La transmission du savoir en médecine, Une transmission initiatique

La transmission du savoir en médecine

Une transmission initiatique

 

Cette planche est partiellement issue d'un travail effectué au cours de l'année 2003.

Ce travail qui concernait l'influence de la médecine égyptienne sur la médecine contemporaine, m'avait été demandé par un Laboratoire. J'ai pu le réaliser grâce à une rencontre avec un médecin, anatomo-pathologiste à l'hôpital Trousseau , Patrice JOS, Professeur d'histoire de la Médecine, Egyptologue, spécialiste des momies et Conservateur du Musée Dupuytren.

Tout au long de ce travail passionnant, une solide amitié s'est tissée au fil des jours et des semaines.

« Le hasard ne favorisant que les esprits préparés », comme le disait si bien Louis Pasteur, nous avons appris à la fin de nos travaux, que nous avions un point commun de plus,  puisque c'est aussi un Frère, du GODF Cette planche est donc partiellement composée des travaux entrepris à cette occasion et de recherches et de lectures suscitées par un intérêt croissant envers ce sujet.]

Comment faire une synthèse de cette histoire extraordinaire de la transmission du savoir médical à travers les millénaires ?

 

Dès l'aube de l'humanité, les hommes ont invoqué les esprits ou prié les dieux pour se protéger. Devant la fièvre ou la douleur, ils ont aussi cherché à soulager, par leurs propres moyens, les souffrances de leurs proches. L'apparition de la médecine, comme l'invention des dieux, est marquée par le refus du mal.

Une médecine existe chez les premiers hommes, un désir de guérir, quelques recettes, quelques usages fragilement transmis de génération en génération.

Vers 3500 avant notre ère, entre l'Asie Mineure et les rives du Nil, la première médecine apparaît.

Son histoire commence à Sumer.

La Mésopotamie est le lieu de tous les commencements. L'écriture bien sûr, faite de ces fameux caractères cunéiformes. Mais aussi le début des pouvoirs des prêtres et des Rois. La naissance des administrations et des codes de lois. La médecine mésopotamienne repose avant tout sur l'action magique et religieuse destinée à apaiser la colère des dieux et à mettre fin aux nuisances des démons.

L'interrogatoire concerne essentiellement les circonstances d'apparition des troubles. Circonstances relatives à la conscience du malade, qui avouait son péché ou la transgression de ses actes qui avaient déclenché la colère les dieux.

La médecine, au sens où nous la comprenons aujourd'hui, a ses premiers écrits en Egypte.

Aucun document exploitable, relatif à la médecine, n'est parvenu de l'ancien Empire (2600 – 2100) et très peu du Moyen Empire (2000 – 1650).  Mais les nombreux papyrus médicaux datant du nouvel Empire (1550 – 1070) sont manifestement des documents recopiés de traités beaucoup plus anciens. C'est donc depuis plus de 4000 ans, que la médecine pharaonique égyptienne exerce son influence sur l'occident.
Influence qui s'est faite grâce aux séjours de médecins Grecs et Romains dans l'Egypte pharaonique. De nombreux médecins grecs sont venus en Egypte dès les 6eme et 5eme siècles avant JC.

Mais influence qui s'est faite également à travers les écrivains Arabes.

L'histoire de toute la médecine, c'est l'histoire d'une transmission à travers les siècles et les millénaires, par différentes civilisations :

Le passage des médecins grecs en Egypte, la transmission des grecs vers les arabes et le passage définitif vers l'occident à travers les traductions latines.

Dès le milieu du 3ème millénaire avant JC, des médecins égyptiens ont noté leurs observations et leurs traitements, dans des papyrus.

Mais vers le 3ème siècle après JC, la langue égyptienne n'est plus lue ou écrite en caractères hiéroglyfiques mais en caractères alphabétiques (Coptes). Le fil de la transmission écrite est alors rompu. 

Il fallut attendre 1824, pour que Jean-François Champollion renoue ce fil en découvrant les secrets de la langue hiéroglyfique égyptienne.

C'est là que commence le chemin à travers les sources de la médecine occidentale, dans un ensemble de textes et de papyrus qui ont été découverts et datent pour la plupart de plus d'un millénaire avant les premiers textes médicaux grecs.

