LA TRADITION

Plan

Introduction

1. Le temple est partout et de nulle part

2. Rites et symboles. Les trois grandes Lumières

2.1. Le Volume de la Loi Sacrée est le symbole de la Tradition

2.2. Comment interpréter le Volume de la Loi Sacrée ?

2.3. L’équerre et le compas. Les anciens devoirs.

2.4. L’herméneutique

Conclusion

Introduction

Etymologie : Tradition vient du latin tradere qui signifie faire passer, transmettre, du latin traditio qui signifie transmission (mais qui donne aussi trahison) ; en grec ancien παράδοσις, paradosis, soit transmission, tradition.

Selon le dictionnaire de l'Académie française, 4e édition (1762) :

« TRADITION signifie, dans l'Église Catholique, La voie par laquelle la connoissance des choses qui concernent la Religion, & qui ne sont point dans l'Écriture Sainte, se transmet de main en main, & de siècle en siècle. La Religion Catholique est fondée sur l'Écriture Sainte & sur la Tradition. Il y a une Tradition écrite, & une Tradition non écrite ou orale.

Il se dit aussi Des choses même que l'on fait par la voie de la tradition. Ce point de discipline ne se trouve pas dans l'Écriture Sainte, ce n'est qu'une tradition.

On appelle Traditions Judaïques, Les interprétations que les Docteurs Juifs avoient données à la Loi de Moyse, & les additions qu'ils y avoient faites, qui depuis ce temps-là ont été recueillies par les Rabbins.

TRADITION se dit encore Des faits purement historiques qui ont passé d'âge en âge, & qu'on ne sait que parce qu'ils se sont transmis de main en main. Ce sont des faits que la tradition seule nous a appris.

Il se dit aussi De ces faits mêmes. Le prétendu voyage de S. Denis l'Aréopagite en France, n'est qu'une tradition. »

Définition maintenue par la suite, la version de 1932, la dernière, précise:

« Tradition se dit, dans le langage courant, de la Transmission des doctrines, des procédés, des coutumes, des faits historiques, etc., qui s’est faite de génération en génération, spécialement par la parole et par l’exemple. …Il se dit aussi de ces Doctrines, de ces procédés, de ces coutumes, de ces faits, etc., qui sont un legs du passé.»

Ainsi la tradition implique de recevoir et transmettre et aussi ce que l’on transmet et reçoit.

Selon le Chapitre 1 de la Constitution de la GLDF intitulé LA FRANC-MAÇONNERIE UNIVERSELLE ET SES PRINCIPES :

La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité.

Elle constitue une alliance d’hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances.

…Dans la pratique de l’Art, ils veillent au respect des règles traditionnelles, us et coutumes de l’Ordre.

Les Francs-maçons, dans la poursuite commune d’un même idéal se reconnaissent entre eux par des mots, signes et attouchements qu’ils se communiquent traditionnellement en Loge au cours des cérémonies initiatiques.

…Les Francs-maçons s’associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autonomes qui prennent le nom de Loges.

…Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances nationales et indépendantes, gardiennes de la Tradition, exerçant juridiction exclusive et sans partage sur les trois grades de la Franc-maçonnerie symbolique: Apprenti, Compagnon et Maître Maçon.

Les Grandes Loges se gouvernent conformément aux principes traditionnels de l’Ordre Universel, à leurs propres constitutions et aux lois qu’elles se sont régulièrement données.

Elles respectent la souveraineté et l’indépendance des autres Puissances maçonniques et s’interdisent toute ingérence dans leurs affaires intérieures. [Constitution, GLDF]

1. Le temple est partout et de nulle part

Le local de réunion de notre atelier est un temple par la vertu du rituel. Nous ferions volontiers nôtre la formule lapidaire affichée sur le quai à la station de métro « Assemblée nationale » : « Partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale » : (formule du serment du Jeu de Paume).

Le temple maçonnique avec ses décors : Lune, satellite de la Terre, Soleil, stellaire (Le plafond du local s'appelle la Voûte étoilée, c'est-à-dire que peint en bleu il montre quelques étoiles notamment la Grande et la Petite Ourses avec au centre du plafond l'Étoile Polaire qui doit être à l'aplomb [Rituel du premier degré. GLDF.2016]) figure l’Univers connu.

