La quête du Graal

 

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Wikipédia 2019 : Le Graal est un objet mythique de la légende arthurienne, objet de la quête des chevaliers de la Table ronde.

C’est parti, vaste sujet, vaste domaine, le Graal, les chevaliers de la table ronde, les mythes arthuriens. Et bien c’est exactement dans cet ordre-ci que je vais vous présenter mon exposé, qui vous l’aurez compris, se voudra avant tout travail de synthèse dans une histoire labyrinthique, faite de dédales, de réécritures et d’interprétations – donc de symboles – multiples.

  1. Le Graal

Commençons tout d’abord par nous intéresser à cet objet de toute les convoitises… Qu’est-ce que le Graal exactement ?

 

Tout s’est joué entre 1180 dans Perceval ou le Conte du Graal et 1230, date à laquelle le Graal ne donnera plus lieu à de nouveaux développements littéraires.

 

Dans Perceval ou le Conte du Graal premier récit mentionnant le Graal, Chrétien de Troyes le présente comme l’avatar du chaudron du dieu-druide irlandais Dagda. Dans la mythologie celtique, ce chaudron peut, selon les légendes, être chaudron d’abondance, de résurrection, de science ou de divination.

Après la mort de Chrétien de Troyes en 1130, l’œuvre reste inachevée mais jusqu’en 1230, paraîtront de nombreuses « suites » littéraires appelées les continuations.

 

Dans la Suite Gauvain, considérée comme la première continuation, le Graal est représenté comme une corne d’abondance flottant dans les airs au milieu d’une salle, source inépuisable de bienfaits et allégorie de prospérité, attribut de Ploutos, dieu des richesses. On apprend ainsi que le Graal donne à chacun les nourritures qu'il désire.

 

Puis, dans les continuations suivantes, le Graal devient successivement plat, vase puis coupe. En effet, Graal, mot à l’étymologie discutable et discutée, tirant ses origines une fois du latin médiéval cratalis, suivi du latin tardif gradalidis, ou une autre fois du vieux français gréal (déformation amusante : sangréal pour saint Graal ou sang royal ?) ou grasal, signifiant un vase en forme de plat.

Généralement, on parle bien d’un récipient creux aux usages divers dont je vous épargnerai la centaine d’origines et de déclinaisons régionales.

En effet, le mot serait finalement lié à une réalité domestique et rurale, ce plat creux aux usages variés, étant souvent cité dans les provinces franco-provençale et occitane, comme le grazal puis par déformation Graal (!)

Quelle signification ces auteurs voulaient-ils apporter au Graal ? Plat à poisson, figure antique du Christ Sauveur ? Plat creux contenant la sainte éponge ? Dans certaines traditions relatives aux chevaliers de la table ronde, il a le pouvoir d'offrir à chacun de ceux-ci le plat de viande qu'il préfère… Plat d’argent pour servir une hostie ? Plat portant une tête coupée dans les premiers textes gallois archaïques qui dans ce cas puiserait plutôt dans des origines celtiques païennes faisant référence au chaudron de résurrection ?

 

On voit ensuite apparaître chez Wolfram von Eschenbach une relique, la pierre sacrée (Lapsit Exillis) : l’émeraude tombée, selon la légende, du front de Lucifer, et qui, creusée en vase, recueillit le sang du Christ s'écoulant des cinq plaies.

Voici une déclinaison du Graal qui entraînera la suivante. En effet, en 1101, après la prise de Césarée, les Génois obtinrent, dans leur part de butin, un plat en verre, de couleur verte, qu'ils croyaient taillé dans une énorme émeraude. Déposé dans l'église de Saint-Laurent à Gênes, ce plat fut très dévotement honoré sous le nom de Sacro Catino, comme ayant servi au dernier repas de Jésus.

 

Et c’est au début du XIIIème siècle que Robert de Boron dans L'Estoire dou Graal apparente enfin le Graal au Saint Calice, c'est-à-dire la coupe avec laquelle Jésus a célébré la Cène. Le lendemain, Joseph d'Arimathie s'en servit pour recueillir le sang qui dégouttait des plaies de Jésus quand il lava son corps détaché de la croix puis il le conserva précieusement. Son fils l’emporta en terres lointaines (en Angleterre ?), le « Saint Graal » (le Graal en tant que Saint Calice) devient alors le centre d'un mystère auquel certains élus participent autour d'une table ronde — d'où l'intégration dans les récits d’aventures de la table ronde : le saint Graal serait resté caché (ou perdu) pendant des siècles, mais enfin un chevalier, nommé Perceval, mérita, par ses vertus, de le retrouver, après de longues épreuves, et d'en être institué le gardien.

 

Cette christianisation de la légende du Graal sera reprise anonymement dans le roman en prose de 1225 Queste del Saint-Graal, un des cinq romans de la suite Lancelot-Graal, probablement écrite par un moine, qui fait du Graal la Grâce divine.