Les papyrus les plus importants sont :

-Le papyrus Ebers, papyrus général dans lequel on trouve le fameux « traité du cœur » (ou livre du cœur) dont on parlera plus loin.

-Le papyrus Edwin Smith, papyrus chirurgical

-Et d'autres, papyrus de médecine et même de gynécologie comme le papyrus Kahun et le papyrus Carslberg.

-Le papyrus Ebers, aujourd'hui déposé au musée de Leipzig, fut acquis en 1872 par l'égyptologue allemand Georg Ebers. Provenant d'une fouille clandestine, il avait été découvert une dizaine d'années plus tôt à Thèbes, entre les jambes d'une momie du début de la XVIIIème dynastie.

Explorant les maladies dans un ordre purement topographique (de la tête aux pieds), ce qui nous reste ne porte toutefois que sur les pathologies de l'abdomen et des membres inférieurs.
Ce papyrus est long d'une vingtaine de mètres et compte l'équivalent de 108 pages.

Il est considéré comme le plus ancien traité de pharmacopée, puisqu'il renferme 875 recettes, couvrant de larges domaines de la pathologie.

 

Que sont en réalité ces traités médicaux ?

 

Ce sont essentiellement des « réceptaires ». C'est-à-dire des recueils de recettes, des listes de traitements, accompagnés de la pathologie qu'ils sont censés traiter. Ceci explique la rareté des considérations théoriques.

Les premiers traités médicaux montrent que les Egyptiens se sont intéressés en priorité à la nutrition. Essentiellement la physiologie intestinale et les problèmes de fermentation.

Ils considèrent qu'il faut purger régulièrement le corps pour le libérer de ses miasmes qu'ils appellent des « oukhedou ». Les « oukhedou » sont définis par les Egyptiens comme des éléments vivants pouvant passer des intestins au reste du corps et notamment la zone sanguine, engendrant des pathologies diverses (septicémies, abcès…).


Les médecins égyptiens sont des prêtres.

 

En Egypte, être prêtre signifie simplement être lié au temple, étudier, travailler dans le temple, sous l'autorité du Pharaon, émanation divine, avant de pouvoir agir dans la société. Avant de pouvoir porter à l'extérieur la connaissance acquise à l'intérieur du temple…

C'est là, dans le temple, que se trouve la « maison de vie » dans laquelle les médecins seraient formés. Cette « maison de vie » est appelée « Per Ankh »

On ne sait pas grand-chose de cette école de médecine ou de ce lieu de transmission de la connaissance.

On peut raisonnablement supposer qu'il s'agit d'un lieu d'enseignement de copies de manuscrits   - l'équivalent du « scriptorium médiéval » - à l'intérieur duquel les prêtres scribes égyptiens vont copier et recopier sans cesse les documents de leurs ainés et les emporter pour les garder et s'en servir dans leur pratique quotidienne.

Rien ne permet aujourd'hui  d'affirmer que les temples « Per Ankh » étaient des lieux de consultation.

Les médecins Egyptiens sont donc des prêtres purs. Ils sont consacrés à la déesse Sekhmet.

La déesse lionne, qui descendra sur la terre en s'emparant d'une folie meurtrière (*).

Cette déesse qui apparaît très dangereuse ressemble un peu au dieu Apollon que la dévotion populaire reconnaîtra comme un dieu guérisseur.

Dans l'Iliade, la première apparition du dieu Apollon se fait sous l'apparence d'un dieu vengeur qui envoie sur les « achéens » la peste, sous la forme de javelots empoisonnés.

 

Dans la civilisation égyptienne pharaonique, il n'y a pas de dieu de la médecine. C'est seulement à partir du moyen empire que l'on va élever « Imhotep » à ce rang.

Imhotep avait été le conseiller politique, l'architecte et peut-être le médecin du Pharaon Djoser de la III ème dynastie (-2650). Il fût aussi celui qui laissa le plus ancien recueil de sagesse de la vieille Egypte.

Il recevait dans ses temples des malades qui espéraient que sa « bienveillance » leur vaudrait la guérison…(*) Cette « nomination » d'Imhotep répondait sans doute au besoin d'avoir pour l'Egypte, l'équivalent des dieux Grecs.