Nous avons l’ambition d’étendre ce temple à la Terre entière.

Au cours de la tenue funèbre annuelle on note l’échange :

LE VENERABLE MAITRE.

Frère Deuxième Surveillant, pourquoi les francs-maçons ne craignent-ils pas la mort ?

LE DEUXIEME SURVEILLANT

Vénérable Maître, c'est parce qu'ils savent qu'après leur passage à l'Orient éternel d'autres Frères continueront leur Œuvre.

LE VENERABLE MAITRE.

Frère Premier Surveillant, quelle est cette Œuvre ?

LE PREMIER SURVEILLANT

Vénérable Maître, c'est l'élévation du Temple à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, qui réunira dans la Fraternité l'humanité entière. [Rituel funèbre, GLDF]

De plus chaque maçon est un temple. Rappelons cette citation du célèbre "discours du Chevalier Ramsay" inclus parmi les textes fondateurs du REAA par le SCF:

Nos instituteurs c'est-à-dire nos ancêtres, étaient d’habiles Architectes qui voulaient consacrer leurs talents à la construction de temples extérieurs mais aussi des Princes religieux et guerriers qui voulaient éclairer et édifier les temples vivants du Très Haut.

Qu’est-ce qu’un temple vivant ? La référence est biblique :

- « Approchez-vous pour que vous aussi, comme des pierres vivantes, vous soyez utilisés dans la construction du temple spirituel. » (1 Pierre 2,5. Bible TOB)

- «Vous savez sûrement que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (Cor, 1, 3, 16. Bible TOB).

Trois temples sont enchâssés :

• La loge est un temple.

• L’univers est un temple.

• L’homme est un temple.

Là où la plupart des profanes l’ignorent, le franc-maçon le sait.

La Tradition, l'Esprit et l'Ordre demeurent, constamment revivifiés par ceux qui sont initiés aux mystères sacrés. [Cérémonie de Jubilé. GLDF]

2. Rites et symboles. Les trois grandes Lumières

... Rites et symboles constituent un dépôt traditionnel inviolable. Ils assurent la transmission des principes qui permettent d’appréhender la nécessaire adéquation de l’individu avec son environnement. Ils sont les (outils) moyens de la réalisation maçonnique.

Rite : toute société traditionnelle s’organise suivant des rites c'est-à-dire des paroles et gestes codifiés qui unifient le groupe et permettent son fonctionnement harmonieux. Le rite de la G.L.D.F. est le R.E.A.A. (Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA)

Conformément aux traditions de l’Ordre, trois Grandes Lumières sont placées sur l’Autel des Serments: le Compas, l’Équerre et un Livre de la Loi Sacrée. [mémento du premier degré. GLDF]

L'Équerre, le Compas et un Volume de la Loi Sacrée — qui en Grande Loge de France, travaillant au Rite Écossais Ancien et Accepté est la Bible — composent ce que l'on appelle les Trois Grandes Lumières de la maçonnerie traditionnelle.

Les Obligations des Maçons sont prêtées sur ces trois Lumières. [mémento du premier degré. GLDF]

Ils signifient également, par leur triple association dynamique, que cette dimension sacrée n'est pas confondue avec le sacré d'une religion particulière, car même si ce Volume de la Loi sacrée est la Bible, celle-ci est considérée ici, par son association avec l'Équerre et le Compas, comme le symbole d'une Tradition et d'une culture et non celui d'une religion ou d'un culte particuliers. [Constitution. GLDF]

2.1. Le Volume de la Loi Sacrée est le symbole de la Tradition [initiation au premier degré. GLDF]

Selon le Grand dictionnaire universel Larousse du 19e siècle, le prêche chrétien s’est d’abord fait à l’oral. Puis ont été rédigés des évangiles, comprenant en sus des quatre du N.T. ceux de de Thomas, Pierre, Nicodème, le proto-évangile de Jacques, etc. La tradition apparaît alors comme l’enseignement oral des docteurs de l’Eglise.

