rend à la synagogue. Dans l’assemblée se trouve un homme dont une main est paralysée. Les adversaires de Jésus sont aux aguets : va-t-il, en opérant une guérison, enfreindre la loi du Sabbat ? Jésus fait avancer le malade, puis il pose à l’assistance cette question : Est-il permis un jour de sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une vie ou de tuer ? Autrement dit : pensez-vous que Dieu, parce que c’est le sabbat, permet de ne pas faire le bien qu’on peut.

C’est un exemple parmi tant d’autres mais Jésus interpelle les hommes à s’interroger eux-mêmes sur le sens de l’obéissance à Dieu. Il leur redonne un rôle central. Il les responsabilise enfin.

Rappelons enfin que Jésus ne réécrit pas la loi. Son enseignement repose sur des paraboles que chacun doit interroger. Elles sont parfois obscures ou dotées de plusieurs sens. Là encore, l’homme a un rôle à tenir face à ses paraboles. Il doit interroger son être.

La tradition de l’église réformée est d’ailleurs intéressante à cet égard. Lors des offices, le pasteur ne dicte pas les enseignements qu’il faut tirer des évangiles mais il pose des questions afin que les fidèles puissent se faire leur propre pensée. Une tradition bien différente de celle de l’église catholique ou le clergé dicte un enseignement non discutable des évangiles.

Bref, pour résumer cette première partie, s’il n’y avait qu’une idée à retenir c’est celle d’un homme appeler à la liberté, au sens collectif avec la libération du peuple de Dieu, au sens individuel avec un lien direct entre Dieu et l’homme qui est amené à s’interroger sur le sens des commandements et être à l’affût de ce que Dieu souhaite.

Cependant, si l’on reste là. Le christianisme ne serait aujourd’hui qu’une branche du judaïsme un peu rebelle. Une histoire mythique s’est construit autour de Jésus. Nous allons voir comment et quand et, surtout, si des enseignements peuvent en être tiré d’un point de vue maçonnique.

 

II – Jésus Christ et la construction ou recomposition d’une mythologie proprement romaine qui se veut universelle

En effet, contrairement à l’opinion la plus couramment admise, dans le christianisme, ce qui relève de la tradition juive est accessoire à côté de l’immense apport doctrinal gréco-romain ce qui fit dire à NEYTON que l’héritage grec et païen a fait du christianisme « un musée vivant du paganisme ». Pour introduire cette partie, je citerai Saint Justin : « Nous n’apportons rien de nouveau par rapports à vos croyances. Si Jésus est Verbe de Dieu, il faut savoir que c’est un point commun avec Hermès, Verbe de Zeus ; s’il est né d’une vierge c’en est un avec Persée ; s’il a rendu la santé aux infirmes et ranimé des cadavres, on peut dire qu’Asclépios en a fait autant ; si Jésus a été mis en croix, les fils de Zeus ont eu également leur passion ; si enfin il est monté au ciel, ce fut également le cas pour Asclépios, pour les Dioscures, pour Persée et Bellerophon, sans parler des empereurs défunts ». Saint Augustin voit, pour sa part, en Virgile un prophète inconscient. Dans sa IVème Eglogue, le poète ne parle-t-il pas d’une « vierge qui enfante », d’une « nouvelle génération qui descend du ciel », d’un « enfant divin qui naît et gouverne le monde pacifié par son père » et d’un « âge d’or qui s’installe ».

Je rappelle juste que l’évangile de Saint Paul remonte à l’an 50, celles de Saint Mathieu, Saint Marc et Saint Luc remontent au troisième quart du 1er siècle et celle de Saint Jean à la toute fin du 1er siècle. Ce sont ces textes qui sont à l’origine de la mythologie chrétienne, ils sont tardifs et reprennent les grands mythes de l’époque.

Quels sont ces mythes ?

Le péché originel est l’élément fondateur de la mythologie chrétienne repris par la liturgie du samedi Saint : « Ô péché d’Adam, nécessaire assurément, qui a été effacé par la mort du Christ ; Ô heureuse faute qui nous a valu un tel et si grand rédempteur ». Luther, dans la Confession d’Augsbourg ne dit pas autre chose : « Nous croyons que toute la lignée d’Adam est infectée de cette contagion qu’est le péché originel … Nous croyons aussi que ce péché est vraiment vice et qu’il suffit pour condamner tout el genre humain, jusqu’aux petits enfants dans le ventre de leur mère ».