Dans la langue hiéroglyphique, le médecin se dit « sounou ». Ce terme est figuré par un petit stylet au-dessus d'un pot et la représentation d'un homme assis.

Des écrits attribuent à ce stylet une indication de la pratique de saignées, mais aucun texte d'origine ne confirme une telle pratique à cette époque. Pour d'autres, ce stylet ressemblerait aux javelots envoyés par Apollon sur les achéens.

Ce qui est intéressant de constater aussi bien chez la déesse Sekhmet que chez Apollon c'est leur dualité et leur symbolisme. A la fois porteurs de la mort et guérisseurs. La déesse Sekhmet est habituellement  représentée avec sa tête de lionne, surmontée par un soleil. Mais après son passage sur la terre, Sekhmet se retrouvera sous la forme d'un serpent placé entre les deux yeux du dieu Râ. Le serpent Ureus (ou Uraeus).

Peut-on y voir une des premières représentations, sinon la première représentation de la médecine sous la forme symbolique du serpent ? Ce serpent à la fois symbole de mort et de guérison…

 

Revenons au savoir.

 

Les papyrus médicaux que les égyptiens vont recopier de siècle en siècle semblent être tenus secrets entre les mains de quelques initiés. Cette idée de la formation sacrée dans un lieu qui est le temple,

ce secret omniprésent, vont faire de la médecine égyptienne un enseignement de nature initiatique. On peut penser que pendant longtemps la transmission du savoir médical fut essentiellement familiale.

Par une sorte d'apprentissage qui conduisait le jeune scribe à acquérir auprès de ses ainés, la pratique d'une médecine guidée par des textes abondants, bien souvent obscurs.

Diodore de Sicile au 1er siècle après JC écrivait que l'enseignement de la médecine se fait de père en fils et de génération en génération.

On retrouvera une démarche semblable dans les débuts de la médecine grecque dont le serment d'Hippocrate en est la transmission :

Avec l'arrivée des Grecs, un autre dieu allait rapidement supplanter Imhotep, imposant peu à peu ses sanctuaires.

Ce dieu grec se nommait Asclépios, fils d'Apollon. Qui deviendra Esculape dans la mythologie Romaine.

La tradition légendaire donnera à ses descendants le nom d'asclépiades. Avec eux, la médecine grecque allait naître. Ou la médecine, tout simplement…

C'est en suivant les récits des combats et des amours des premiers dieux grecs que l'on découvre les plus anciens témoignages sur les pratiques médicales de la Grèce archaïque.

Dans ces temps intermédiaires où s'accomplissent les destins des dieux et des héros grecs, l'un des premiers à évoquer la médecine est sans doute Mélampous.

Prophète et médecin, la légende accorde à Mélampous le pouvoir de comprendre le chant des oiseaux mais surtout celui des serpents (*) et qu'il pouvait agir sur les desseins maléfiques de ces derniers.

En 293 avant notre ère, les Romains furent frappés par une terrible pestilence (peste ou typhus). On se résolut alors à consulter les « livres sybillins », anciens recueils d'oracles sacrés et confiés à des prêtres chargés de leur interprétation.

L'oracle conseilla de se rendre à Epidaure où se trouvait l'un des plus prestigieux temples d'Asclépios. La mission navale, de retour en 291, ramena un serpent (*) sacré du sanctuaire grec.

Alors que la nef remontait le Tibre, le reptile s'échappa, regagnant les rives de l'île Tiberina. Presque aussitôt, l'épidémie fût enrayée. On édifia un sanctuaire pour le dieu, lequel sanctuaire devint le premier hôpital de Rome.

Ainsi, Asclépios, devenu Esculape rejoignit la cohorte des dieux de la médecine, flanqué de son bâton autour duquel s'enroule un serpent*.

Lorsque la médecine grecque fait son apparition dans la péninsule Italique, Rome s'apprête à dominer le monde antique. Pline l'ancien (30 – 79 sous Vespasien) affirmera dans son « histoire naturelle » que les Romains n'avaient pas eu de médecin avant l'arrivée des grecs au IIème millénaire avant notre ère.

Les premiers médecins Grecs ne furent pas bien accueillis par la population Romaine qui considérait depuis fort longtemps ceux qui exerçaient la médecine, comme des charlatans.

