Le Serment d' Hypocrate

 

serment

 

C’est un grand bonheur pour moi de vous restituer la présentation à laquelle j’ai assisté dans le lieu où fut prêté le serment des Jeux Olympiques de 2004.

Très chers frères, j’ai voyagé et j’ai appris. Imaginez que vous êtes à Athènes, la ville où on érigea sur l’Acropole le célèbre Temple à Athéna Parthénos, déesse d’Athènes et de la sagesse : le Parthénon. Depuis l’Antiquité, on remarque peut considérer que toutes les religions, toutes les philosophies sont des variantes des premiers enseignements de l’Unique Sagesse : celle qui conduit l’homme à sa réalisation personnelle par la construction de soi, donnant un sens à la vie.

Athènes, donc, la ville où des citoyens votèrent leurs propres lois pour la première fois, inventant ainsi la Démocratie, où apparurent : le premier théâtre avec les tragédies d’Eschyle, Sophocle et Euripide, les premières école philosophiques, celle de Platon dans le jardin consacré au héros athénien Académos (qui a donné son nom à nos académies), celle d’Aristote près du gymnase dénommé Lycée (qui a donné son nom à notre école secondaire). Mais pour nous FM, c’est la ville ou fut révélée une méthode importante pour nous. Une méthode qui nous aide à visiter notre temple intérieur, ou l’équerre, le niveau et le fil à plomb sont utiles. Oui, c’est dans cette ville que le philosophe Platon créa son école, dont les écrits nous révélèrent la sagesse de Socrate. J’aimerais à ce stade faire un rappel à nos apprentis : la méthode philosophique de Socrate consistait à poser des questions en amenant ses interlocuteurs à s’observer ; c’est l’origine de la maïeutique, c’est à dire nous faire découvrir les vérités déjà présentes en nous-mêmes : « connais-toi, toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux », inscription du Temple de Delphes citée par Platon.

La Grèce nous a donné Chiron, le premier pharmacien mythique, Asclépios, le dieu de la médecine, Hippocrate, le plus célèbre des médecins dont le serment d’exercice est encore d’actualité.

L’histoire a commencé il y a environ deux millénaires. A l’époque les Grecs croyaient que les dieux régissaient leur monde et qu’ils n’avaient pas leur mot à dire. Les dieux avaient une forme et un comportement humain, avec la toute-puissance et l’immortalité en plus. Le monde avait été partagé entre eux : Zeus, le ciel ; Poséidon, les eaux ; Hadès, l’enfer, comme on appelé le monde souterrain, là où allaient les morts.

Les Dieux avaient laissé la surface terrestre aux mortels, et selon le mythe de Prométhée et Epiméthée toutes les qualités (force, agilité, vitesse) ayant été distribuées aux races animales, il n’en restait plus pour les hommes. Sans doute, les dieux les destinaient-ils à leurs moments de loisir, car les mortels étaient des jouets leurs mains et ils s’amusaient à leurs dépens. Les problèmes de santé étaient considérés comme imposés par la colère des dieux. Pour guérir, le patient devait leur offrir des sacrifices pour les amadouer et interroger un oracle pour apprendre ce qui avait provoqué leur colère et si sa guérison était admise. Le patient allait trouver le devin qui allait sonder la volonté divine. Alors les Grecs commencèrent à s’organiser contre la tyrannie des dieux. A l’aurore de l’époque classique, apparût chez les philosophes, la conception de l’ordre cosmique, qui est attribuée à Pythagore. Il nomme l’univers ‘cosmos’, qui signifiait à l’époque ‘ordre’, parce que, d’après lui, dans l’univers dominent l’harmonie et l’ordre. Ils s’y maintiennent et sont constamment restaurés par une force sans limitation dans le temps et dans l’espace, qui traverse tous les êtres, mais ne peut être perçu par les sens humains.

Parallèlement, dans la relation du plus grand nombre avec les forces surnaturelles, une nouvelle étape est franchie vers l’émancipation. Les mortels inventent les demi-dieux, qui prendront leur parti le parti contre la volonté des dieux. Tel fut Prométhée, qui fit don aux mortels du feu et par là « des arts utiles à la vie » selon la formule de Platon. Entrent alors en scène des personnages légendaires qui vont permettre une relation plus personnelle et plus performante entre patient et guérisseur. Tel fut le centaure Chiron, le premier pharmacien, qui leur apprit le secret des plantes, que les anciens appelaient « les mains guérisseuses des dieux ». Et aussi Asclépios, le premier médecin des mortels, le guérisseur idéal (il est connu de Homère comme un héros thessalien). Son mythe symbolise la lutte des humains contre les insurmontables liens du destin.