Selon Vincent de Lérins, au Ve siècle, il faut « Tenir pour vérité de foi ce qui a été cru partout, toujours et par tous. » ("Commonitorium", vers 435) : si l’Ecriture est la principale source de la religion, elle doit être expliquée par la tradition : ce qui a été cru partout, toujours et par tous, ce qui a été enseigné par les pères de l’Eglise dans tous les temps et tous les lieux. 

Volume de la Loi sacrée : la Bible dans les ateliers de la G.L.D.F. Ce livre étant entendu non comme un livre religieux mais comme le livre de la Sagesse, de la Tradition et d’une culture. Elle est le symbole de la Loi vivante.

Le V. L. S. : A la Grande Loge de France, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, on l’ouvre à l'Évangile de Saint-Jean 1-1.Toutefois il pourra être ouvert à « II – Chroniques 3-4 » ou à « I – Rois ; 6, 7 » où il est question de la construction du Temple de Salomon.

(Les « LIVRES TRADITIONNELS » admis pour la prestation du Serment sont : la Bible, les Vedas de l'Hindouisme ; le Tripitaka du Bouddhisme ; le Koran des Musulmans ; le Tao Te King des Taoistes ; les Quatre Livres de la Doctrine de Koung-Fou-Tseu Confucius ; le Zend Avesta du Zoroastrisme). …[ initiation au premier degré. GLDF]

Rappelons que par contre, le Concile de Trente a définitivement consacré dans l’église latine la foi en la tradition et a fait de cette foi un dogme (soit le principe incontestable d'une doctrine, à partir du grec δόγμα, dogma : « opinion » ou δοκέω, dokéô : « paraître, penser, croire »…). Ce concile a en effet anathémisé « ceux qui refuseraient de croire que la tradition a été dictée par le Christ même ou par le Saint Esprit, aussi bien que l’Ecriture sainte et qu’elle a été conservée sans altération par une succession continue dans l’église catholique » [article Tradition. Grand dictionnaire universel Larousse du 19e siècle].

Selon un article de la revue l’"Alliance écossaise " : « Pourquoi la Bible est-elle présente dans nos Loges sur l'autel?

Pour deux raisons:

- d'abord, bien sûr, pour «sacraliser» les serments pris à tous les degrés,

- ensuite, pour affirmer et ancrer l'orientation spiritualiste de nos travaux.

Mais, contrairement à ce que pense la plupart de nos Frères, la présence de la Bible sur l'autel et son ouverture au Prologue de Jean ne sont nullement un pilier immémorial et intangible au R.E.A.A.

L'histoire de notre Rite montre au contraire qu'il s'agit là d'un «choix» récent, effectué par des «autorités» du Rite et non d'une «tradition». Les rituels du R.E.A.A. trouvent leur origine au 18e siècle et notamment dans le Manuscrit TDK ("Three Distinct Knocks") de 1760 qui indique que la Bible constitue une des Trois Grandes Lumières avec l'Équerre et le Compas, et qu'elle est ouverte pendant les travaux mais, selon le grade, à un endroit différent :

- 2e épître de Pierre qui affirme le caractère «inspiré» des Écritures, au grade d'Apprenti,

- Juges, 12 qui a trait au mot de passe de Compagnon,

- I Rois, 7 qui traite de «la construction du temple de Salomon» au grade de Maître.

Dans les «Lois, Statuts et Règlements généraux» de 1812, la Bible est ouverte aux 3 grades ... à la même page.

En 1821, le Suprême Conseil reprend officiellement en main la gestion des Ateliers du ler au 33e degré et, en 1829, rassemble et ordonne les divers rituels en un seul: «le Rituel des 3 premiers degrés selon les anciens cahiers».

Pendant 125 ans, la Bible ne sera plus présente, remplacée par les règlements généraux de l'Ordre, Il faudra attendre le Convent de la GLDF en 1953 pour qu'elle réapparaisse sur l'autel, sans mention de son ouverture éventuelle.

En 1962, il est précisé qu'elle peut être ouverte à I Rois, 7 ou à Chroniques II, 3 (qui traite aussi de la construction du Temple).