Ils s'installèrent d'abord dans de petites boutiques, officines isolées appelées « taberna ». Puis, petit à petit, ils se regroupèrent pour former une école médicale.

Thémison de Laodicée (1er siècle de l'ère chrétienne), tenta de codifier les enseignements rudimentaires pour faire une version de la médecine dite « des méthodiques » située entre les « dogmatiques » et les « empiriques ».

Il réalise ainsi la liaison entre la médecine grecque et la médecine romaine en créant la première école médicale romaine.

Les Romains étaient donc « convertis » à la médecine à l'époque où se développait une curiosité universelle nourrissant une abondante production littéraire.

A l'instar de « l'Histoire naturelle » de Pline l'Ancien qui porte sur la religion, l'histoire, le droit, la grammaire, les arts, la nature, l'astrologie, la zoologie, etc, c'est à Celse que revient la plus grande œuvre encyclopédique portant sur la médecine à Rome au début de l'ère chrétienne.

Vers la fin du 1er siècle, l'acquis médical de Rome était considérable.
C'était à Rome et non plus en Egypte ou en Grèce – devenues toutes deux provinces romaines – que la médecine progressait. 

Un homme va être le témoin et l'acteur de cet accomplissement. Galien.

Né vers 130 à Pergame où se dressait un temple d'Asclepios, Galien reçut ses premières notions de médecine après avoir étudié les quatre grandes écoles de la philosophie grecque : L'académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Portique de Zénon et le jardin d'Epicure. La légende rapporte que Galien attribuera sa vocation à un songe au cours duquel Esculape lui-même, l'aurait visité.

Considéré comme précoce et particulièrement doué, il se rend à Smyrne, puis à Corinthe et enfin à Alexandrie où il étudie l'anatomie.

Après un retour glorieux à Pergame, il décide d'aller tenter sa chance à Rome en 163. A Rome, il entreprend de donner des conférences avec démonstrations d'anatomie par des vivisections animales aussi contestées que combattues. Puis il commence à rédiger une œuvre considérable sur la « méthode de soigner ». Mais c'est sans doute dans le domaine thérapeutique que Galien a fait preuve de la plus grande ingéniosité.La plupart de ses écrits et de ses traités nous sont parvenus par l'intermédiaire d'auteurs et de traducteurs Arabes.

Il faudra attendre 1490 pour obtenir, à Venise, la première traduction complète en latin.

A partir de la conquête arabe, les traductions de textes médicaux grecs se multiplient.

Cette traduction passe par une première étape en Syriaque.
Dans un second temps ces textes vont être traduits du Syriaque en Arabe et ils vont se diffuser à l'intérieur du monde islamique.

Puis, les textes vont se répandre à partir du Moyen-Orient jusqu'en Espagne et à travers la Sicile, dans le Sud de l'Italie.

Après quelques décennies, ces textes seront traduits de l'Arabe vers le Latin.
C'est ainsi que la plupart des textes médicaux grecs, notamment ceux de Galien et d'Hippocrate, vont arriver en occident.

Le pionnier et l'un des acteurs les plus brillants de cette découverte fut Constantin l'Africain, né vers 1020 à Carthage. Il traduisit un nombre considérable de textes qui contribuèrent à orienter la pensée médicale du Moyen-âge. Ce chrétien érudit qui maîtrisait l'arabe, le grec et le latin décide de quitter la terre d'Islam pour rejoindre l'Italie du sud.

C'est l'arrivée massive de ces textes transmis et traduits qui va susciter la création d'écoles de médecine, dont la plus ancienne et la plus importante est celle de Salerne en Italie au XIème siècle.

Toutefois, les traductions très contestées de Constantin l'Africain ne semblent pas contenir les textes les plus importants d'Hippocrate et de Galien.

C'est à Gérard de Crémone, au XIIème siècle, qu'il appartiendra de combler cette lacune. Il fut d'abord traducteur d'Avicenne(*). Puis il se rendit à Tolède pour composer et traduire quelques grands ouvrages de philosophie, de science et de médecine arabe.

Le retentissement de ce travail fût considérable. Ces traductions furent mises au programme des universités qui naissaient alors.

Cette proximité des médecins Arabes et Espagnols va peser sur le développement de la connaissance en France.