Si l’on prend un peu de recul, la désobéissance d’Adam reste sans doute un péché mais elle constitue parallèlement une heureuse faute qui a permis à l’homme d’avoir cette connaissance fondamentale d’ordre divin, voire d’accéder à toute connaissance, le séparant ainsi des êtres de nature, notamment des animaux.  C’est en tout cas, un élément d’explication sur la différence de l’homme et sur la parcelle de divin qui lui permet de créer. C’est sur la base du péché originel que peut vraiment commencer l’histoire de l’homme autonome et donc de la civilisation. Nous ne sommes pas loin du mythe de Prométhée qui vole le feu aux dieux.

Si l’homme a la connaissance, il doit aussi savoir la dompter pour en faire quelque chose. C’est l’objet du nouveau contrat qui est signé entre Dieu et les hommes par la rédemption. Par la crucifixion de Jésus, le christianisme a mis le sacrifice sanglant au centre de son mythe fondamental. Jésus, l’homme dieu est offert en victime à Dieu le Père pour racheter les hommes du péché d’Adam. Comme dans les religions antiques, un tribut est adressé au Dieu gouvernant le monde. Des dieux comme Attis dans les cultes dits du salut étaient également morts pour racheter l’humanité. Ils portaient les titres de sauveur, libérateur ou Seigneur. Dans la tradition mythologique grecque, Agamemnon sacrifie aussi sa fille Iphigénie pour satisfaire Artémis.

La messe, en ce sens, est un rituel essentiel. C’est le renouvellement du sacrifice sous une forme non sanglante. Ce n’est pas qu’un symbole mais bien un renouvellement du sacrifice. L’eucharistie n’est pas le simple mémorial du sacrifice rédempteur de la croix mais la répétition de ce sacrifice, c’est un événement réel et effectif. Comme dans la plupart des traditions mythologiques issues de la Grèce, les initiés sont appelés, en mangeant la victime et en buvant son sang à communier avec l’être divin, à s’approprier ses vertus par incorporation de sa substance.

A partir de ce rituel sacrificiel, le récit mythologique se poursuit par la résurrection et les apparitions de jésus ressuscité puis l’ascension et la manifestation de Dieu Esprit. Ce qui est intéressant à remarquer, c’est la corrélation avec le calendrier solaire.

En effet, la conception miraculeuse du christ correspond à l’annonciation célébrée le 25 mars, date à laquelle on attribuait traditionnellement la création du monde, création précédent de 9 mois celle du soleil au solstice d’hiver. Le 25 décembre sera ainsi retenu comme jour de la naissance de l’enfant divin. La suite du récit nous amène, par étape, à la manifestation de l’esprit saint en juin. Entre temps, Jésus sera mort et ressuscité après être descendu aux enfers, au printemps lors de la reprise de la végétation. Il va ensuite témoigner et dispenser ses enseignements pour finalement atteindre l’apothéose par l’ascension au ciel. Quel beau parallèle avec le chemin initiatique et notre pratique rituelle qui nous conduit de la saint jean d’hiver à la saint jean d’été.

N’est-ce pas une reprise de la plupart des cultes antiques liés au soleil ?

J’en arrête là pour les mythes fondateurs mais je pourrais encore et encore décortiquer toute la mythologie chrétienne pour vous montrer tous les emprunts réalisés aux religions antiques. Le christianisme va incorporer peu à peu un grand nombre de croyances et de philosophies pour les faire siennes. J’aurais pu vous parler du baptême dans le culte d’Attis, de la géographie de l’au-delà dans l’Orphisme, du Mithraïsme et du combat contre le mal.

Le christianisme serait ainsi une religion de synthèse reprenant un grand nombre de mythes propres aux différentes civilisations. Le christianisme assure une unité qui n’existait pas avant le IV siècle dans l’Empire Romain. On trouve ainsi une signification au terme catholique qui veut dire universel. En reprenant l’héritage de chacun, elle assure l’unité. Tout au long de l’histoire, en acceptant de nouveaux saints, elle a incorporé des croyances locales.

Le christianisme est donc, pour le Franc maçon, une source d’inspiration et de recherche incroyable.

Je terminerai sur une note personnelle. Lors d’un voyage au Mexique, il y a quelques années, j’ai visité une église située aux environs de San Cristobal de Las Casas. J’y ai vu une chose extraordinaire, un sol jonché d’aiguilles de pin, des gens assis buvant du coca pour roter et éloigner les démons, faisant éclater des pétards dans le même but. Un culte particulier était rendu à saint jean baptiste, pas de statut du christ. Et pourtant, cette église était consacrée par l’église catholique qui a fait siennes les croyances des populations indiennes locales.

 

Dorian C:.



02/10/2021
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