Ce n'est qu'en 1979 qu'un convent de la GLDF mentionne pour la première fois la possibilité de l'ouverture de la Bible au Prologue de Jean (ou à Rois, ou encore à Chroniques, au choix de la Loge !).» [Alliance écossaise N°6, Février 2019, p6-9]

2.2. Comment interpréter le Volume de la Loi Sacrée ?

Une méthode rigoureuse de lecture serait celle rappelée par le grand sémioticien de Bologne, Umberto Eco [Umberto ECO Les limites de l’interprétation, 1992, p29-30]. Un texte aurait trois intentions :

- Intentio lectoris, intention du lecteur ; il doit la rechercher ;

- Intentio auctoris, intention de l’auteur ; fonction de ses origines, de sa formation, son domaine d’intérêt…elle nous est inaccessible, nous ne le connaissons pas !

- Intentio operis, qu’a voulu dire l’œuvre, indépendamment de l’auteur ? Il peut paraître surprenant que l’on distingue les deux. En fait, il n’y a pas nécessairement adéquation entre la pensée de l’auteur et l’œuvre; l’auteur peut y avoir inséré, volontairement ou non des énigmes qu’il n’a pas lui même décryptées.

Dans le cas de l’A.T. la méthode a pour prédécesseur Baruch Spinoza (1632-1677). Le Groupe d’études « La philosophie au sens large » animé par Pierre Macherey sur Spinoza et le problème de l’interprétation (5/11/2003), résume le cinquième paragraphe du septième chapitre (De l'Interprétation de l'Écriture) du "Traité Théologico-Politique" : « les instruments dont a besoin l’interprétation en vue de revêtir un caractère scientifique sont : une grammaire de la langue, une étude stylistique de l’ouvrage, et une connaissance historique de l’environnement culturel ».

On doit à l’école allemande de Julius Wellhausen (1844-1918) la division du livre en :

- "document J" pour Javhiste (la divinité est Iavhé, Jéovah ;

- "document E" pour Elohiste (la divinité est El, Elohim ; 

- "document P" pour Priest (Lois et Lévitique seraient rédigés par un prêtre ;

- "document Dt" pour Deutéronomiste (auteur du Deutéronomiste, ensuite divisé en Dt1 et Dt2.

Actuellement remise en question, notamment par l'archéologue Israël Finkelstein, auteur de "La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie", car les documents E, J, peuvent avoir été modifiés à des époques différentes.

La rédaction du Nouveau Testament, écrit pour partie en hébreu, en araméen, en grec ancien, pourrait avoir débuté à la fin du 1er siècle et s’être poursuivie jusqu’au IV-Ve siècle lorsque saint Jérôme a fixé le texte latin dit la "Vulgate" (Evangiles en 383-384 à partir de manuscrits grecs et vers 390 à 405 essentiellement pour l’A.T. à partir de la version grecque de la "Septante" (réalisée sous Ptolémée II vers -270 par 70 traducteurs) car il connaissait peu ou mal l’hébreu. Le texte sera révisé après sa diffusion par l’imprimerie et la réforme à l’occasion du concile de Trente (1543-1563) donnant la "Sixtine" publiée en 1592.

A la Grande Loge de France, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, on l’ouvre, au premier degré, à l'Évangile de Jean 1-1 [rituel maçonnique du premier degré. GLDF, 2006].

Dans le prologue de l'Evangile de Jean, le Verbe du commencement absolu, initiateur de la Création, est successivement identifié à Dieu, la Vie, et à la Lumière :

- « 1 Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. (Traduction Segond, 1910)

- « 1. Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. (Bible TOB)

- « " Au commencement" (peut être compris comme "Dans le Principe ", c'est-à-dire en Dieu) était le Logos, et le Logos était près de Dieu et le Logos était Dieu. ("logos" peut être compris comme parole, discours, raison) [...] Tout a été fait par lui et sans lui rien n'a été fait. Ce qui a été fait en lui était vie et la vie était la lumière des hommes [...] Et le Logos s'est fait chair et il a séjourné parmi nous et nous avons contemplé sa gloire, la gloire que, Fils unique, il tient de son Père » (version proposée par Pierre HADOT, "Qu’est-ce que la philosophie antique ? ").