C'est à partir de la fin du XIIème siècle que des médecins arabes enseigneront sur un carrefour commercial entre la France et les populations riveraines de la méditerranée, sur le « mons pistillarius »  ou montagne des épiciers.

Ce carrefour commercial mais aussi carrefour du savoir deviendra plus tard Montpellier où l'apprentissage de la médecine sera officialisé dès 1181.

C'est un siècle plus tard, en 1289 que l'Université de Montpellier sera officiellement créée. Regroupant l'école de droit et la faculté des arts libéraux.

Les médecins, présents depuis plus d'un siècle, consentiront (de guerre lasse) à s'y associer pour enfin créer leur propre université de médecine au XVème siècle.

Vers 1260, un schisme intervient parmi ceux qui « soignaient avec leurs mains » : Les barbiers-chirurgiens. Ils étaient eux-mêmes totalement étrangers aux statuts universitaires des médecins.

C'est Guy Lanfranc (Guido Lanfranchi), véritable fondateur de l'école chirurgicale française qui tenta de mettre un terme à ces divisions en affirmant que :

« Nul ne peut être bon médecin s'il ignore les opérations chirurgicales,

de même que nul ne peut opérer s'il ne connaît la médecine ».

 

Dès lors, la chirurgie prend réellement son essor grâce à deux chirurgiens Montpellierains :

Henri de Mondeville et Guy de Chauliac.

Henri de Mondeville, élève de Guy Lanfranc, chirurgien des armées et médecin de Philippe Le bel, enseigna quelque temps à Montpellier et laissa en héritage une œuvre inachevée de chirurgie dont le manuscrit ne sera redécouvert qu'en 1746.

C'est sans doute son élève Guy de Chauliac qui marquera le plus la chirurgie à Montpellier et la chirurgie en France au XIVème siècle. En affirmant l'importance de l'anatomie aussi bien pour le médecin que pour le chirurgien, il impose l'introduction de la démonstration anatomique dans le cursus médical à Montpellier. 

Son œuvre majeure « Magna Chirurgia » parue en 1363 restera pendant plusieurs siècles le texte fondateur de la tradition chirurgicale française.

Un siècle plus tôt, un autre médecin devait marquer de son empreinte la médecine Montpelieraine : Arnaud de Villeneuve.

Catalan d'origine, il vient étudier la médecine à Montpellier puis met son talent médical au profit de la Maison Royale d'Aragon.

Dans ses écrits et traductions, il marque un retour en force des textes de Galien et d'Avicenne.

Il reviendra à Montpellier pour devenir Maître-Régent de l'école de médecine où il fixera un des premiers programmes d'études médicales avec l'aide de Clément V, premier pape d'Avignon…(*)

Au début du XVIème siècle, une école d'anatomie se constitue à Paris.

Le nom le plus important lié à cette école est celui de Jacques Dubois, dit Sylvius - traduction latine de bois « sylva » . (A cette époque, il était de bon ton d'écrire en Latin et de se donner un nom à consonance latine…)

Sylvius devient le premier professeur libre d'anatomie à la faculté de médecine de Paris. On lui doit notamment une importante contribution à l'anatomie cérébrale. Malgré tout, il montre un certain attachement doctrinal aux thèses de Galien. Un de ses élèves mettra en exergue les différences fondamentales existantes entre les affirmations de Galien et les constatations effectuées lors des dissections.

Cet élève s'appelle Andréas Vesale. Il vient de Bruxelles et passe par Louvain avant de rejoindre la prestigieuse école de Padoue. Constatant les graves erreurs anatomiques de Galien qui appliquent à l'homme ce qui a été décrit chez l'animal, il réalise un livre de 663 pages avec 300 planches anatomiques gravées sur bois par les élèves de l'école du Titien, réfutant ainsi 2000 ans d'erreurs anatomiques.

Mais l'anatomie ne pouvait demeurer une science purement descriptive et statique.

Les disciples de Vesale vont alors se concentrer plus particulièrement sur un problème central : le fonctionnement du cœur et le rôle des vaisseaux sanguins.

Ce problème est sans doute le plus complexe et son histoire laisse des interrogations…

 

Remontons un instant dans le temps.