Apollon, le dieu guérisseur, devient père d’Asclépios, le premier médecin. La légende veut qu’Apollon tue la mère mortelle d’Asclépios, Coronis,  mais sauve l’enfant qu’il abandonne sur une colline. Un berger le recueille, quand son chien le découvre. Il est nourrit par une chèvre. L’enfant est envoyé chez les centaures et devient l’élève le plus assidu de Chiron, qui lui apprend les secrets de plantes médicinales. Asclépios pousse si loin sa connaissance de l’art médical qu’il réussit à ramener à la vie ceux que les dieux avaient condamnés. Il va contre le destin, il commet ainsi l’’ubris’, la démesure, une faute interdite même aux dieux. Ne pouvant le tuer, car il était à moitié divin, Zeus le précipite sous terre. Asclépios réapparait à la surface sous la forme d’un serpent. Le serpent est un animal qui vit sous terre, mais aussi en surface, qui sort de la terre comme sort de la terre, la vie, à travers les plantes, et les eaux des sources. Et qui y retourne, comme les graines et l’eau. Il est le symbole du renouvellement. Les anciens Grecs en ont fait celui de la médecine et c’est lui qui figure sur le caducée, symbole des médecins et pharmaciens modernes. Dans l’imagination du plus grand nombre, les individus qui par leurs inventions et leur savoir-faire étaient vénérés et considérés comme des bienfaiteurs, devenaient des héros patronymiques de leur art. Ceux qui s’occupaient d’alléger la souffrance humaine, les médecins, adoptèrent Asclépios, comme patron de leur confrérie. Pour faire partie de la confrérie des ‘Asclépiades’, comme on les appelait, il fallait en plus de la connaissance des moyens disponibles dans l’art de guérir, avoir des dons d’empathie, qui permettaient de comprendre le patient et d’entreprendre un dialogue avec lui, pour identifier son problème de santé. Des siècles plus tard, Antoine de Saint Exupéry écrivait « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » L’empathie permet de cultiver la générosité, le don, l’écoute de l’autre. Autant de qualités nécessaires à la pratique de la fraternité ! Les Asclépiades se déplaçaient avec leurs instruments et leurs baumes, là où ils étaient appelés. Ils vénéraient leur héros patron Asclépios, dont ils invoquaient la protection et le soutien dans les cas difficiles. Asclépios lui-même n’avait pas de contacts avec les patients. Les médecins invoquaient son ‘support’ quand ils rencontraient des difficultés, mais c’était eux qui procédaient aux guérisons. C’est autour de leur bâton de voyageur que s’enroule le serpent du caducée. Au début de l’époque classique, la guérison est encore une affaire divine, dans la conception des Grecs. Le dieu médecin était toujours Apollon. Ce dieu guérissait les malades dans leurs rêves avec des moyens surnaturels: les oracles et l’incubation, qui est basée sur le cycle naturel de la graine. On dort près d’une source d’eau et on est guéri au réveil, le sommeil étant assimilé à la mort, et la guérison au retour à la vie de la graine. Il est certain que le premier recours des souffrants étaient les médecins mortels. Mais l’éventail de leurs connaissances était limité. Pour les cas graves et désespérés les médecins admettaient eux-mêmes qu’ils ne pouvaient rien faire de plus et considéraient qu’il était de leur devoir d’invoquer l’aide divine. La différence entre les interventions des divinités et les traitements des guérisseurs mortels étaient que la guérison divine était un acte de magie, dont on ne pouvait connaître les méthodes. Les patients dépendaient encore trop du bon vouloir de la divinité. On passe ainsi à l’étape suivante de l’émancipation : vers la fin de l’époque classique la manière de concevoir l’intervention divine dans les guérisons change. La crainte qu’on avait des dieux s’est estompée. Au IIIème siècle, on les ridiculise dans les comédies. Et dans les tragédies, on montre que l’homme lui- même est responsable de ses infortunes et non plus les dieux. Les divinités sont perçues maintenant comme généreuses, bienfaisantes et bienveillantes envers la race humaine. On va ainsi concevoir un nouveau dieu, plus adapté aux nouvelles conceptions de la relation avec le divin. Naturellement, on se tourna vers celui qui avait jadis fait ses preuves en prenant le parti des mortels contre la volonté des dieux, celui qui avait toujours été le plus proche de chaque individu, de ses peines et de ses joies, de ses souffrances et de ses moments de bonheur, le patron des médecins, Asclépios. Son culte va être organisé à Epidaure, où il remplace Apollon. Asclépios continue à être considéré comme le patron des médecins, le protecteur de leur art. Le héros des médecins, élevé au rang de dieu, assume la tâche de guérir lui-même les patients. Le nom ‘Asclépios’ comprend l’adjectif ‘doux’. Différentes étymologies ont été proposées : « celui qui retire avec douceur la douleur du souffrant », « celui qui rend ce qui est dur dans la maladie, doux », « celui qui empêche le desséchement ». A Epidaure et dans les autres sanctuaires qui lui sont consacrés, Asclépios pratique l’incubation ou la guérison par le rêve, faisant disparaître les maladies en une nuit. Sa médecine se fonde sur le principe de l’ordre cosmique. Un corps est sain quand y règne l’harmonie des contraires, quand les propriétés opposées dans le corps y sont en équilibre. Guérir consiste à restaurer l’équilibre entre ces opposés, à savoir le souple et le dur, le fluide et le visqueux, l’humide et le sec, l’amer et le doux, etc... C’est pour nous le principe de dualité.