Contrairement à l'usage des Ecoles, notre philosophie traditionnelle ne se communique pas sous forme d'un enseignement direct. L'Initiation n'impose rien, n'oblige pas à croire, mais elle incite à penser, sollicite l'intelligence et conduit à découvrir par soi-même la Vérité. [rituel funèbre. GLDF]

Nous réinterprétons ce texte religieux sur le mode de la spiritualité, de façon progressive, à chaque degré. A celui d’apprenti, recevoir la lumière signifie que :

nous ne devenons réellement Francs-Maçons qu’à partir du jour où notre esprit s’est ouvert à l’intelligence des mystères de la Franc-Maçonnerie. [Instruction au premier degré, GLDF].

Différences entre religion et Franc-maçonnerie vis-à-vis de la Bible

La religion catholique est fondée sur l'Écriture sainte et sur la tradition écrite ou orale (le concile de Trente les a considérées toutes deux comme dogmatiques).

La Franc-maçonnerie de la GLDF a une tradition qui, entre autres, contient (avec une interruption de 125 ans) un V.L.S. qui est la Bible.

La Bible selon Richard DUPUY, passé Grand Maître :

« La Bible n'est, pour le Franc-Maçon, ni un récit historique, ni un traité théologique. Elle est le symbole de la loi vivante. Elle n'est pas objet de controverses fastidieuses et stériles, mais source d'inspiration et de réflexion. Elle représente la démarche de l'humanité, frayant sa route sur le sol des réalités, grâce au moteur de l'esprit et par l'effort opiniâtre de sa raison, de son intuition et de son imagination. Elle montre l'homme émergeant de la bestialité pour cheminer vers la connaissance qui est à la fois compréhension et participation. Elle n'est pas seulement l'histoire authentique ou légendaire du peuple juif, ni le récit de la passion de Jésus. Elle n'est pas seulement le dialogue de l'homme avec son Créateur. Elle est tout en même temps, et beaucoup plus encore. Elle n'est l'apanage ni la propriété d'aucune église, d'aucune religion, d'aucune secte, d'aucune race, d'aucune civilisation. Elle est la somme. Elle est à la fois, miraculeusement, écriture et parole, tradition et évolution. Elle instaure le dialogue éternel du passé et de l'avenir. Elle est souvenir et prophétie. Elle vaut par ce qu'elle décrit et par ce qu'elle suggère. Comme la vie, elle apparaît diverse, multiforme, complexe et multi ordinale, vaste et changeante comme la mer, il est vrai. Mais comme la mer, elle est une car elle exprime la loi, la loi sacrée qui s'impose à tous et protège tous, la loi qui rend solidaire la partie du tout et qui rend le tout tributaire de la partie, la loi d'amour.

Qui prétendrait lui assigner un contenu et un sens immuables la dépouillerait de signification, de puissance et d'efficience car elle est, avant tout, incantation et incitation. Elle est le grand registre de famille de tous les hommes et de toutes les femmes, ceux qui ont vécu, ceux qui vivent et ceux qui vivront après eux.

Il faut la lire avec les yeux de l'âme et non avec ceux de la chair. Il serait criminel d'en stériliser l'esprit en disséquant sa lettre. Il convient d'en accepter et d'en recevoir globalement l'impulsion lyrique, car elle est un chant d'amour. Et un chant d'amour ne s'analyse pas. C'est l'harmonie des notes qui fait naître la musique, c'est l'agencement des mots qui fait naître la phrase. Isolés, les notes et les mots ne sont que des sons sans signification, sans écho, sans pouvoir, sans vertu..., sans espoir.

Son chant merveilleux réveille l'âme, le souvenir commun de l'espèce, enfoui, assoupi au tréfonds de l'inconscient collectif. Il est, entre tous les humains, le ciment et le lien, et le pacte d'alliance. Il est une ouverture sur le monde. Il est une communion avec lui car il est souffle et battement de cœur.

Qui sait l'entendre est définitivement arraché à sa solitude, car, libéré de l'espace et du temps, il participe à la vie universelle et il marche vers la LUMIERE. » [PVI N° 59 - 4e trimestre 1985, p18-24]

2.3. L’équerre et le compas. Les anciens devoirs.

En ce qui concerne les principes autres que ceux définis ci-dessus, la Grande Loge de France se réfère aux Anciens Devoirs, notamment quant au respect des traditions de la Franc-maçonnerie et quant à la pratique scrupuleuse et sérieuse du Rituel et du Symbolisme en tant que moyens d’accès au contenu initiatique de l’Ordre. [Déclaration de principes de la grande loge de France (décembre 1953)].