 

Curieusement, malgré la pratique de la momification et l'extraction des viscères des morts, la communication entre les prêtres embaumeurs Egyptiens et les prêtres Médecins était quasi inexistante.

Si nous avons des descriptions physiologiques, nous n'avons pratiquement pas de descriptions anatomiques. Néanmoins, il est possible d'avoir une idée de l'approche et de la connaissance de la physiologie et de la physiopathologie cardiaque. Grâce, notamment à une partie du papyrus Ebers, appelée « Le traité du cœur »(*)

Dans ce traité, le médecin Egyptien dit clairement que la palpation du pouls périphérique permet de connaître la marche du cœur et de détecter un certain nombre de maladies. Maladies dues à des troubles de la circulation qui se fait à travers des vaisseaux que le médecin Egyptien appelle des « metou » (mets) et qu'il décrit, allant du cœur vers les différentes parties du corps. Ces « metou » recouvrent tous les conduits vasculaires (artères et veines) mais aussi les muscles, les tendons, les ligaments et même, sans doute, les nerfs et les canaux excréteurs.

La connaissance de la physiologie cardiaque par les médecins égyptiens, va jusqu'à l'auscultation directe, c'est-à-dire l'application de l'oreille sur le thorax du patient.

Dans le traité du cœur du papyrus Ebers, on trouve la description d'une anomalie qui pourrait bien ressembler à celle d'un infarctus :

 « Si tu procèdes à l'examen d'un homme atteint à l'entrée de l'intérieur ib(*), qu'il souffre dans le bras, dans la poitrine et sur les côtés de l'entrée de l'intérieur ib(*), tu diras à ce sujet : c'est la maladie verte, tu devras également dire : c'est quelque chose qui est entré dans sa bouche, c'est un mort qui le parcours ».

Alors pourquoi pendant des siècles, restera-t-on à un niveau de connaissances médiocre du cœur et de la circulation ? Est-ce en raison de l'interdiction, ou des tabous, concernant la dissection ?

Le modèle régnant est celui de Galien, basé sur l'étude des animaux.

Pendant des siècles, cette connaissance ne fera pas de progrès jusqu'au moment où, sous les « Ptolémées », des médecins vont recevoir l'autorisation de faire des autopsies du corps humain.

Ainsi, 300 ans avant JC, Hérophile et Erasistrate, deux médecins Grecs venus s'installer à Alexandrie, vont décrire des structures anatomiques particulièrement intéressantes et notamment une distinction entre les veines et les artères.

Cette découverte ne sera pas suivie de développement ! Il fallut attendre le 13ème siècle qu'un médecin Syrien Ibn-al-Nafis décrive la circulation pulmonaire. Son travail extraordinairement visionnaire mais superbement ignoré, laisse peu de trace à cette époque.

Cette théorie sera précisée en occident trois siècles plus tard par Michel Servet, médecin d'origine espagnole en 1553 et par William Harvey, médecin anglais en 1628.

Michel Servet, disciple de Sylvius et Vésale, décrit les modalités de ce que l'on nomme « l'hématose », c'est-à-dire l'oxygénation du sang dans les poumons.

Mais c'est, William Harvey qui décrit de façon très précise la circulation sanguine dans un livre « de motu cordis » (des mouvements du cœur). Il démontre le rôle du cœur dans la circulation du sang et surtout démontre l'existence de deux circulations.

Cette découverte va avoir un formidable retentissement et la France va s'illustrer par une résistance farouche. Notamment en la personne de Guy Patin, le plus caricatural des opposants et d'ailleurs caricaturé par Molière dans « Le malade imaginaire » (Acte II, scène 6) à travers Diafoirus parlant de son fils Thomas :

 

« …Mais sur toute chose, ce qui me plaît en lui et en quoi il suit mon exemple, c'est qu'il s'attache aveuglément aux opinions de nos anciens et que jamais il n'a voulu comprendre, ni écouter les raisons et expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine… »

 

Ainsi, les médecins français, notamment ceux de la faculté de médecine de Paris, vont s'opposer à ceux qu'ils appellent « les circulateurs » jusqu'au moment où le Roi Louis XIV interviendra pour imposer, envers et contre la faculté, l'enseignement de cette nouvelle découverte au monde scientifique français.

A cette époque, en Europe, deux médecins vont avoir une influence considérable sur l'évolution contemporaine de la médecine.