Effectivement, selon cette légende, celle de la quête de Galaad, celui qui boit dans cette coupe accède à la vie éternelle.

 

Pourquoi une littérature si prolixe sur le Roi Arthur et la quête du Graal fin du XIIème siècle et début du XIIIème siècle ? De nombreuses interprétations sont possibles, je vous en livre 3 à réflexion :

 

-          Outil chrétien ? ces textes coïncident avec la croisade contre les Cathares du Languedoc, source d’idéologie chrétienne contre le catharisme.

-          Outil anglais ? Ils seraient la résultante de la rivalité entre anglais et français, la dynastie des Plantagenets (citons Richard 1er Cœur de Lion, monarque de 1189 à 1199) souhaitant concurrencer le mythe fondateur des capétiens et avant eux des carolingiens – à savoir l’origine Troyenne des Francs – en s’appropriant la romance médiévale du Roi Arthur censée réunir les deux bretagnes et sauver les bretons.

-          Outil celte ? En effet, dernière interprétation, le mythe arthurien alimenta la matière de Bretagne, ensemble des légendes celtiques et de textes médiévaux autour de la grande bretagne et de la petite bretagne, opposant ainsi les celtes à la matière de France et aux traditions carolingiennes.

  1. La quête du Graal et les chevaliers de la table ronde 

Tout d’abord, recontextualisons, la légende arthurienne, appelée aussi mythes arthuriens, est née au moyen-âge. Il s’agit d’un ensemble de texte traitant du roi Arthur, des chevaliers de la table ronde entourant la quête du Graal. La littérature arthurienne s’est perdue au fil des siècles avant dé réémerger au XIXème siècle. Les mythes arthuriens sont donc écrits à des siècles de distance par des auteurs de cultures très diverses.

 

Commençons par le début, le roi Arthur Pendragon aurait défendu dans la légende les provinces celtes (bretagne armoricaine et bretagne) contre les invasions germaniques au Vème ou VIème siècle.

Puisant son origine de récits gallois archaïques, sa légende fut popularisée par les écrits du XIIème siècle. Dans ces histoires, réunies sous le vocable de matière de Bretagne, Arthur rassembla les chevaliers de la table ronde (en particulier Lancelot, Gauvain et Galaad). Cette assemblée était en général située à Camelot dans les derniers récits. Le magicien Merlin, dit « l'Enchanteur », y participait de temps en temps. Ces chevaliers participèrent à des quêtes mythiques, comme celle du Saint Graal.

 

La table ronde – et ses chevaliers – fait certainement son apparition dans le Roman de Brut écrit par le poète normand Wace en 1155.

Elle se trouverait à Camelot et aurait été dressée après que Merlin l'Enchanteur eut révélé à Arthur la nécessité de créer une assemblée faite des chevaliers les plus preux afin de retrouver le Graal. En effet celui-ci une fois retrouvé devait siéger au centre de la table ronde.

 

Un siège fut laissé vacant, le siège périlleux, promis à celui qui ramènerait le Graal. Ainsi dans certains écrits ce fut Lancelot, mais la chrétienté refuse cette interprétation à la suite de l’adultère de Lancelot avec Guenièvre, l’épouse du roi Arthur. En effet et pour rappel, la littérature moyenâgeuse faisait d’Arthur et de sa légende un modèle de vertu chrétienne. Ainsi souvent c’et Galaad qui est considéré être celui qui ramènera la sainte relique, aidé en cela de Perceval pour pénétrer au château du Graal.

 

Toutes ces légendes auront été reprises par Guillaume le conquérant puis les Plantagenets pour asseoir leur souveraineté au début de leurs règnes respectifs

 

Parmi ces histoires, dont plusieurs mentionnées plus tôt, citons vraiment le tout début de la quête :

 

Perceval de Chrétien de Troyes, œuvre fondatrice mais inachevée, ce roman est le premier texte où il est fait mention du Graal, ainsi que des chevaliers Perceval et Gauvain.

Perceval, au commencement de ses aventures, voulant devenir chevalier se rend à la cour du roi Arthur où il sera initié par Gornemant de Goort. 

Il est ensuite accueilli dans un mystérieux château, celui du Roi Pêcheur qui lui donne une épée. A l’heure du repas, il voit passer devant lui le porteur d’une lance, à la pointe de laquelle perle une goutte de sang, suivi d’une jeune fille tenant à deux mains un Graal d’or pur. Il n’ose pas demander à qui l’on apporte ce Graal.

Il « échoue » ainsi dans sa quête du Graal car s’il avait posé cette question, elle aurait délié le Roi blessé de sa malédiction, et l’aurait ainsi guéri.

La seconde partie est dédié à Gauvain, le plus valeureux des chevaliers du Roi Arthur.