La participation du patient dans sa guérison est maintenant fondamentale. Sa collaboration est même exigée. Il doit être sincère dans sa volonté de guérir et courageux. On pourrais presque parler de la maxime de Socrate, celle gravée au fronton du temple de Delphes : «  connais-toi, toi-même et tu connaîtras le secret des Dieux et de l’Univers. » La nuit venue le patient se rendait à l’endroit où le dieu viendrait le voir pendant son sommeil, dans son rêve. Il voyait le dieu sous la forme d’un serpent, le soigner lui-même ou prescrire un traitement qu’il pouvait appliquer lui-même ou avec l’aide d’un médecin. Les traitements utilisés sont basés sur la suggestion psychosomatique, l’emploi de plantes médicinales, les interventions chirurgicales, mais aussi les bains, l’exercice physique dans le stade et les gymnases du sanctuaire. Une grande part dans les traitements est donnée à la danse et à la participation des patients à des spectacles de musique et de représentations théâtrales dans le célèbre théâtre. On ne demande pas seulement à Asclépios de guérir les maladies, mais aussi d’octroyer la santé. Savez-vous d’où vient le mot ‘hygiène’ ? Pas d’un nom, mais d’un prénom, celui d’Hygie, qui signifie en grec, la santé. Les anciens en avaient fait une divinité, fille d’Asclépios, également vénérée dans ses sanctuaires, comme son autre fille, Panacée et son fils, Hypnos, le sommeil, d’où viennent les mots ‘hypnose, hypnotisme, etc...

A partir du IVe siècle, l’émancipation du patient par rapport aux forces surnaturelles et divines est totale. On le doit largement à Hippocrate, considéré non plus comme le dieu, mais comme le père de la Médecine.

Hippocrate, célèbre médecin grec, était un contemporain de l’historien Hérodote. Il est né sur l’île de Cos entre 470 et 460 av. J.C. d’une famille qui prétendait descendre du mythique Esculape, fils d’Apollon. En Grèce, avant lui, existait déjà de longue date une tradition médicale, et l’on suppose qu’Hippocrate l’a reçue en héritage principalement de son prédécesseur Hérodicus, et qu’il a approfondi ses connaissances lors de ses nombreux voyages. Après avoir rencontré les hommes les plus distingués et les plus illustres de l'époque dans toutes les branches de la connaissance humaine, il rentre à l'île de Cos. Selon la légende il aurait lutté contre l’épidémie de peste qui sévit à Athènes pendant la guerre du Péloponnèse en faisant allumer de grands feux par toute la ville et en ordonnant de suspendre partout des fleurs odorantes ; il aurait remarqué que les forgerons et toux ceux qui travaillent avec le feu étaient exempts de la maladie pestilentielle. Hippocrate est mort à Larissa entre l’an 380 et 360 av. J.C.

Il est le premier à avoir rejeté les superstitions et les croyances, à débarrasser les causes des maladies des forces surnaturelles ou divines :

« La maladie dite sacrée (l’épilepsie) ne me paraît avoir rien de plus divin ni de plus sacré que les autres maladies. Sa nature est la même. Les hommes lui ont donné d’abord une origine divine par ignorance. Ils ont ensuite persévéré à lui attacher quelque idée de divinité faute de savoir en déterminer la nature. » (Du mal sacré).

Traiter les 4 éléments et les 4 humeurs

Selon la conception d’Hippocrate (qu’il n’a pas inventée, mais développée et transmise), l’univers est composé de quatre éléments : l’eau, l’air, le feu et la terre. Chacun de ces éléments possède une double nature : froide ou chaude, sèche ou humide. Ainsi :

L’eau est de nature froide-humide.

L’air est de nature chaude-humide.

Le feu est de nature chaude-sèche.

La terre est de nature froide-sèche.

Le corps humain contient quatre humeurs : le phlegme (ou lymphe)-eau, le sang-air, la bile jaune- feu et la bile noire-terre.

La prédominance de l’une de ces humeurs détermine le type de maladie, donc la façon de le soigner, mais aussi le caractère (ou tempérament).

Il a fait ainsi de la médecine une profession à part entière en définissant le rapport étroit et entièrement humain entre thérapeutes et malades. Ainsi selon l’un de ses plus célèbres aphorismes :

"La vie est courte, l'art est long, l'occasion est prompte à s'échapper, l'empirisme est dangereux, le raisonnement est difficile. Il faut non seulement faire soi-même ce qui convient, mais encore être secondé par le malade, par ceux qui l'assistent et par les éléments extérieurs". (Aphorismes 1ere section, 1)

Tous les médecins occidentaux font encore le serment d’Hippocrate, bien que le texte ait été modernisé.

Dans sa forme originelle selon Littré il commençait par :

« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants : »

A l’heure actuelle, en France il débute par :

« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. »

Bertrand DUV:.



16/09/2013
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