Les outils du métier de bâtisseur, compas et équerre, ensemble, ordonnent la matière et l’action du franc-maçon.

Un texte de Bernard Palissy (1510- 1589 ou 1590) tiré de son "Dessein d’un Jardin Delectable", illustre les mésaventures de celui qui serait amené à considérer les outils compas, règle et équerre, en dehors de leurs relations réciproques : « Puisque nous sommes sur le propos de la géométrie, il advint la semaine passée, qu'estant en mon repos sur l'heure de minuit, il m'estoit avis que mes outils de géométrie s'estoient eslevez l'un contre l'autre et qu'ils se débatoyent à qui appartenoit l'honneur d'aller le premier. Et estant en ce debat, le Compas disoit : "Il m'appartient l'Honneur car c'est moy qui conduit et mesure toutes choses aussi, quand on veut reprouver un homme de sa despense superflue on l'admoneste de vivre par compas". La Reigle disoit au compas : "Tu ne sais pas ce que tu dis : tu ne saurois rien faire qu'un rond seulement, mais moy, je conduis toutes choses directement et du long et de travers ; et en quelque sorte que ce soit, je fais mon cher droit devant moi. Ainsi, quand un homme est mal vivant, on dit qu'il vit dereiglement qui est autant à dire que, sans moi, il ne peut vivre droitement. Voilà pourquoi l'honneur m'appartient d'aller devant". Lors l'Escarre dit  : "C'est à moy à qui l'honneur appartient, car pour un besoin, on trouvera deux reigles en moy ; aussi, c'est moy qui conduis les pierres angulaires et principales du coin, sans lesquelles nûl bâtiment ne pourroit tenir ».

2.4. L’herméneutique selon P. Ricœur

Le mot herméneutique est construit à partir de nom du dieu Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres.

Le contemporain Paul Ricœur (1913-2005) indique: « J'appelle symbole toute structure de signification où un sens direct, primaire, littéral désigne par surcroît un autre sens indirect, secondaire, figuré, qui ne peut être appréhendé qu'à travers le premier. » Il ajoute: « L'interprétation est le travail qui consiste à déchiffrer le sens caché dans le sens apparent, à déployer les niveaux de signification impliqués dans la signification littérale» [Le conflit des interprétations. P. Ricœur].

« Ce que le symbole donne, c'est à penser.» [Ph. V. II. 63. P. Ricœur].

Selon Paul Ricœur, « c’est la tâche de l’herméneutique de reconstruire l’ensemble des opérations par lesquelles une œuvre s’enlève sur le fond opaque du vivre, de l’agir et du souffrir, pour être donnée par un auteur à un lecteur qui la reçoit et ainsi change son agir » [Temps et récit. P. Ricœur].

Conclusion

Ecoutons ce monologue de Zénon dans " L'œuvre au Noir" de Marguerite YOURCENAR (le héros, Zénon, est en quête d’aventures spirituelles):

« Les traités consacrés à l'aventure de l'esprit se trompaient en assignant à celle-ci des phases successives : toutes au contraire s'entremêlaient; tout était sujet à des redites et à des répétitions infinies. La quête de l'esprit tournait en cercle ... Les mêmes vérités avaient été réapprises plusieurs fois. Mais l'expérience était cumulative: le pas à la longue se faisait plus sûr; l'œil voyait plus loin dans certaines ténèbres; l'esprit constatait au moins certaines lois. Comme il arrive à un homme qui gravit ou peut être descend, la pente d'une montagne il s'élevait ou s'enfonçait sur place; tout au plus à chaque lacet, le même abîme s'ouvrait, tantôt à droite et tantôt à gauche. La montée n'était mesurable qu'à l'air devenu plus rare et aux nouvelles cimes pointant derrière celles qui avaient semblé barrer l'horizon. » [L’œuvre au noir. Marguerite Yourcenar]

 

Citations : entre guillemets.

Extraits des rituels : en italiques ; les mots tradition et traditionnel sont soulignés.

 

D:.J:.G:.

 



01/03/2022
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