En toute fin du récit inachevé, Perceval apprend que le Roi Pêcheur est maintenu en vie par les hosties issues du Graal depuis quinze années.

 

Dans la première continuation de Wauchier de Denain, appelée Suite Gauvain, nous apprenons seulement que Gauvain se rend à son tour au château du Graal, très probablement pour retrouver la lance qui saigne.

 

Dans la Deuxième Continuation de Wauchier de Denain, on retrouve Perceval. Il retourne encore une fois au château du Graal pour réparer l'épée que lui a donné le Roi Pêcheur, brisée aux combats. Toutefois, une mince fêlure subsiste dans la lame, signe que l'âme de Perceval n’a pas encore atteint la perfection. Le Roi Pêcheur lui révèle qu'il a atteint la perfection des qualités chevaleresques terrestres, pas encore celle des qualités spirituelles.

 

Gerbert de Montreuil dans la Troisième Continuation a le mérite de faire le lien avec la légende celtique de Tristan et Iseut, Tristan étant clairement identifié comme un des chevaliers de la table ronde participant à la quête du Graal dans un Tristan en Prose de la suite Lancelot-Graal dont Queste del Saint-Graal contient des éléments.

 

Manessier dans la Quatrième Continuation ajoute un dénouement inattendu : en effet, le conte se termine avec la mort du Roi Pêcheur et la montée de Perceval sur son trône. Après sept ans de règne, Perceval s’en va mourir dans les bois, et Manessier suppose qu’il emporte avec lui au ciel le Graal, la Lance et le Plat d’argent (!)

 

Dans l’anonyme Queste del Saint-Graal, le chapitre intitulé "les trois compagnons" raconte le voyage de Galaad, Perceval et Bohort, les trois chevaliers qui accompliront ensembles la quête.

 

Robert de Boron dans Joseph d'Arimathie ou l'Estoire dou Graal prolongea l’histoire jusqu’à l’époque du roi Arthur, tout en la faisant remonter à la Passion du Christ.

 

Quant au même moment un anonyme écrira Perlesvaus, aussi appelé Le Haut Livre du Graal, le moins canonique des écrits arthuriens du fait de ses différences marquées avec les autres versions, qui lui fait passer le mythe du Graal de la légende chevaleresque à l'allégorie chrétienne.

 

Vous l’aurez compris de nombreux récits brouillent les légendes et permettent une relecture sans fin des chevaliers de la table ronde, les uns se succédant aux autres pour le titre de meilleur chevalier du monde :

 

-          Notre intrépide Perceval, vainqueur de la quête du Graal avec Bohort et Galaad.

-          Gauvain, le meilleur des chevaliers de la Table ronde ; il se bat pour Arthur mais se fait tuer par Lancelot lors d’un combat opposant les deux chevaliers.

-          Ce dernier, devenu meilleur chevalier du monde est le père de Galaad. À l'origine destiné à la quête du Graal mais il en fut détourné par l'amour qu'il portait à Guenièvre.

-          Galaad, le plus jeune, qui deviendra à la suite de son père le meilleur chevalier du monde, le seul assez pur pour trouver le Graal. Mais surtout le seul à pouvoir s’asseoir sur le siège périlleux.

  1. Les mythes arthuriens et la franc-maçonnerie

 

Nous sommes sur une aventure, souvent excitante (XII et XIIème siècle), parfois en latence, mais quoiqu’il en soit qui a stimulé la littérature et nos intellects depuis plus de 1000 ans. Et malgré de nombreux changements et errements, on imagine aisément que la quête du Graal continue de susciter beaucoup de curiosité, d’envie et de convoitise.

Mythe, légende ou réalité, elle est en tout cas le reflet des évolutions sociétales et des révolutions philosophiques.

 

Il est certain que de Chrétien de Troyes aux auteurs anonymes de la suite lancelot-Graal, tous furent témoins en leur temps de l’élévation des cathédrales, et que leurs écrits en vers sonnaient comme des cathédrales en prose.

Essayons de nous en tenir aux symboles maçonniques les plus simples, et imaginons que cette quête n’est que l’histoire de frères avec un but unique.

Ainsi, là où Chrétien oppose une chevalerie rêvée et une activité réelle qui devient un moyen d'obtenir la gloire liée à la chevalerie, on pourrait voir dans sa naïveté initiale, un profane en recherche d’un réseau qu’il ne trouvera pas sauf à se méprendre sur l’activité réelle de la maçonnerie.

Car bien sûr le parallèle avec cette assemblée de chevaliers est aisé.

 

Pour autant, il y a de la générosité dans la quête du Graal – évolution occitane du Grasal – pour rappel au Moyen Âge, le gréal semble être un plat large et creux, proche de l'écuelle où l'on mange à plusieurs. Il y va donc du partage aussi.