Le premier c'est l'Allemand Théophraste Bombast von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse. (à l'égal de Celse). Homme de lettre, philosophe et humaniste un peu atypique, son tempérament provocateur fit une véritable révolution dans le monde médical.

Selon lui, la médecine doit reposer sur « Quatre colonnes » : La philosophie, l'astronomie, l'alchimie et la vertu.

Le second c'est Ambroise Paré. Au contraire de Paracelse, c'est un sage, méthodique et humble, s'en remettant souvent à Dieu malgré ses résultats spectaculaires. « Je le pansay, Dieu le guérist ».

Son aventure aux allures de roman en a fait le mythe fondateur de la Chirurgie moderne.

 

Tout semble les séparer et pourtant tout les rapproche.  Ils furent tous deux chirurgiens militaires mais leurs points communs ne s'arrêtent pas là. Paracelse refusera de se soumettre au serment de la faculté et Ambroise Paré, étranger aux dogmes ne sera jamais Docteur en Médecine. Ils sont les premiers à rédiger la totalité de leurs observations dans leur langue et non en latin. L'un et l'autre vont refuser l'étrange divorce intervenu entre la chirurgie et la médecine et vont s'attacher à y mettre un terme. Enfin, ils veulent tous deux une pratique fondée sur l'expérience et l'observation, s'opposant l'un et l'autre à Galien et Avicenne.

Cette conception – ou cette philosophie - de la médecine va faire école.

Au milieu du 17ème siècle, un étudiant d'Oxford et de Montpellier se revendiquait de la pensée d'Hippocrate : Thomas Sydenham.

Sydenham retenait d'Hippocrate « de privilégier l'observation clinique sur les constructions doctrinales ». Il introduit un progrès majeur pour la pratique médicale en affirmant que les symptômes regroupés en tableaux cliniques permettent de distinguer les maladies. Qu'il ne faut pas les combattre mais seulement les observer pour connaître la maladie dont ils témoignent.

Ce sont les fondations de la « nosologie » science de la classification des affections. Ce qui sera la base du système médical élaboré au cours du XIXème siècle.

Les bases du système médical contemporain seraient donc nées dans la famille des Asclépiades de Cos avec un certain Hippocrate, descendant d'Asclépios.

Pendant 2500 ans, il imposera au monde, sa conception de la pratique médicale et restera pour toujours le « Père de la Médecine ». Son serment sera transmis de génération en génération pour être appliqué définitivement en 1948 dans une version internationale des accords de Genève, acceptés par toute la communauté internationale :

 

 « …Mon maître en médecine, je le mettrai au même rang que mes parents, je partagerai mon savoir avec lui, et s'il le faut, je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s'ils veulent étudier la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autres parties de l'enseignement à mes enfants, à ceux de mon maître, aux élèves inscrits et ayant prêté serment suivant la loi médicale, mais à nul autre… »

 

Au-delà de la transmission d'un savoir, c'est une transmission initiatique des idées, des théories des concepts philosophiques.

Le savoir transmis n'est qu'une base qui permet le développement de sa propre connaissance par son propre discernement.

 

La médecine, comme toute démarche humaniste,

repose sur une transmission de nature initiatique.

 

Daniel CHA :.

Octobre 2006

 

Références :    

Dessin de Jiho       

Josset P, Documentation, archives personnelles et archives Musée Dupuytren

Martinez P, Documentation et archives personnelles

Cardiologie au temps des Pharaons (Propriété Aventis / réalisation Vivactis)

De la médecine Egyptienne à la médecine occidentale et contemporaine ou la transmission du savoir (Propriété Ipsen / réalisation Healthworld)

Dachez R, Histoire de la Médecine, Paris, édit Taillandier

Bariety M, Coury C, Histoire de la médecine, Paris, Fayard

Halioua B, Histoire de la médecine, Paris, Masson

Erman A, Ranke H, La civilisation Egyptienne,Paris édit Payot

Halioua B, La médecine au temps des Pharaons, Paris, éd.Liana Levi

La médecine à Paris, Coll. A. Pecker, éd. Hervas

Bardinet T, Les papyrus médicaux de l'Egypte pharaonique, Paris, Fayard



05/12/2007
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