petites réflexions sur la mort

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La Franc-maçonnerie est une société où se célèbre la vie. Résolument optimistes, les maçons pensent que le monde dans lequel ils vivent peut et doit être amélioré par le Travail qu'ils effectuent sur eux. Qu'en s'améliorant, ils amélioreront le monde.

Un tel programme passe nécessairement par la construction de soi- même. Chemin de perfectionnement, d’acquisition des vertus, chemin aride pour certains qui s’adoucit cependant au contact des Frères. La Fraternité vient mettre un baume sur les épreuves de la vie. Moi, j’en ai vécu l’expérience au travers de vos messages de soutien et d’amour que j’ai reçus lors de la perte, il y a 5 mois de mon père et dernièrement lorsque ma mère a décidé de le rejoindre pour l’éternité.

Mais la mort plane sur chaque existence et sur chaque communauté. Elle touche les maçons, qui ne sont pas immortels… Elle affecte souvent la vie d’une loge.

La Franc-maçonnerie est une société de mémoire. Dans notre loge, il est fait régulièrement mémoire des frères décédés et ce pendant une Tenue Funèbre organisée en fin d’année avant notre Saint Jean d’Hiver. Il y a un devoir de faire mémoire.

« Nos cœurs ne doivent pas être le tombeau de nos Frères »

 D’une certaine manière, les maçons survivent au travers de leurs Frères. L’Orient éternel n’est qu’une métaphore pour exprimer un au-delà de l’existence individuelle. La formule n’induit aucune croyance, ni aucune négation d’une quelconque croyance : des maçons croient au ciel, d’autres n’y croient pas. Ce n’est pas cela qui est en cause dans la mort maçonnique. Ce dont il est question, c’est d’une chaîne d’union qui est brisée.

On sait qu’à la fin de nos travaux, pour exprimer au mieux les sentiments de solidarité et de fraternité qui nous lient, nous formons la chaîne d’union en nous donnant la main. Qu’un des nôtres vienne à mourir et voilà cette belle fraternité soudainement en deuil, comme cela se passe dans n’importe quelle famille. Le rituel est beau qui veut qu’au décès d’un Frère la chaîne d’union se fasse de manière ouverte, sans se donner la main. Mieux : le plus jeune apprenti prendra la place du Frère disparu. Ainsi, la vie continue, les maçons se remettent à l’ouvrage avec dans leur cœur le souvenir des Frères qui se trouvent à l’Orient éternel, en pleine lumière. Les tenues funèbres commémorent le souvenir de francs- maçons disparus ; « elles commencent dans l’affliction et la tristesse, mais elles s’achèvent toujours par des mots d’espérance » La batterie de deuil (« Gémissons,… ! ») est toujours suivie d’une    batterie    d’allégresse (« Espérons! »).

Dans le Tarot, la 13e lame figure la mort sous forme d’une faucheuse qui coupe des têtes couronnées, des mains et des pieds qui émergent de la terre, les restes des corps y étant enfouis. La lame suivante, où l’on voit un ange transvaser de l’eau d’une cruche en argent dans une cruche en or, précise la signification de la faucheuse : il faut couper, abandonner certaines parties de notre être – certaines aspérités de notre pierre brute – pour renaître à une nouvelle vie, pour passer à un niveau supérieur, pour devenir de l’or. Il y a plus : la 13e lettre de l’alphabet hébraïque est le «MEM» ou «MAYIM» (םימ), qui signifie «les eaux». Sa valeur kabbalistique est 40, et cela devient passionnant car ce nombre signifie toujours, dans la Bible, un changement ontologique (passage d’un état à un autre), associé à une épreuve (souvent liée à l’alimentation). Lors du déluge les pluies sont tombées pendant 40 jours et 40 nuits (à travers le déluge, Noé est initié) ; Moïse passe 40 jours dans la montagne du Sinaï, avant de recevoir les Tables de la Loi (d’ailleurs, en descendant de la montagne la peau du visage de Moïse devenait rayonnante, de sorte que les fils d’Israël craignaient de s’approcher de lui [Exode fin du ch. 34]). Israël a traversé le désert pendant 40 ans pour passer de l’esclavage à la liberté ; le prophète Eli, se croyant abandonné par le Seigneur, va dans le désert et veut mourir. Mais un ange lui apporte à boire et à manger et le conduit pendant 40 jours vers une grotte où il rencontrera le Divin (1er livre des Rois, ch. 19) ; après son baptême Jésus passe 40 jours dans le désert puis, par la puissance du Saint-Esprit, il se met à enseigner (Luc ch. 4) : de simple charpentier, il devient le Messie, en harmonie parfaite avec le Créateur ; 40 jours après la résurrection Jésus est enlevé : déjà par sa mort et sa résurrection il a changé d’état (les disciples ne le reconnaissent pas, il traverse des murs…), puis 40 jours après il rejoint l’Un (Actes des Apôtres ch. 1). Donc, cette 13e lame du Tarot parle bien d’une mort nécessaire afin de pouvoir renaître dans un état supérieur.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ma planche sur le Golem ou je vous avais expliqué comment celui-ci fut « tué ». En effaçant la première lettre d’EMET écrit sur son front signifiant la vie, cela fit le mot MAT la mort

La lettre «MEM» prononcée «MAYIM» nous cache encore une surprise. Nous l’avons vu, «MAYIM» signifie «les eaux». C’est bien au sein d’une matrice que peut naître une nouvelle vie. De «MAYM» vient aussi le nom de Myriam, qui en latin deviendra Maria. Or, la Vierge Marie est la matrice qui donne naissance au Fils de Dieu. Ce Fils de Dieu n’est autre que le «Soi» qu’il faut laisser grandir au détriment du «moi», la pierre philosophale des alchimistes, celle du VITRIOL. N’est-ce pas là un arcane majeur de notre quête de franc-maçon qui résume parfaitement ce qu’est la mort initiatique?

Société initiatique, la franc- maçonnerie cultive le bon vivre, qui est en définitive l’apprentissage du bien mourir. Oserions-nous dire que la mort est centrale dans une société initiatique ? Mort physique – mort initiatique, même finalité ? À chacun de répondre. Sans doute.

Dès son entrée, le profane qui vit son initiation est invité à se dépouiller du vieil homme qui est en lui pour renaître à une nouvelle vie. Il passera plusieurs heures dans le silence et la solitude du cabinet de réflexion, un petit local faiblement éclairé, où il verra l’image de la mort sous la forme d’une fax, d’un sablier, d’un squelette, d’un crâne, où il lui sera demandé de rédiger son testament philosophique, véritable bilan de sa vie, véritable travail de deuil également. Moment privilégié : il meurt, il apprend à mourir symboliquement, et cette expérience n’est que trop rare dans nos sociétés sécularisées dont on sait assez qu’elles s’acharnent à occulter la mort.

Ainsi la franc-maçonnerie propose-t-elle un enseignement préparatoire de la mort. Ainsi le maçon devrait-il, mieux que d’autres peut-être, être préparé à la mort.

La sienne s’entend…

 

 



21/11/2021
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