Et du chiffre 3 : la similitude avec le chaudron du Dagda, toujours représenté avec 3 pieds, la quête de trois chevaliers au cœur pur, le Lapsit Exillis, cette émeraude tombée du front de Lucifer, représentant souvent le 3ème œil de Shiva, mais je m’égare…

 

Revenons au commencement. J’ai parlé de la naïveté de Perceval, de son regard rustre de campagnard au début d’une quête qui le dépasse.

Perceval apprend rapidement les arts du combat mais ne sait pas se comporter en vrai chevalier, ainsi Gornemant lui demande de cesser de poser trop de questions naïves. Ce conseil aura plus tard d'importantes conséquences quand Perceval, le prenant trop à cœur, se retiendra de demander conseil au Roi pêcheur au sujet du Graal.

Ainsi, on peut imaginer un apprenti passé compagnon, qui muré dans son silence, en oubliera tout simplement la parole à des fins curatives… d’élévation dirons-nous !

 

Car oui tout est question de spiritualité dans cette quête du Graal, où à la fin personne ne sait plus très bien ce qu’il est venu quérir.

Rappelons-nous une interprétation chrétienne où, l'épée donnée à notre jeune chevalier par le Roi Pêcheur, légèrement fêlée au combat, semble être à l'image de l'âme du héros qui n'est pas totalement pure, peut-être toujours marquée par la tache originelle, auquel cas l'initiation spirituelle ne serait pas achevée, à l'inverse de l'initiation chevaleresque de Perceval.

 

En parlant du Roi Pêcheur certains y ont vu aussi des symboles solaires, là où le Roi Pêcheur serait sur le déclin, le Graal représenterait un récipient nourricier lié à la partie diurne de l’année. Il en serait de même dans les continuations suivantes relatant les aventures de

Gauvain, ses forces augmentant jusqu’à midi pour diminuer ensuite jusqu’à la tombée de la nuit.

 

Que dire alors de cette table ronde ?

Alors certes très éloignée de notre tableau de loge, de nos carrés en damier du pavé mosaïque et pourtant…

La table ronde rappelait aux chevaliers qu'ils héritaient de leur place uniquement sur leurs mérites et qu'ils étaient à ce titre tous égaux. Dans certaines versions, comme la distance par rapport au roi peut réintroduire une hiérarchie, ce siège est choisi au hasard parmi les derniers. Elle deviendrait alors symbole de l'égalité et la de fraternité entre les chevaliers. Le roi s’asseyait au milieu de la table, en hauteur, et les places d’honneur étaient situées à sa droite et à sa gauche.

La forme ronde, symbolisant la fraternité, évite ainsi toute préséance entre ceux qui s’asseyent, leur rappelant que les chevaliers n‘héritent de leur place que grâce à leur courage.

 

Et que dire du Graal qui est et reste un objet mystérieux :

Parfois il sera dit que c'est un objet sacré aux pouvoirs puissants : seul un être pur pourra le trouver et en prendre possession.

Selon certaines légendes, sa découverte annonce la fin des Temps Aventureux.

Pourtant, tous les chevaliers le cherchent, et le monde n'aura de paix qu'après sa découverte, mais, paradoxalement, c'est à celui qui ne le cherchait pas qu'il sera donné de le trouver, selon Wolfram von Eschenbach. A rapprocher de nos premiers enseignements avec le second où il nous apprend que tout est accessible à partir du rituel du premier degré…

L’énergie dépensée et les épreuves rencontrées font grandir ou révèlent les qualités des chevaliers, éventuellement leur permettent d'en acquérir de nouvelles. Il s'agit donc d'une quête initiatique.

 

On parle aujourd’hui du Graal comme d’un but à atteindre.

Car la quête n’est pas finie – le meilleur pour la fin – dans Queste del Saint-Graal, Galaad après avoir regardé au sein du Graal se retourna vers ses compagnons. Puis, le visage illuminé il tomba mort, et une main descendit du ciel pour prendre le Graal et l’emporter pour toujours….

La recherche d'un objet sacré comme but dans la vie, et même au risque de sa vie, montre que la finalité peut être plus importante que sa propre existence : vision de la vie terrestre, vécue comme un passage avant un monde meilleur.

Pourquoi avoir fait comme Galaad et regardé à l’intérieur du Graal une démarche certes VITRIOLaire, là où comme Bohort, il aurait pu choisir de ramener le Graal pour illuminer la société ? Alors mes frères, améliorons la société en trouvant ce qui est caché et en ne croyant pas que tout est perdu…

Notre quête du Graal qui en modifiant deux lettres peut-elle, pourrait-elle s’apparenter à une quête du Gadlu ? Je vous laisse aux songes et interprétations d’un tel mythe mes frères, espérant ne pas vous avoir perdu dans les dédales littéraires d’une quête sans fin…

 

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24/04/2021
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